Series II Band 1 · No. 247.
LEIBNIZ AN EHRENFRIED WALTHER VON TSCHIRNHAUS
[Hannover, 17. Oktober 1684.] [237.]
[ ... ] Il y a bien du temps que mes correspondances de France et partout ailleurs sont interrompües. Et je n'apprends presque d'autres nouveautés maintenant en matiere de lettres, que ce que les Actes de Leipzig m'apprennent.
J'ay ouy parler autres fois de Mons. Gallet comme d'un habile homme, mais j'ay de la peine à croire que l'anneau de Saturne ne soit qu'une simple apparence comme il dit.
En Hollande on dispute maintenant fort et ferme si les bestes sont des machines, et même le peuple s'en divertit, et traite les Cartesiens de ridicules, qui s'imaginent qu'un chien qu'on bat, crie à peu prés comme une musette qu'on touche. Pour moy, quoyque j'accorde aux Cartesiens que toutes les operations exterieures des bestes peuvent estre expliquées machinalement, je croy neantmoins que les bestes ont quelque connoissance, et qu'il y a en eux quelque chose qui n'est point étendu[e] proprement, et qu'on peut appeller ame ou si vous voulés forme substantielle.
On m'a dit que Mons. Carcavy n'a plus la garde de la Bibliotheque du Roy, qu'on y a mis un certain Abbé Varese, qui est mort bien tost apres, et que Mons. Cordemoy qui y pretendoit, est mort aussi.
Je m'etonne que Messieurs Arnaud et Malebranche, qui estoient si bons amis, quand j'estois à Paris, écrivent maintenant l'un contre l'autre. Je n'ay pas encor lû leur écrits opposés; mais autant que je puis juger par leurs autres ouvrages, le Pere Malebranche a beaucoup d'esprit, mais Mons. Arnaud écrit avec plus de jugement. Il y a quantité de jolies pensées dans la recherche de la verité, mais il s'en faut beaucoup que l'auteur ait penetré bien avant dans l'analyse et generalement dans l'art d'inventer, et je ne pouvois m'empecher de rire, quand je voyois qu'il croit l'Algebre la premiere et la plus sublime des sciences, et que la verité n'est qu'un rapport d'egalité et d'inegalité, que l'Arithmetique et l'Algebre sont les seules sciences qui donnent à l'esprit toute la perfection et toute l'estendue dont il est capable, enfin que l'Arithmetique et l'Algebre sont ensemble la veritable Logique. Et cependant je ne voy pas que luy même ait grande connoissance de l'Algebre. Les louanges qu'il donne à l'Algebre se deuvroient donner à la Symbolique en general, dont l'Algebre n'est qu'un echantillon assés particulier et assés borné.