Series II Band 2 · No. 275.

LEIBNIZ FÜR JACQUES-BENIGNE BOSSUET

[Hannover, 12. Juli 1694.] [274.]

French

[L] Addition à la response aux objections de M. l'Enfant, dans ce que j'ay envoyé à Paris.

ad n. 2. à la fin. Ayant mis à part l'etendue et ses modifications ou changemens, on ne trouvera rien dans la nature qui soit plus intelligible que la Force.

ad n. 3. à la fin. La force primitive dans les corps est indefinie en elle même, mais il en resulte la force secondaire, qui est comme une determination de la primitive provenant des combinaisons et rencontres des corps.

ad n. 4. à la fin. Et cette resistence des corps n'est autre chose que la puissance passive de la matiere.

ad n. 5. ou à la fin. On peut adjouter ce qu'il y a sur cette matiere dans le journal des Sçavans 18 Juin 1691, 16 Juillet 1691 et [5] Janvier 1693.

[E] Aux objections faites contre l'explication de la nature du corps, par la notion de la force

Les expressions de M.*** étant si obligeantes et si justes, on reçoit ses objections avec* *autant de plaisir que de profit. Si tout le monde en usoit de même, on iroit bien loin. Il paroît qu'il n'est pas entêté des opinions qui sont en vogue. J'aurois tort de prétendre qu'il se rende facilement à la mienne; et je ne me flatte pas assez pour espérer de le satisfaire entierement sur ses objections. Cependant mon devoir veut que je fasse là-dessus ce qui dépend de moi.

I. Je croirois plutôt que la notion de la force est antérieure à celle de l'étendue; parce que l'étendue signifie un amas ou agrégé de plusieurs substances; au lieu que la force se doit trouver même dans un sujet qui n'est qu'une seule substance: or, l'unité est antérieure à la multitude. On peut même dire que la force est le constitutif des substances, comme l'action, qui est l'exercice de la force, en est le caractere: car les actions ne conviennent qu'aux substances, et conviennent toujours à toutes les substances.

II. Lorsqu'il s'agit de l'idée de la force, je ne saurois faire autre chose que d'en donner la définition, comme j'ai fait: Am Rande in l von Leibniz' Hand: La Force est un estat, dans l'action où le changement s'ensuit, entant que rien ne l'empeche. les propriétés qu'on en tirera la feront d'autant mieux connoître.* *Son idée n'est point du nombre de celles qu'on peut atteindre par l'imagination; et on ne doit rien chercher ici qui la puisse frapper. Ayant mis à part l'étendue et ses modifications ou changemens, on ne trouvera rien dans la nature qui soit plus intelligible que la force.

III. Mon axiome n'est pas seulement: Quod effectus integer respondeat causae plenae;* mais: Quod effectus integer sit aequalis causae plenae. Et je ne l'emploie pas pour rendre *raison de la force primitive, qui n'en a point besoin; mais pour expliquer les phénomenes de la force secondaire: car il me fournit des équations dans la méchanique, comme l'axiome vulgaire, que le tout est égal à ses parties prises ensemble, nous en fournit dans la Géométrie. La force primitive dans les corps est indéfinie d'elle-même: mais il en résulte la force secondaire, qui est comme une détermination de la primitive, provenant des combinaisons et rencontres des corps.

IV. Je n'ai garde de dire, que la controverse de la présence réelle est terminée par ce que j'ai proposé: mais il me semble au moins que cette présence est incompatible avec l'opinion de ceux qui font consister l'essence du corps dans l'étendue. L'impénétrabilité naturelle des corps ne vient que de leur résistence, qui doit obéir à la volonté de Dieu: et cette résistance des corps n'est autre chose que la puissance passive de la matière.

V. Ce que j'ai répondu à la première difficulté servira encore ici: et puisque tout ce qu'on conçoit dans les substances se réduit à leurs actions et passions, et aux dispositions qu'elles ont pour cet effet, je ne vois pas qu'on y puisse trouver quelque chose de plus primitif, que le principe de tout cela, c'est-à-dire, que la force. Il est bien manifeste aussi que la force d'agir des corps est quelque chose de distinct, et d'indépendant de tout ce qu'on y conçoit d'ailleurs; tout le reste y étant comme mort sans elle, et incapable de produire quelque changement. La faculté,* *qui faisoit du bruit dans les Ecoles, n'est rien qu'une possibilité prochaine pour agir: mais la force d'agir est une entéléchie ou bien un acte positif; et c'est ce qu'on demande. La seule possibilité ne produit rien, si on ne la met en acte; mais la force produit tout. Elle est portée de soi-même à l'action; et on n'a point besoin de l'aider: il suffit qu'on ne l'empêche point.

On peut ajouter ce qu'il y a sur cette matière dans le Journal des Savans, 18 juin 1691, 16 juillet 1691, et 5 janvier 1693.