Series II Band 2 · No. 185.
LEIBNIZ AN SIMON FOUCHER
[Wolfenbüttel,] 17./27. Oktober 1692. [166.212.]
Monsieur
Je remercie tres humblement M. l'Abbé Gallois des memoires de l'Academie royale, aussi bien que de toutes ses autres bontés: qui passent mes merites. Je profiteray de vostre avis à son egard. Il y a des meprises dans le recit de l'invention du phosphore, je sçay les choses d'original. J'envoyeray un recit seur, si on le veut bien. Je ne dis pas cela pour choquer M. Homberg, pour le quel j'ay bien de l'estime, mais je ne voudrois pourtant pas qu'on trouvât à redire avec raison aux memoires d'une compagnie si illustre. Et si M. Homberg a esté abusé là dedans par le rapport d'autruy, cela luy fera aussi peu de tort, qu'à Mons. l'Abbé Gallois luy même.
Je n'avois garde de penser qu'on songeroit à m'accorder une place honnoraire dans l'Academie, que je n'aurois osé prétendre. Et si j'avois dit en écrivant à M. Pelisson que j'estois de l'Academie, on auroit eu sujet de se moquer de moy. Cependant je vous avoue Monsieur que si j'avois sçu que M. Pelisson prevenu par la bonté qu'il a pour moy, trouveroit dans les lettres que je luy écrivois quelque chose qu'il voudroit joindre à ses excellens ouvrages, ut pannum purpurae, je me serois gardé d'entrer dans le detail des choses, qui me touchent; qui paroistra affecté à ceux qui ne voyent pas les occasions que la suite des lettres avoit fournies. Ainsi je ne songeois à rien moins qu'à voir ces choses publiées, jusqu'au moment que j'en ay receu l'impression.
Je vous remercie aussi bien fort de vostre continuation de la philosophie des Academiciens et je suis ravi de voir, que vous leur prestés des interpretations raisonnables. Le meilleur seroit de reduire tout aux premieres verités, mais en attendant, il sera tousjours bon de prendre les secondes qu'on [attrape] en chemin.
L'auteur qui repond à mon argument contre l'etendue prise pour l'essence de la matiere m'accorde ce que je veux sans y penser. Il avoue que l'etendue est indifferent au mouvement et au repos, et que pour expliquer l'inertie de la matiere il faut employer autre chose, sçavoir la force. Je m'etonne souvent que des personnes d'esprit, et qui meprisent Aristote, s'eloignent tellement de la logique en raisonnant.
A Mons. l'Abbé Foucher
17/27 d'octobr. 1692. Mes baisemains sur tout à M. Lantin.