Series II Band 2 · No. 235.
LEIBNIZ FÜR JACQUES L'ENFANT
[Sommer 1693.] [224.244.]
Pour tacher de satisfaire aux objections dont je me tiens honoré, je diray
1) que je n'ay pas en main presentement le journal des Sçavans, ce qui m'empeche de dire precisement, si dans l'endroit marqué mon opinion est bien exprimée. Je m'imagine pourtant, qu'elle le sera.
(2) La force par la quelle les corps peuvent agir ou resister est chez moy:
un Estat du corps, d'où il s'ensuit une action ou resistence selon les occasions, entant que rien
ne l'empeche.
3) Je n'entends donc pas quelque chose d'exterieur par la force, comme seroit par exemple
la volonté de Dieu. Et bien que je tienne, qu'il y a dans la force quelque chose d'independant
des notions de la pure geometrie; je ne la mets point pour cela hors du corps. Il est vray que la
figure des corps depend entierement de l'étendue, mais il n'en est pas ainsi de leur mouvement,
car on ne sçauroit rendre raison des loix du mouvement par la seule Geometrie. Cependant ces
loix estant une fois bien établies, je demeure d'accord, que tout le reste s'en peut tirer
Geometriquement dans la matiere. Ainsi toutes les choses materielles se peuvent expliquer
mecaniquement, mais les fondemens mêmes de la Mecanique dependent de quelque chose de
superieur, sçavoir de ce theorème de Metaphysique: Effectus integer aequipollet causae
~~plenae*. Car de recourir simplement et immediatement à la volonté ou Immutabilité de
Dieu, cela ne me paroist gueres digne d'un philosophe. Et la personne qui me fait l'honneur de
me mander ses reflexions, paroist estre de mon opinion, en ce point.
4) J'ay demonstré dans les Actes de Leipzig mois de Mars 1686. comment la même quantité de la force se conserve, et non pas la même quantité de mouvement. Je ne suis point d'accord en cela avec M. des Cartes, ny avec M. Regis, comme il semble qu'on suppose. Mes loix du mouvement dependent du principe de la conservation de la Force, et j'estime la force par la quantité de l'effect qu'elle peut produire en se consumant. C'est ce qu'on n'a pas assez observé.
5) Je demeure d'accord que l'ame pense tousjours actuellement, et je tiens aussi que le corps agit et resiste tousjours actuellement; mais non pas tousjours notablement, ny autant qu'il pourroit, si rien ne l'empechoit.
6) La force primitive des corps (qui en fait l'essence) est modifiée par les circomstances.
C'est ce qui fait la force secondaire, ou exercée; qu'on considere dans la mecanique. Et
c'est cette force, qui est changeable, qui reçoit du plus et du moins, et qui se trouve tantost dans
un corps, et tantost dans un autre.
7) Pour ce qui est de la presence reelle, je crois qu'on avouera du moins, que celuy qui l'admet, ne doit pas mettre l'essence du corps dans l'étendue; et hors de l'étendue je n'y voy rien d'intelligible que la force. Elle se rapporte au temps, comme l'étendue ne regarde que le lieu. Et le temps est encor plus essentiel aux creatures, que le lieu.