Series II Band 2 · No. 88.

LEIBNIZ AN CHRISTIAAN HUYGENS

Hannover, 3./13. Oktober 1690. [87.102.]

French

[ ... ] J'avois aussi certaines notions philosophiques que j'ay remarquées depuis dans sa Medicina Mentis. Considerant par exemple autresfois la demonstration pretendue de M. de[s] Cartes sur l'existence de Dieu, qui a esté inventée premierement par S. Anselme, je voyois que l'argument est effectivement demonstratif, quand on accorde que Dieu est possible. Cela me fit remarquer, qu'on ne sçauroit se fier sur une demonstration lors qu'on n'est pas asseuré de la possibilité du sujet. Car s'il implique contradiction ce qu'on demonstrera de lui, pourra estre vray et faux en meme temps. Cela me donna occasion de faire cette distinction entre les definitions reelles et nominelles, que les nominelles se contentent de nous donner moyen de discerner ou reconnoistre la chose definie, si elle se recontroit; mais les reelles doivent faire connoistre de plus, qu'elle est possible. Et je jugeay aussi que c'estoit là le moyen de discerner les idées vraies et fausses; ne demeurant pas d'accord du principe de M. des Cartes, que nous avons l'idée des choses dont nous parlons, lors que nous nous entendons. Sur cette reflexion, qu'il faut tacher de connoistre les possibilités de[s] notions, M. D. T. a basti une partie de sa Medicina Mentis. [ ... ]