Series II Band 2 · No. 255.
HENRI BASNAGE DE BAUVAL AN LEIBNIZ
Den Haag, 15. Januar 1694. [247.258.]
J'ai reçû Monsieur les 2 lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'ecrire, et je vous
aurois plus ponctuellement repondu si je n'avois eté distrait par deux voyages consecutifs que
j'ai faits depuis peu. Cepandant j'ai lû vostre Codex diplomaticus, et même l'article qui entrera
dans le quartier que je dois publier à la fin du mois de Febvrier est dressé. Je l'ai lû avec plaisir,
et j'en ai tiré beaucoup d'utilité par quantité de pieces curieuses qui y sont receuillies. La
preface que vous y avez mise n'en est pas un des moindres ornements. J'avoüe que je m'etois
fait une autre idée de vostre plan, et j'avois crû que pour former un dessein suivi vous
pretendiez choisir tout ce qui regarde l'Alemagne, afin que cela servist de code oû de droit
public pour l'Empire. Ceux qui traittent le receuil de Leonard à cet egard n'ont pas ce me
semble tout à fait raison. Ce n'est point un fatras comme on vous l'a mandé! Il n'y a que la
preface que M. Amelot a mise à la tête qui merite ce nom là. Pour le receuil il est composé de
tous les traittez de la France avec les Etats avec qui elle a eu quelques interests à demesler, et
s'il en manque quelques uns, il en manque tres peu;
Pour vos Animadversions qui regardent les principes de Descartes je les garde jusqu'à ce
que vous trouviez à propos de les retirer de mes mains. Je m'imaginois que M. Huguens vous
auroit envoyé ses remarques, et vous n'en attendiez point d'autres aprés les siennes. la motion du corps: mais
vous avez appris le revers de fortune qui lui est arrivé. Le Magistrat sans l'entendre l'a privé de
sa charge et de ses gages; on a pris pour pretexte quelques propositions pretendües impies dans
son traitté des cometes. C'est un pretexte; car il y a 10 ou 12 ans que ce livre a paru; et
d'ailleurs on devoit du moins à son merite la justice de l'entendre. Il meritoit un meilleur sort.
La vûe que vous avez de publier quelques lettres de Mrs Seckendorf, Pelisson, et Thevenot avec les vers que vous avez composez pour eux, m'a rejoui; car je comprens qu'elles doivent estre pleines de faits, et de contestations curieuses. Je suis deja entré en negotation avec un de nos Libraires là dessus; mais je n'ai ozé en venir à une conclusion jusqu'à ce que je sçache plus precisément vos intentions. Mandez moi donc s'il vous plaist si vous avez rangé ce que vous avez ramassé, et si vous perseverez dans la pensée de l'impression, et à quelles conditions. Vous m'avez parlé une autrefois de vostre commerce avec le Prince Ernest de Hesse. Il me semble que vous en pouriez faire une 2e partie pour joindre aux autres, et faire de tout un volume en choisissant un peu plus severement ce qui peut mieux soutenir l'impression.
Je vous rends mille graces de vos corrections sur les nouvelles litteraires que vous avez
trouvées à la fin de Febvrier et de May. Ceux qui les ont ecrites ne sont pas si exactement
instruits de ce qui regarde le G. Duc et les problêmes de M. Viviani que vous qui y avez une
part illustre. Si cela etoit de quelque consequence, je la mettrois dans un errata. Mais je croi
que cette erreur importe peu aux Interessez. Il n'en est pas absolument de mesme pour la
prophetesse de Lunebourg, et de M. Petersen: et je tâcherai de reparer la faute sur tout pour le
bannissement du Pays de Lunebourg. J'ai vû depuis un livre de M. Calixte contre les Chiliastes
où il paroist fort animé contre ces sectaires. Mais quoi que les affaires qui divisent la
Ville de Hambourg aient eclaté par tout, nous ne les apprenons que par des voyes mal assurées,
et par des relations mal circonstantiées. Si vous avez quelque piece où la chose soit bien
racontée, aiez la bonté de me la communiquer. Ce que vous m'apprenez de M. Horbius qui est
le tenant contre M. Mayer, m'a donné quelque lumiere dans leurs demeslez. J'ai connu
M. Mayer à Hambourg; il a un grand credit parmi le Peuple. Il me fist l'honneur de me voir lors
qu'il fist l'année derniere un voyage en Hollande. Il emmena avec lui M. Oudin qu'il avoit
ebloui par les promesses de quelque etablissement. M. Oudin s'est bien repenti de l'avoir suivi,
et il est revenu tres peu satisfait de la maniere dont M. Mayer en a usé. C'est un tres honnête
homme que M. Oudin, et tres habile sur tout ce que regarde les monuments medii saeculi. C'est
dommage qu'on ne lui assûre pas de quoi travailler sans inquietude. Mrs de Leyde le font
subsister mediocrement, et sans lui fixer aucunne pension. M. Tollius dont vous me demandez
des nouvelles reside depuis quelques mois à Utrech[t] où il fait imprimer 2 vol. je croi sous le
titre de Itineraria Tollii. Je doute que les editions de l'Alcoran, à quoi vous me dittes que l'on
travaille en Allemagne, l'emportent sur celle qui se fait à Padoüe aux frais et par les soins du
Cardinal Barbarigo qui est Archevesque de cette Ville. Il le fait imprimer en Latin et en Arabe.
Le G. Duc de T. a presté ses caracteres arabes pour cela.
Nous avons vû ici l'ode Pindarique de Boileau sur la prise de Namur. Bien des gens
trouvent qu'il s'est un peu egaré en se guindant trop. Je croi qu'il aura mieux reussi dans la
satire contre les femmes que l'on dit qu'il va publier. Nous n'avons pre«sque» rien ici qui soit
digne de vostre curiosité. Ce M. Bekker qui a eté deposé «par» le Synode Flamand pour son
opinion qui renferme le Diable dans les Enfers, et qui nie que le Diable fasse des miracles, a
debité 2 nouveaux livres sur le mesme sujet malgré les foudres Ecclesiastiques qui l'ont
presqu'ecrasé. Cela est en Flamand; il est venu de Bruxelles un Traitté de l'inquisition et de son
origine. On dit du bien de ce livre. M. Graevius a fait imprimer un receuil des poësies de
M. Hüet Ev. d'Avranches. Peutestre avez vous deja vû le traitté de la Physique occulte ou de la
Baguette divinatoire. Vous y trouverez les principes de Descartes agreablement exposez, et
confirmez par des experiences la plûpart tirées de M. Boyle, et exprimées en termes vifs et bien
choisis. Il est vrai qu'il y echoüe en voulant trop appuier la fable de ce Paysan de Lion qui
guidé par sa baguette suit les criminels à la trace.
Vostre tres H. et tres O. S.
De la Haye ce 15 de Janv. 1694.
A Monsieur Monsieur de Leibnits Coner. de Son A. Electorale. A Hanover.