Series II Band 1 · No. 217.

LEIBNIZ AN CHRISTIAN PHILIPP

[Anfang Dezember 1679.] [216.221.]

French

Extrait d'une de mes lettres à M. Philippi.

Pour ce qui est de la Philosophie de des Cartes dont vous demandés mon sentiment, je n'ay garde de dire absolument qu'elle mene à l'Atheisme. Il est vray qu'il y a quelques choses fort suspectes à moy, qui l'a considerée avec attention. Par exemple ces deux passages qu'il ne faut pas considerer la cause finale en Physique et que la matiere prend successivement toutes les formes dont elle est capable. Il y a un passage admirable dans le Phedon de Platon qui blame Anaxagore justement pour la même chose qui me deplait en Monsieur des Cartes. Pour moy je croy que les loix de la Mecanique qui servent de fondement à tout le systeme, dependent des causes finales, c'est à dire de la volonté de Dieu determinée à faire ce qui est le plus parfait, et que la matiere ne prend pas toutes les formes possibles mais seulement les plus parfaites, autrement il faudroit dire, qu'il y aura un temps où tout sera mal en ordre ce qui est bien éloigné de la perfection de l'auteur des choses. Au reste si Mons. des Cartes avoit donné moins à ses hypotheses imaginaires et s'il s'estoit attaché d'avantage aux experiences, je croy que sa Physique auroit esté digne d'estre suivie. Car il faut avouer, qu'il avoit une grande penetration. Pour sa Geometrie et Analyse il s'en faut beaucoup qu'elle soit aussi parfaite que le pretendent ceux qui ne se sont mis qu'à chercher des petits problemes. Il y a plusieurs erreurs dans sa metaphysique, et il n'a pas connu la veritable source des verités ny cette analyse generale des notions que Jungius à mon avis a mieux entendu que luy. Cependant j'avoue que la lecture de des Cartes est tres utile et tres instructive et j'aime mieux sans comparaison d'avoir l'affaire à un Cartesien qu'à un homme sorti d'une autre école. Enfin je considere cette philosophie comme l'antichambre de la veritable.