Series II Band 2 · No. 273.

LEIBNIZ AN JACQUES-BENIGNE BOSSUET

Hannover, 2./12. Juli 1694. [271.274.]

French

[ ... ] C'est Am Rande in L von Leibniz' Hand: A Mons. l'Eveque de Meaux. May 1694 avec vostre penetration ordinaire, que vous avés bien jugé, Monseigneur, combien la dynamique établie comme il faut pourroit avoir d'usage dans la Theologie. Car pour ne rien dire de l'operation des creatures, et de l'union entre l'ame et le corps, elle fait connoistre quelque chose de plus qu'on ne sçavoit ordinairement, de la nature de la substance materielle, et de ce qu'il y faut reconnoistre au delà de l'étendue. J'ay quelques pensées là dessus, que je trouve egalement propres à eclaircir la Theorie des actions corporelles, et à regler la practique des mouvemens. Mais il ne m'a pas encor esté possible de les ramasser en un seul corps, à cause des distractions que j'ay. J'en avois communiqué avec Monsieur Arnaud à l'egard de quelques points, sur les quels nous avons échangé des lettres; par aprés je mis dans les Actes de Leipzig mois de Mars [1686] une demonstration abregée de l'erreur des Cartesiens sur leur principe, qui est la conservation de la quantité de mouvement; au lieu que je pretends, que la quantité de la force se conserve, dont je donne la mesure, differente de celle de la quantité du mouvement. M. l'Abbé Catelan y avoit repondu dans les Nouvelles de la Republique des lettres Septemb. 86. p. 999 mais sans avoir pris mon sens, comme je reconnus enfin, et le marquay dans les nouvelles du septembre de l'année suivante. Le R.P. de Malebranche, dont j'avois touché le sentiment sur les regles du mouvement dans ma replique à Mons. Catelan, Fevrier 87, p. 131 ne m'avoit point donné tort en tout, Avril 87, p. 448, et j'avois taché de justifier ce qu'il n'approuvoit pas encor, dans les Nouvelles de la Republique des lettres, juillet 87 p. 745 où je m'estois servi d'une espece d'épreuve assez curieuse, par la quelle on peut juger, sans employer même des experiences, si une hypothese est bien ajustée. Et j'avois trouvé que la Cartesienne, aussi bien que celle de l'auteur de la recherche de la Verité, combat avec soy même par le moyen d'une interpretation qu'on a droit d'y donner. Je ne parle point des autres qui ont voulu soutenir le principe des Cartesiens dans les Actes de Leipzig, aux quels j'ay repliqué. Feu Mons. Pelisson ayant fort goûté ce que j'avois touché de ma dynamique, m'engagea à luy envoyer un échantillon pour estre communiqué à vos Messieurs de l'Academie Royale des sciences, à fin d'en apprendre leur sentiment; mais il ne pût l'obtenir, quoyque M. l'Abbé Bignon et feu Mons. Thevenot s'y fussent employés. C'est pourquoy M. Pelisson approuva que je fis mettre dans le Journal des Sçavans une regle generale de la composition des mouvemens po«ur» recourir au public. Long temps auparavant j'avois ecrit à Mons. l'Abbé Foucher Chanoi«ne» de Dijon touchant mon Hypothese, et pourquoy je n'estois point d'accord du system«e» des causes occasionnelles. Un Professeur Italien à qui j'en avois dit quelque chose en conversation, y prit beaucoup de goût, et m'en écrivit depuis et je luy fis rep«onse.» Un ami que j'ay à Rome ayant voulu sçavoir de moy: pourquoy je ne mettois pas la nature du corps dans l'étendue, je luy fis une reponse, la quelle me paroissant populaire et propre à entrer dans l'esprit, sans qu'on ait besoin de s'enfonce«r» bien avant dans les speculations; je la fis imprimer dans le Journal des sçavan«s» 18 Juin 1691; un Cartesien y repondit 16 Juillet 1691; je le sçûs un peu t«ard,» mais en fin je le sçûs par l'indication de M. l'Abbé Foucher. J'y repliq«uay» alors, 5 Janvier 1693; et M. Pelisson trouva ma replique fort claire. «Mons.» l'Enfant Ministre des François Refugiés à Berlin m'écrivit ses doutes sur quelque «chose» qu'il avoit vû dans le journal de Paris et je tachay de le satisfaire. On me ma«nda» que Mons. Baile avoit dessein de faire soutenir quelques Theses sur la nature d«u corps» où il vouloit considerer mon opinion, mais cela n'a point esté executé. Enfin «à la» semonce d'un ami de Leipzig je fis inserer dans les Actes de cette Année le pe«tit» discours cy joint de la nature de la substance, et de l'usage qu'on y peut faire de la notion de la force. Ainsi n'ayant point encor eu le loisir de ranger mes pensées, je me suis contenté d'en donner quelques petits échantillons, et de repondre aux a«mis» ou autres qui m'avoient proposé des doutes là dessus; et c'est le moyen d'«av»ancer insensiblement selon les rencontres. Je travaille maintenant à mettre par écrit la maniere que je crois unique pour expliquer intelligiblement l'u«nion» de l'ame avec le corps; sans avoir besoin de recourir à un concours special de Dieu ny d'employer exprés l'entremise de la premiere cause pour ce qui se passe ordinairement dans les secondes. C'est à fin de pouvoir sousmettre mon opinion au jugement du public. Je l'ay eue il y a deja plusieurs années, et ce n'est qu'un Corollaire de la Notion, que je me suis formée de la substance en general. Si vous le trouvés à propos, Monseigneur on pourra faire mettre les deux pieces cyjointes dans le Journal des sçavans pour donner quelque goust de mon dessein. La bonté que vous avés de vous informer de mes pensées, me donne la hardiesse de vous les adresser. Au moins je crois d'avoir fait quelque pas à l'egard de la notion, qu'on doit avoir de la substance en general et de la substance corporelle en particulier. Et comme je ne trouve rien de si intelligible que la force, je crois que c'est encor à elle qu'on doit recourir pour soûtenir la presence reelle, que j'avoue ne pouvoir bien concilier avec l'opinion qui met l'essence du corps dans une etendue toute nüe. Car ce que Des Cartes avoit dit sur le sacrement, ne regardoit que la conservation des accidens, et quoyque le R.P. de Malebranche nous ait fait esperer une conciliation de la multipresence, avec la notion de l'etendue simple et pure, je ne me souviens pas de l'avoir encor vûe. [ ... ]