Series II Band 2 · No. 156.

CHRISTIAAN HUYGENS AN LEIBNIZ

Den Haag, 11. Juli 1692. [144.174.]

French

[ ... ] Les objections de Mr Papin estoient contre l'un et l'autre de mes Traitez. Il est de ceux qui veulent avec des Cartes que l'essence des corps consiste dans la seule etendue. Dazu in K1 die Notiz: Papin croit que l'extension fait l'Essence des corps. [ ... ]

La raison qui m'oblige de poser des Atomes infrangibles est que ne pouvant m'accommoder, non plus que Vous Monsieur, du dogme Cartesien que l'Essence des corps consiste dans la seule etendue, je trouve qu'il est necessaire, à fin que les corps gardent leurs figures, et qu'ils resistent au mouvement les uns des autres, de leur donner l'impenetrabilité et une resistence à estre rompus ou enfoncez. Or cette resistence il faut la supposer infinie, parce qu'il semble absurde de la supposer dans un certain degré; comme si on disoit qu'elle egale celle du diamant ou du fer, car cela ne peut avoir de cause dans une matiere où d'ailleurs on ne suppose rien que l'etendue. C'est pourquoy j'ay tousjours trouvé que c'est une erreur à Mr des Cartes, quand il veut que ses petites boules du 2 Element se soient faites par l'abbattement des angles et eminences qu'avoient de petits corps cubiques ou autrement formez. Car s'il faloit quelque force pour surmonter la resistence que faisoient ces angles et eminences à estre rompuës, par où croioit il pouvoir limiter, et à quoy faire monter cette resistence? Et s'ils n'en faisoient aucune, en sorte que ces corps se laissoient tronquer et ecorner à la seule rencontre d'autres particules, pourquoy ne se laissoient ils pas enfoncer aussi, comme de l'argille humide, et comment gardoient ils leur figure après qu'elle estoit devenue spherique? L'hypothese de la dureté infinie me paroit donc tres necessaire, et je ne conçois pas pourquoy vous la trouvez si etrange et comme qui infereroit un continuel Miracle. Car pour la difficulté de l'union qui arriveroit par la rencontre de deux surfaces plattes, vous la resolvez vous mesme, et vous n'avez qu'à regarder des grains de sable avec un microscope et à voir si vous y trouvez des surfaces exactement plattes; et quand il y en auroit aux atomes, il faudroit encore leur application juste, quod in indivisibili consistit. Je vous prie de considerer ces raisons que je viens d'exposer, et de me dire comment vous concevez que les parties des corps tout simples et primitifs coherent. Seroit-ce par Vostre Motus conspirans de ces mesmes parties, considerées comme reellement separées, et voudriez vous comprendre les corps simples aussi bien que les composez dans l'article de vos objections contre Des Cartes? J'avoue que je ne comprens nullement comment vostre pensée puisse subsister ni dans les uns ni dans les autres. Voulez vous que les particules d'une barre de fer aient au dedans un Motus conspirans, et que non obstant cela on ne trouve pas que rien se derange dans cette barre? Qui peut entendre cela? Et pourtant vous dites que cette Exposition de la cohesion satisfait ensemble à la raison et aux sens. J'ay une maniere d'expliquer la cohesion des corps composez qui depend de la pression de dehors, et encore d'autre chose. Mais en voilà desia assez sur ce sujet.

Mr de Beauval m'a presté vos remarques sur les 2 premieres parties des Principes de Des Cartes, que j'ay examinées avec plaisir. Il y a ample matiere de contredire à ce Philosophe, aussi voit on venir des objections de tous costez. Pour ce qui est de ses demonstrations Metaphysiques de Existentia Dei, animae non corporeae, et immortalis, je n'en ay jamais esté satisfait. Nous n'avons nullement cette Idea entis perfectissimi. Je n'approuve non plus son krith́rion Veri, et suis d'accord avec vous dans la pluspart de vos raisonnemens, quoyque non pas dans tous. Mais il seroit trop long d'entrer dans cette discussion. Je vois que vous alleguez souvent ce que vous auriez escrit ailleurs. Entendez vous parler d'autres traitez que ceux qu'on a vu dans les Acta de Leipsich?

Sur la matiere du mouvement j'ay bien des choses nouvelles et paradoxes à donner, que l'on verra, quand je publieray mes demonstrations des Regles de la Percussion, inserées autrefois dans les Journaux de Paris et de Londres. Je communiquay ces demonstrations à nos Mrs de l'Academie, et j'en envoiay aussi quelques unes à la Societé Royale; dans lesquelles j'emploiay, avec autre chose, cette conservatio virium aequalium et la deduction au mouvement perpetuel, c'est à dire à l'impossible, par où vous refutez aussi les regles de Des Cartes, qui estant reconnues partout pour fausses, et estant posées sans fondement, ne meritoient pas la peine que vous prenez.

A ce que Mr. de Beauval m'a dit, vous souhaiteriez que vos remarques fussent adjoutées dans quelque nouvelle Edition des Principes de des Cartes; à quoy je ne sçay si les Libraires voudroient consentir, parce que cela ne serviroit nullement à recommander cette Philosophie ni son autheur. Elles seroient mieux avec le Voiage de Des Cartes que vous aurez lu, ou avec l'Examen de M. Huet. Vous pourriez aussi fort bien les faire imprimer à part, en y faisant un titre et un peu de preface. Ou si vous vouliez que le volume devinst plus gros, vous n'auriez qu'à examiner de mesme la 3e et 4e partie auxquelles il y a pour le moins autant à reprendre, et encor les Meteores. Il semble que des Cartes ait voulu decider sur toutes les matieres de Physique et de Metaphysique, sans se soucier s'il disoit vray ou non. Et peut-estre cela n'est pas inutile d'en user ainsi à des personnes qui se sont acquis une grande reputation d'ailleurs, parce qu'ils excitent d'autres à trouver quelque chose de meilleur. Il s'est abstenu pourtant de toucher à la production des Plantes et des animaux; sans doute parce qu'il n'a pas vu moien de les faire naitre du mouvement et de la figure des particules, ainsi que le reste des corps qu'il considere. [ ... ]