Series II Band 2 · No. 242.

LEIBNIZ FÜR JACQUES-BENIGNE BOSSUET

[Hannover, 23. Oktober 1693.] [228.271.]

French

Le petit discours de l'essence du corps ne sçauroit partir que d'une main excellente, et comme il y est marqué qu'elle a travaillé sur cette matiere, j'en attends des lumieres considerables. Le parallele de la pensée actuelle de l'ame avec l'etendue actuelle du corps est fort juste. Je suis effectivement d'opinion, qu'il est aussi naturel à l'ame de penser qu'au corps d'estre etendu quoyque cet effect naturel puisse estre suspendu par la cause supreme. Cependant il n'est pas assez pour éclaircir la nature du corps, qu'on luy attribue une simple possibilité, qui ne dit que ce qu'il pourroit avoir, il faut luy attribuer quelque chose d'effectif sçavoir la puissance, qui est un estat dont l'effect suit, pourveu que rien ne l'empeche. Cette puissance quand elle est primitive est proprement la Nature du corps, c'est à dire selon la definition d'Aristote, le principe du mouvement et du repos ou plustost de la resistence au mouvement. Car je crois que naturellement le corps n'est jamais dans un parfait repos, non plus que l'ame sans pensée; et je suis persuadé que l'action convient tousjours naturellement à toutes les substances. En quoy l'on voit que nos nouveaux philosophes qui ne sont pas instruits de cette verité n'ont pas eu la veritable idee du corps; car l'etendue ne leur donne qu'une idee incomplete, qui n'est point celle de la substance. Daneben am Rande gestr.: J'attends des lumieres considerables d'une personne d'un aussi grand merite que paroist estre celle qui dit avoir [bricht ab] Cela n'empeche pas que tout se fasse dans le corps selon les loix de la mecanique. Mais l'origine de ces loix vient d'une cause superieure, comme mes dynamiques feront voir. Et j'ay déja monstré dans le Journal des Sçavans, qu'elles ne sçauroient venir de la seule notion de l'etendue.

Die folgenden beiden kleingedruckten Absätze hat Leibniz nachträglich jeweils durch Einklammern von der Abfertigung ausgeschlossen. Sie fehlen daher in dem auf die Abfertigung zurückgehenden Erstdruck E1 :

On voit aussi par là que la Nature du Corps contient deux puissances, la passive, qui luy convient par la matiere; et l'active qui luy convient par la Forme. C'est par la matiere que le corps est capable de patir, c'est à dire de resister, car s'il n'estoit impenetrable, il ne resisteroit, et ne patiroit point. Mais c'est par la forme substantielle que le corps tend tousjours à agir. Je parle d'un corps, qui n'est pas un simple aggregé d'autres corps, comme seroit un trouppeau, ou un étang plein de poissons, mais qui est une substance douée d'une veritable unité, ce que les philosophes appellent unum per se, comme est l'animal. Ce n'est pas que cette forme fasse agir son corps autrement que suivant les loix de mecanique, mais avec cela, l'action interne de cette forme, qu'on appelle sentiment dans les animaux, et pensée dans l'homme, a sa jurisdiction à part, quoyqu'elle ait son parallelisme avec les actions du corps.

Je seray bien aise qu'on puisse concilier M. des Cartes avec l'école, Mons. de Raey en Hollande le disoit bien, mais il donnoit à l'école des pensées qu'elle n'a pas. Pour moy [sollte ursprünglich unmittelbar mit dem Folgetext je croy fortgesetzt werden]

Je croy que l'école a raison, mais qu'elle a esté meprisée de nos temps, parce qu'elle ne s'estoit pas expliquée par quelque chose d'assez intelligible. La notion de la Force y est merveilleusement propre. Je distingue entre la force primitive du corps, qui est de son essence, et qui est en quelque façon infinie,

Hier schlossen sich ursprünglich die zwei folgenden kleingedruckten, am Rande ergänzten Einschübe an, *deren zweiter über dem ersten steht. Leibniz hat beide später jeweils durch Einklammern von der Abfertigung ausgeschlossen. Sie fehlen daher in dem auf die Abfertigung zurückgehenden Erstdruck E1* : <+6> un seul resistant à tous les autres et un corps ayant en soy des vistesses immenses et entre la force accidentaire qui est une modification de la force primitive, née des circumstances des corps ambians. C'est ce qu'on appelle la force mouvante, qui a lieu dans les machines.

La decouverte que je fis de la veritable loy de la nature sur le mouvement me fit penser à l'importance de la Notion de la Force, et au projet d'une science nouvelle que j'appelle la dynamique. J'avois donné comme les autres dans l'opinion vulgaire, mais il y a deja plusieurs années que je suis desabusé. Le vulgaire etablit une compensation entre la vistesse et la grandeur, comme si le produit de la vistesse et de la grandeur, qui s'appelle la quantité du mouvement faisoit la force. C'est pourquoy M. des Cartes, suivant en cela le prejugé commun, a cru que la mesme quantité du mouvement se conserve. Soyent deux corps A et B, et avant le choc la vistesse du corps A soit c, la vistesse du corps B soit v; apres le choc celle d'A soit (c), et celle du corps B soit (v). Cela posé suivant la regle des Cartesiens A multiplié par c, plus B multiplié par v, est egal à A multiplié par (c), plus B multiplié par (v). Ou bien Ac + Bv = A(c) + B(v). J'ay trouvé que cette regle n'est pas soutenable. Par exemple supposons qu'A soit de 4 livres, et B d'une livre, supposons encor, qu'avant le choc A soit en mouvement avec la vistesse d'un degré, et B en repos. Enfin supposons que suivant les circumstances toute la force d'A doive estre transferée sur B en sorte qu'A soit enfin en repos et B seul soit en mouvement; cela posé, B receuvra 4 degrés de vistesse selon les Cartesiens. Or j'ay demonstré ailleurs, que si cela estoit, nous aurions le mouvement perpetuel tout trouvé, et l'effect plus puissant que sa cause. Car supposons qu'A.4 ait acquis sa vistesse, en tombant de la hauteur d'un pied; et que puis continuant son mouvement dans le plan horizontal, il y donne toute sa force à B.1 qui y estoit auparavant en repos; et que B se trouvant aux bords d'un plan incliné ou bien au bout d'un pendule, employe à monter, la force qu'il a receu, donc B.1 commençant à monter avec la vistesse 4, montera a la hauteur de 16 pieds suivant les demonstrations de Galilei. Ainsi au lieu que la cause estoit A.4 elevé à un pied, l'effect sera B.1 elevé à 16 pieds, et l'effect sera le quadruple de sa cause. Car 4 livres elevées à un pied valent autant qu'une livre elevée à 4 pieds. Et même nous pourrions avoir le mouvement perpetuel comme j'ay demonstré. Voicy comme je le corrige: Mon principe est, que ce n'e-st pas la même quantité de mouvement, mais la meme quantité de la force qui se conserve, que cette conservation consiste dans une equivalence parfaite de l'effect entier et de la cause; que reduire au mouvement perpetuel est reduire ad absurdum, qu'ainsi estimant la force par l'effect on doit estimer la force non pas par le produit du poids et de la vistessemultipliés ensemble, mais, par le produit du poids et de la hauteur, à laquelle le poids doit monter en vertu de la vistesse qu'il a; cette hauteur n'estant pas en raison des vistessesmais en raison doublée des vistesses. Dans la Mecanique vulgaire du levier, de la poulie, etc. la consideration de la hauteur et de la vistessesont coincidentes. Ce qui a aidé à tromper les gens. Mais il n'en est pas de même, quand il s'agit de ce que j'appelle la force vive. Ainsi pour rectifier l'equation Ac + Bv = A(c) + B(v) il faut que c et v, item (c) et (v) signifient non les vistesses,mais les hauteurs que les vistessespeuvent produire. Et par consequent dans le cas particulier proposé A.4 avec vistesse1, rencontrant [B.1] en repos, et luy donnant toute sa force par la supposition, luy donnera vistesse 2. Car ainsi A.4 ayant acquis sa vistesseen descendant d'un pied, B.1 en vertu de la sienne montera à 4 pieds, et au lieu de la cause qui estoit l'elevation de 4 livres à un pied, nous avons un effect egal à cette cause, qui est l'elevation d'une livre à 4 pieds. J'ay vû par cela et par d'autres raisons que ce n'est pas la quantité du mouvement que la nature conserve, car il tient de l'estre de raison, puisque le mouvement n'existe jamais à la rigueur, ses parties n'existant jamais ensemble, mais que c'est plustost la force, dont la quantité est exactement conservée. Car la force existe veritablement. On voit aussi la difference entre l'estime par le mouvement et entre l'estime par la force. Il y a encor bien des choses à dire là dessus, mais cela suffit pour faire entendre mon but.