Series II Band 3 · No. 114.

LEIBNIZ AN CLAUDE NICAISE

Hannover, 30. April / 10. Mai 1697. [109.116.]

French

Hanover ce 30 Avril / 10 Maji 1697

J'ay Am Kopf der Seite in l von Leibniz' Hand: A Monsieur l'Abbé Nicaise à Dijon receu, Monsieur, l'honneur de vostre lettre du 7/17 Avril et j'ay fait tenir à Messieurs de Spanheim et Morel, ce que vous leur destinés vous remerciant de ce que vous avés bien voulu me laisser voir ce que vous leur communiqués. Je vous dois aussi des remerciemens de ce que vous avés porté Monsieur d'Avranches [à] Nach E3 korrigiert Leibniz in der Abfertigung de zu à vouloir s'informer de la negotiation d'un Eveque de Coutance avec les Bohemiens de la part du Concile de Bâle. Il seroit aussi à souhaiter que cet illustre prelat voulut penser un jour à faire part au public ou à nous de quelques unes des belles observations qu'il aura faites touchant Litus Saxonicum et les traces de la langue Saxonne dans ces quartiers. Mais le plus grand remerciement que je dois vous faire, Monsieur, est au sujet de Monsieur le President Boisot, qui m'a fait des offres si genereux, en me communiquant un Catalogue de deux volumes de Traités et autres pieces semblables, dont il me donne le choix. Vostre recommendation y a beaucoup contribué sans doute. Et comme j'ay cru qu'il estoit de mon devoir de luy en marquer d'abord ma reconnoissance, je vous supplie de luy faire tenir ma lettre sur ce sujet. Il est tres vray que Mons. Baillet est homme d'un grand sçavoir, mais je ne sçay s'il voudra s'embarasser des correspondances. Car je luy ecrivis il y a plusieurs années à la priere de Monsieur Placcius sçavant homme de Hambourg, qui va donner au public sa seconde edition du livre des Auteurs Anonymes et Pseudonymes. Mons. Placcius offroit le choix à Mons. Baillet ou de luy donner ses recueils sur les auteurs [masqués] Nach E3 korrigiert Leibniz in der Abfertigung marqués zu masqués ou de recevoir les siens, à fin que le public fut regalé d'un ouvrage d'autant plus parfait. J'avoue que Mons. Baillet n'estoit pas obligé de choisir. Aussi ne l'at-il point fait, et je ne me souviens pas même, qu'il m'ait fait avoir reponse. Si vous, Monsieur, ou quelques uns de vos amis avoient le loisir de contribuer quelque chose au travail de Mons. Placcius, il seroit encor temps. Car il est après maintenant pour ranger ses recueils. En tout cas quand un correspondant ne seroit pas si sçavant, pourveu que ce fut un homme d'une curiosité assez étendue, et de plus honneste homme et de loisir, sa correspondance seroit peut estre aussi avantageuse que celle d'un de ces sçavans celebres et qui font du bruit. Je suis faché de la mort de ^#.[M. Foucher. *In E1 *: M. Foucher ... . . Sa tête était un peu brouillée. Il ne s'arrêtait qu'à certaines matières un peu sèches. Et il me semble qu'il Sa curiosité estoit limitée et ne regardoit que certaines matieres un peu sèches. Nach E3 schreibt Leibniz in der Abfertigung: sèches, et il Et il me sembloit qu'il^#.] ne traitoit pas ces matieres memes avec toute l'exactitude necessaire. Peut estre que son but n'estoit que d'estre le ressuscitateur des Academiciens, comme Mons. Gassendi avoit ressuscité la secte d'Epicure. Mais il ne falloit donc pas demeurer dans les generalités. Platon, Ciceron, Sextus Empiricus et autres luy pouvoient fournir de quoy entrer bien avant en matiere. Et sous pretexte de douter il auroit pû établir des verités belles et utiles. Je pris la liberté de luy ^#.[dire *In E1 *: dire mon avis mes petits avis^#.] là dessus. Mais il avoit peut estre d'autres veues dont je n'ay pas esté assez informé. Cependant ^#.[il *In E1 *: il avait de l'esprit et de la subtilité, et de plus il avoit bien de l'esprit et de la subtilité et il^#.] estoit fort honneste homme, c'est pourquoy je le regrette. Peut estre at-il ^#.[laissé *In E1 *: laissé quelqu'un ouvrage posthume digne de paraître. Je quelque ouvrage digne de paroistre posthume.

Je^#.] suis surpris que Monsieur Graevius ne vous a point nommé en faisant part au public du livre de Junius puisque le public vous en étoit redevable. Il faut que cela soit arrivé par une pure inadvertance, autrement la faute ne seroit point pardonnable. Et j'ay tousjours crû que Mons. Graevius estoit fort honneste et fort obligeant. On l'a chargé maintenant d'ecrire la vie du Roy Guillaume III et pour cela on l'a dispensé de l'exercice de sa charge de professeur d'Utrecht dont un jeune homme d'esperance nommé Burmannus fera la fonction. Monsieur Graevius ne laissera pas de garder ses appointemens de professeur avec ceux d'Historiographe. On dit que sa Harangue funebre sur la mort de la Reine Marie a beaucoup contribué au choix qu'on a fait de luy. Et il faut avouer que cette Harangue est bien meilleure que les autres qui ont paru sur le meme sujet, parcequ'elle entre bien avant dans le detail de la vie de cette princesse et nous apprend là dessus quelques particularités curieuses.

Puisque le R.P. Joubert n'a point voulu que M. Morel donnât des Notes sur sa science des medailles, il seroit peut estre mieux, que Mons. Morel fit là dessus un ouvrage à sa mode sans s'assujettir à la methode et à la matiere de ce pere. C'est à quoy je l'exhorteray après vous. Il feroit bien d'y joindre les bonnes observations de Savot, dont le livre est devenu assez rare. Un ouvrage tel que Monsieur Morel pourroit faire là dessus, seroit une partie considerable de l'art critique qui consiste dans l'examen et usage des anciens monumens; et si outre la diplomatique du P. Dom Mabillon on y joignoit un jour la science des Manuscrits[,] des Inscriptions et du reste des Antiquailles on auroit un Art Critique achevé. Si quelqu'un vouloit donner la Theologie revelée d'une maniere demonstrative et pousser plus avant ce que les demonstrations Evangeliques de Mons. d'Avranches ont commencé, il auroit besoin des Elemens de l'Art critique préétablis. Car la verité de la Religion revelée est fondée sur des faits de l'ancienne Histoire, lesquels ne peuvent estre mieux prouvés que par les monumens de l'antiquité, je n'ay pas encor vu l'Art Critique que Mons. le Clerc nous va donner ou a peut estre deja donné, mais je ne sçay s'il aura justement rempli mon idée. Car chacun à la sienne.

J'espere que quelqu'un dérobera à Mons. Perraut les pourtraits de Messieurs Nach E3 schreibt Leibniz in der Abfertigung: Arnaud Arnauld et Pascal pour les donner au public, car ce seroit la plus grande injustice du monde à l'egard du siecle et de la France, et de ces grands hommes[,] si on les vouloit priver de leur ornemens. Mais au defaut de Mons. Perraut, j'espere qu'on trouvera quelqu'un qui remplisse un si grand vuide. Quoy? feu Monsieur le President Bignon a laissé à Mons. Galland une pension de 500 escus? Voilà qui est genereux. Sub toga praesidis animum principis gessit. Si à l'imitation d'Allatius dans ^#.[son *In E1 *: son Apis urbana M. Perrault voulait encore parler des étrangers célèbres qui Apes urbanae Mons. Perraut vouloit encor parler des étrangers fameux qui^#.] se sont arrestés en France, il pourroit rendre ^#.[justice *In E1 *: justice au bon ami de son frère, feu à son bon amy feu^#.] Mons. Hugens qui peut entrer en parallele avec tout ce que nostre siecle a eu de plus excellent. Comme on n'y mettra que des morts, je ne voudrois pas, que Mons. Cassiny se hastât pour y trouver place. Ne fait on pas un peu de tort à Mons. l'Archeveque de Cambray? Je me defie tousjours un peu du torrent populaire. Et toutes les fois que j'entends crier: Crucifige, je me doute de quelque supercherie. Cependant je n'ay rien à dire là dessus[,] je n'ay pas vu son livre, et peut-estre que la matiere me passe. Ce n'est pas assez d'avoir quelque chose de commun avec ^#.[les quietistes. *In E1 *: les verités; il Il^#.] n'y a gueres d'erreur qui ^#.[n'emprunte *In E1 *: n'emprunte quelque belle verité pour s'en masquer, quelques belles verités pour se mieux masquer.^#.] Et nous serions bien malheureux, si pour cela nous devions estre privés de l'usage de ces verités. Cependant sçachant l'exactitude de Mons. de Meaux que j'entends prendre quelque part dans cette querelle, je ^#.[veux *In E1 *: veux croire qu'il y tiendra un juste milieu ... . . Il esperer qu'il tiendra un juste milieu. Il^#.] y a des gens parmy les protestans d'Allemagne qu'on appelle pietistes Nach E3 schreibt Leibniz in der Abfertigung: pietistes et qui qui font icy autant de bruit que les Quietistes en peuvent ^#.[faire *In E1 *: faire en France. Comme chez vous. Comme^#.] je suis entré en quelque discussion là dessus, je trouve ce qu'on trouve ordinairement dans les disputes, et même dans les procés, qu'on ^#.[a *In E1 *: a souvent quelques torts de quelque tort de^#.] part et d'autre. Quand vous parlerés de vostre Minerve Arnalye, vous dirés peut estre quelque chose de Deo Endovellico d'Espagne, dont feu M. Reinesius a fait un livre, et de Apolline Beleno et d'une certaine Dea Nehalennia qui estoit reverée dans les Pays Bas. Ne connoissés vous pas [quelques uns], Nach E3 korrigiert Leibniz in der Abfertigung quelqu'uns zu quelques uns Monsieur, qui aient ramassé les mots des anciennes langues perdues? comme Mons. Bochart a ramassé les mots phrygiens dans sa diss. Si Enée est venu en Italie? et comme Cambdenus et Pontanus ont donné les anciens mots Gaulois, et comme Reinesius (sans parler de Bochart) a amassé des mots puniques dans sa dissertation de lingua punica. Vostre sçavant pere Bonjour feroit bien de faire un recueil des mots Egyptiens rapportés par Plutarque de Iside et Osiride[,] par la ste. ecriture et autres puisqu'il écrit sur le surnom Egyptien du patriarque Joseph. Je voudrois aussi voir un recueil des mots Scythiques, Persiques, etc. Il faut finir. Je suis avec zele etc.