Series II Band 2 · No. 141.

CLAUDE MALLEMENT FÜR LEIBNIZ

[23. Februar 1692.]

French

République des Lettres 1686-1687 von Leibniz mit Catelan und Malebranche geführten Kontroverse (vgl. dazu den ausführlichen Kommentar in N. 120), den Leibniz Pirot über Pellisson hatte zukommen lassen (vgl. N. 129, Vorbemerkung, und N. 130, Erl.). Der Auszug entsprach vermutlich dem Beitrag von Leibniz in den Nouvelles de la République des Lettres, Juli 1687, u.d.T. Extrait d'une lettre de M. L. sur un principe général, utile à *l'explication des loix de la nature, par la considération de la sagesse divine; pour servir de réplique à la réponse du R.P. M.* Zusammen mit dem vorangehenden Brief von Pirot an Leibniz (N. 140) wurde Mallements Schrift von Pellisson als Beilage zu seinem Brief an Leibniz vom 24. Februar 1692 (I, 7 N. 142) weitergeleitet. Sie erfährt keine direkte Beantwortung. Allerdings geht Leibniz auf sie in seinen Briefen an Pirot vom 6. Mai 1692 (N. 148) und an Pellisson vom 28. März 1692 (N. 143) ein. Principe de Geometrie establi par M. L.

Lorsque la diference des deux cas peut etre diminuée au dessous de toute grandeur donnée in Datis ou dans ce qui est posé, il faut qu'elle se puisse trouver aussi diminuée au dessous de toute grandeur donnée in quaesitis ou dans ce qui en resulte. Autre manière d'énoncer le meme principe

Lorsque les cas ou ce qui est donné, s'aprochent continuellement, et se perdent enfin l'un dans l'autre, il faut que les suites ou evenements, ou ce qui est demandé, le fassent aussy.

La raison de ce principe selon M. L. est cet autre principe icy plus general: Datis ordinatis etiam quaesita sunt ordinata. Application du principe faite par M. L. sur le repos qui est une manière de physique

Le repos peut etre considéré comme une vitesse infiniment petite ou comme une tardité infinie, c'est pourquoy tout ce qui est veritable à l'égard de la tardité ou vitesse en general, doit se verifier aussy du repos pris ainsy:

Tellement que la regle du repos, conclud M. L. doit être considerée comme un cas particulier de la regle du mouvement, autrement si cela ne reussit pas ce sera une marque assurée que les regles sont mal concertées. Reflexion sur ce principe de M. L.

J'estime que ce principe de M. L. est fort dangereux soit en Geometrie soit en Physique, car à moins que la Metaphysique qui est une science superieure n'en regle la juste application il est capable de conduire souvent dans l'erreur. Par exemple la ligne circulaire se perd enfin dans la ligne droite par un progres infiny. Les polygones se perdent enfin dans le cercle, et cependant ce qui se dit de la ligne circulaire en general ne se peut attribuer à la ligne droite, et ce qui se dit du polygone en general ne sauroit convenir au cercle. C'est pourquoy encore que le mouvement se perde enfin dans le repos il ne s'ensuit pas que l«'on pu»isse attribuer au repos ce qui se dit du «mou»vement en general et partant la regle du repos ne doit pas pour cela estre considerée comme un cas particulier de la regle du mouvement, de mesme que la regle du cercle qui toucheroit un plan ne doit point estre considerée comme un cas particulier de la regle d'un polygone qui toucheroit un plan.

Il y a cependant quelques endroits où ce principe est d'usage, par exemple si je veus montrer qu'un corps en repos a moins de force qu'il n'en a lorsqu'il est en mouvement, je puis raisoner ainsi: Le repos peut être consideré comme un mouvement infiniment petit, et par consequent comme une force infiniment petite, donc un corps en repos a moins de force qu'il n'en a lorsqu'il est en mouvement: d'où il s'ensuit encore, que si un corps pour petit qu'il soit peut avoir par sa quantité de mouvement et par sa vitesse plus de force qu'un corps superieur en masse et inferieur en vitesse et en mouvement, a plus forte raison aura-t-il plus de force qu'aucun corps en repos de quelque volume qu'il puisse estre.

L'on voit par ces exemples que le principe de M. L. peut être bon et mauvais selon qu'on s'en sert bien ou mal à propos.

Il s'agiroit presentement de déterminer quelque chose sur le bon et le mauvais usage de ce principe, mais cela demanderoit une assez longue dissertation, et c'est ce que l'on n'a pas dessein de faire, puisque l'on n'a demandé qu'une reflexion de demie page sur ce sujet.