Series II Band 2 · No. 131.

PAUL PELLISSON-FONTANIER AN LEIBNIZ

Versailles, 30. Dezember 1691. [129.136.]

French

A Versailles ce 30 Decembre 1691.

Je dois reponse, Monsieur, à deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire, l'une du 19me l'autre du 30me Novembre. Je commenceray par la derniere parce qu'elle est beaucoup plus courte, et me doit moins arrester. J'ay envoyé à Mons. l'Abbé Pirot celle que vous luy avez escritte avec l'Extrait de vos contestations contre le Pere Mallebranche et M. l'Abbé Catelan, mais ce n'a pas esté sans lire l'un et [l']autre, et sans y prendre beaucoup de plaisir. Je ne doute pas que Mons. l'Abbé Pirot ne soit de mesme goust que moy, et par avance je voy dans un billet qu'il m'a escrit combien il se sent obligé du commerce où vous voulez entrer avec luy; il prepare sans doute sa réponse qui passera par mes mains et vous sera adressée par la voye de Maubuisson.

Il ne faut pas vous estonner Monsieur, si vous n'avez point eu de replicque de M. l'Abbé Catelan, peu de gens ont la force et le courage de dire je m'estois trompé. Et cependant il n'y a rien qui soit plus naturel à l'homme que de se tromper, ni de plus facile que de l'avoüer pour se tirer d'affaire.

Je ne me suis pas trouvé capable de suivre jusqu'au bout tout ce qu'il y a de Geometrique dans vostre Extrait jusqu'à une discussion entiere et parfaite qui outre la capacité demanderoit plus de temps que je n'en ay; Mais en general j'approuve fort la suitte de vostre raisonnement et vostre Principe de la Sagesse Divine qu'il faut supposer, sans quoy nous n'avons rien de certain comme je pense l'avoir aussy touché quoy que brievement en quelque endroit de mes Reflexions au premier volume.

Mons. l'Abbé Pirot est esclairé en toutes choses, mais il l'est bien plus dans l'estude de la Theologie, et de l'antiquité Ecclesiastique que dans celle de la Philosophie et de la Geometrie; cependant comme il est continuellement avec des Sçavans de toutes les sortes il pourra plus facilement que moy leur communiquer vos pensées et vous en rendre compte.

Je n'ay pas laissé d'en parler à ceux qui me sont tombez en main, particulierement à Mons. Dodart de l'Accademie Royalle des Sciences, Medecin de Madame la Princesse de Conty et qui en cette qualité fait un voyage à Versailles de 2 ou 3 jours chacque sepmaine. Il desire fort de voir vostre Extrait quand Mons. Pirot n'en aura plus besoin, et il ne doute point que l'accademie Elle mesme ne soit fort aise de le voir et d'en dire son sentiment, à quoy il m'a promise de s'employer. Il est chargé de beaucoup de travaux par cette compagnie et il a beaucoup de sçavoir en beaucoup de sortes de choses. [ ... ]

Je viens, Monsieur à vostre lettre du 19me Novembre, [ ... ] cette mesme lettre et 2 autres que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire touchant l'opinion de Descartes sur la quantité toujours Egale du mouvement, ayant esté trouvées fort bonnes par plusieurs de nos amys qui les ont veues, il ne sera point hors de propos de donner quelque avant-goust au public de vos nouvelles descouvertes sur cette matiere. [ ... ]

Il y a dans vostre Lettre du 19me novembre beaucoup de choses qui sont dignes de la conoissance du public, et qui le prepareront comme j'ay dit à celles que vous devez luy donner sur vostre nouvelle Science de la Dunamique; il se pourra faire mesme que ces morceaux estant mis au jour exciteront les Sçavans à entrer en commerce avec vous sur ces matieres.

Je crains un peu que la maniere dont vous expliquez en dernier lieu la substance pour une espece de force qui se peut appliquer en divers lieux, ne donne sujet à quelqu'un de dire que vous n'estes pas veritablement de la Confession d'Au[g]sbourg sur l'Eucharistie par ce que vous ne croyez pas une veritable presence reelle, mais une presence de force et de vertu, que la plus part des Sacramentaires reçoivent, et Calvin beaucoup plus que les autres. On dira donc peut-estre que pour éluder ce Dogme si difficile à croire vous avez changé la substance en force, au lieu de regarder la force comme une suite et un accident de la substance. Je croy cependant Monsieur, qu'en attendant que vous vous soyez expliqué vous mesme d'avantage, on pourra fermer la porte à toutes ces argumentations, en ostant une ligne ou deux de vostre lettre qui pourroient donner ces idées si l'on ne penetroit pas plus avant. En mon particulier je conçoy bien la force comme une suitte ordinaire et presque necessaire de la substance, mais non pas comme estant la substance mesme, et c'est sur quoy vous m'obligerez de me donner toute l'instruction que vous pourrez. [ ... ]