Series II Band 2 · No. 268.

LEIBNIZ AN CHRISTIAAN HUYGENS

Hannover, 12./22. Juni 1694. [264.282.]

French

Hanover ce 12/22 juin 1694

[ ... ] Quant à la difference entre le mouvement absolu et relatif, je croy que si le mouvement ou plustost la force mouvante des corps est quelque chose de reel comme il semble qu'on doit reconnoistre, il faudra bien qu'elle ait un subjectum. Car a et b allant l'un contre l'autre, j'avoue que tous les phenomenes arriveront tout de meme, quel que soit celuy dans lequel on posera le mouvement ou le repos; et quand il y auroit 1000 corps, je demeure d'accord que les phenomenes ne nous sçauroient fournir (ny meme aux anges) une raison infallible pour determiner le sujet du mouvement ou de son degré; et que chacun pourroit estre conçû à part comme estant en repos, et c'est aussi tout ce que je crois que vous demandés; mais vous ne nierés pas (je crois) que veritablement chacun a un certain degré de mouvement ou si vous voulés de la force; non obstant l'equivalence des Hypotheses. Il est vray que j'en tire cette consequence qu'il y a dans la nature quelque autre chose que ce que la Geometrie y peut determiner. Et parmy plusieurs raisons dont je me sers pour prouver qu'outre l'etendue et ses variations, qui sont des choses purement Geometriques, il faut reconnoistre quelque chose de superieur, qui est la force; cellecy n'est pas des moindres. Monsieur Newton reconnoist l'equivalence des Hypotheses en cas des mouvemens rectilineaires; mais à l'egard des Circulaires, il croit que l'effort que font les corps circulans de s'éloigner du centre ou de l'axe de la circulation fait connoistre leur mouvement absolu. Mais j'ay des raisons qui me font croire que rien ne rompt la loy generale de l'Equivalence. Il me semble cependant que vous meme, Monsieur, estiés autres fois du sentiment de M. Neuton à l'egard du mouvement circulaire. [ ... ]