Series II Band 1 · No. 213.

LEIBNIZ AN HERZOG JOHANN FRIEDRICH VON HANNOVER

[Herbst 1679.] [205a.214.]

French

[L1 ]

Monseigneur

Le départ de V.A.S. et la conjuncture du temps m'obligent de toucher une matiere, sur la quelle j'ay balancé assez. Mais enfin le temps et les occasions perdues ne reviennent point: comme j'ay déja éprouvé une autre fois; et les motifs de la pieté et du bien public doivent passer par dessus toutes les autres considerations.

V.A.S. sçaura donc que j'ay fort souvent examiné à fonds les controverses avec feu M. le Baron de Boinebourg où il s'est trouvé enfin que le Concile de Trente tout entier se pouvoit approuver sans difficulté: excepté trois ou quatre endroits où il me sembloit, que pour eviter des opinions qui enveloppent contradiction, il luy falloit necessairement donner une interpretation non pas contraire aux paroles, ny au sentiment de l'Eglise Catholique comme je croy, mais assés éloignée des opinions vulgaires de quelques Theologiens scholastiques et sur tout des moines. Et comme ces gens ont un grand ascendant sur les esprits; témoin la peine qu'ils ont donné à Galiléi, je luy dis nettement alors, et pour proceder avec candeur, et sans aucune reservation, que je ne ferois point de difficulté de me rendre, et d'avouer cecy publiquement, si on me pouvoit obtenir une declaration à Rome, disant que ces interpretations, qui me paroissent les vrayes, sont au moins tolerables et n'ont rien d'heretique ny de contraire à la foy. Et que cela estant je me ferois fort de mettre tout dans un si grand jour, que peutestre mon travail pourroit contribuer quelque chose dans son temps à la reünion.

Feu M. de Boinebourg fut ravi de cette proposition, et lors que je fis le voyage de France, il me donna des lettres à Mons. Arnaud, car il croyoit que son sentiment pourroit estre d'un grand poids. Mais comme j'allois avec toute la circomspection possible, pour ne me pas découvrir mal à propos; la mort du Baron survint, qui m'osta l'esperance de reussir par cette voye; ainsi je ne m'expliquay pas à M. Arnaud, et des lors je songeay à V.A.S. d'autant que je sçavois que M. de Boinebourg avoit eu dessein de luy en parler pour des raisons encor plus particulieres que je diray en son lieu.

Or supposant ces declarations de Rome obtenuës, j'avois formé le plan, d'un ouvrage de la derniere importance que M. de B. approuva merveilleusement: dont le titre estoit: demonstrationes Catholicae. Il devoit contenir trois parties: la premiere des Demonstrations de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'ame, . et de toute la Theologie naturelle; comme en effect j'en ay de surprenantes. La seconde partie devoit estre de la religion Chrestienne, ou Theologie revelée, où je voulois demonstrer la possibilité de nos mysteres et satisfaire à toutes les difficultés de ceux qui pretendent de monstrer des absurdités et contradictions dans la Trinité, dans l'incarnation, dans l'Eucaristie, et dans la resurrection des corps. Car les preuves de la religion chrestienne ne sont que morales, puisqu'il n'est pas possible d'en donner d'autres en matieres de fait, or toutes les preuves qui n'importent qu'une certitude morale peuvent estre renversées par des preuves contraires plus fortes, et par consequent il faut aussi répondre aux objections pour se satisfaire entierement, car une seule impossibilité prouvée dans nos mysteres, renverseroit tout le bastiment. La troisieme partie traitoit de l'Eglise, où j'avois des preuves tres convainquantes, que l'Hierarchie de l'Eglise est de droit Divin, et j'y distinguois exactement les limites du pouvoir seculier et Ecclesiastique; sçavoir les Ecclesiastiques mêmes, et tous les hommes doivent aux souverains une obeïssance exterieure, mais usque ad aras, et au reste, aumoins une souffrance sans reserve; à l'exemple des premiers Chrestiens, qui n'obeissoient pas aux commandemens pleins d'impieté des Empereurs payens, mais qui n'opposoient pas aussi la force à la force. En echange tous les hommes et mêmes les souverains doivent à l'eglise une obeissance interieure, c'est à dire une deference sans reserve en matiere de creance; autant qu'il leur est possible. (Cette (Cette ... sauvé.): Diesen Satz hat Leibniz mit eckigen Klammern gekennzeichnet, wohl um ihn von der Abfertigung auszuschließen. exception est necessaire, car si par hazard un homme croyoit voir clairement une contradiction dans ce qu'on luy commande de croire, il luy seroit impossible d'y adjouter foy; et il seroit heretique mais materiel seulement, et ne laisseroit pas pour cela d'estre sauvé.) On voit par là que nous devons aux souverains une obeissance passive ou irresistibilité, et à l'Eglise une obeissance active, autant qu'il est en nostre pouvoir. Suivant ces principes je donnois des resolutions aisées et claires sur les questions les plus agitées.

Mais à fin de jetter les fondemens de ces grandes demonstrations, j'avois dessein de les faire preceder par les Elemens demonstrés de la vraye philosophie; pour servir à l'intelligence de l'ouvrage principal. Car il faut une nouvelle logique, pour connoistre les degrés de la probabilité, puisque cela est necessaire pour juger des preuves en matieres de fait, et de morale, où il y a ordinairement des bonnes raisons de part et d'autre, et il ne s'agit que de sçavoir de quel costé doit pancher la balance. Mais l'art de peser les probabilités ne se trouve encor [expliqué] nulle part, quoyqu'[il] soit de grande importance en matiere de droit, et mêmes pour le maniment des affaires. Il faut aussi pousser la metaphysique bien plus avant qu'on n'a fait jusqu'icy, pour avoir les veritables notions de Dieu et de l'ame, de la personne, de la substance, et des accidens. Et à moins que d'avoir quelque entrée dans la physique plus profonde, on ne sçauroit satisfaire aux difficultés qui se forment contre l'histoire de la creation, le deluge, et la resurrection des corps. Enfin la vraye morale doit estre demonstrée, pour sçavoir ce que c'est que justice, justification, liberté, plaisir, beatitude, vision beatifique. Et pour conclusion il n'y a rien de si conforme à la vraye politique, et à la felicité du genre humain, mêmes icy bas et en cette vie, que ce que j'ay avancé, du pouvoir inviolable et irresistible du souverain sur les biens exterieurs et de l'empire interieur que Dieu exerce par l'Eglise sur les ames. Car il me semble que j'ay déja dit à V.A.S. en d'autres occasions que rien est plus utile au bien general que l'autorité de l'Eglise universelle qui forme un corps de tous les Chrestiens unis par les liens de la charité et qui peut tenir dans un respect sacré les plus grandes puissances de la terre, tandis qu'ils sont encor sensibles aux reproches de la conscience. C'est pourquoy tout homme de bien doit souhaiter que l'Éclat de l'Eglise soit retabli par tout, et que le pouvoir spirituel de ses vrais ministres sur les fideles soit reconnu un peu plus qu'il ne se practique souvent parmy ceux même qui veuillent passer pour les plus catholiques.

Mais comme l'on est plustost accoustumé à disputer qu'à demonstrer en philosophie, en morale, et en theologie; et que la plus part de lecteurs auroient sur un tel ouvrage les preventions qu'on a coustume d'avoir sur les ouvrages ordinaires en ces matieres; puisqu'on s'imagine que l'auteur ne fait que transcrire et que problematiser, et que c'est peutestre un esprit superficiaire peu versé dans les sciences mathematiques, et par consequent peu capable de demonstrer veritablement: je pretendois pour desabuser le monde là dessus, de me tirer un peu hors du pair en mathematiques, où je croy avoir des découvertes, qui sont déja dans l'approbation generale des plus grands hommes de ce temps, et qui paroistront avec éclat quand je voudray. Ce fut là la veritable raison qui m'a fait rester si long temps en France, pour me perfectionner là dessus, et pour m'y mettre en quelque estime, car lors que j'y allois je n'estois pas encor assez geometre, ce qui m'estoit pourtant necessaire pour me rendre capable de proposer mes demonstrations avec rigueur. Je veux donc donner auparavant au public, mes découvertes dans l'analyse, dans la geometrie et dans les mecaniques, et j'ose dire, d'en avoir qui ne doivent pas ceder à celles que nous ont donné Galilei et des Cartes. Et par là on jugera si je sçay ce que c'est que d'inventer et de demonstrer. Je n'ay donc pas estudié les sciences mathematiques pour elles mêmes, mais à fin d'en faire un jour un bon usage pour me donner du credit en avançant la pieté.

Il y a encor une chose fort considerable dans ma philosophie, qui luy donnera quelque accés chez les Jesuites et autres Theologiens. C'est que je rétablis les formes substantielles, que les Atomistes et Cartesiens pretendent d'avoir exterminées. Or il est constant que sans ces formes et sans la difference qu'il y a entre elles et entre les accidens reels, il est impossible de maintenir nos mysteres: car si la nature du corps consiste dans l'etendue, comme pretend des Cartes, il implique contradiction sans doute de soûtenir un corps existant en beaucoup de lieux à la fois. Mais comme ce qu'on a dit jusqu'icy de l'essence du corps n'a pas esté intelligible, il ne faut pas s'étonner si ces formes substantielles ont passé pour chimeriques ches les esprits les mieux faits: au lieu que ce que j'en diray sera aussi intelligible que tout ce que les Cartesiens ont jamais proposé en d'autres matieres.

Enfin pour rendre mes demonstrations absolument incontestables, et aussi certaines que ce qui se peut prouver par un calcul d'arithmetique, je donneray un essay de cette nouvelle Ecriture ou caracteristique, ou bien langue si on veut; qui est sans doute un des plus grands efforts de l'adresse des hommes: ce sera un organe encor plus utile à l'esprit que les telescopes et microscopes ne sont à la veue. Toutes les lignes de cette écriture seront autant de demonstrations, les paralogismes ne seront que des erreurs de calcul aisés à decouvrir: ce sera le grand moyen et d'inventer des verités, et de les établir et enseigner irresistiblement quand elles seront inventées. On ne pourra jamais rien proposer de plus important à la congregation de propaganda fide. Car cette langue estant etablie parmy les missionnaires sera repandue en un moment dans le monde, car elle pourra estre apprise pour l'usage en quelques jours, et sera d'une commodité infinie pour le commerce general. Or là où elle sera receue, la vraye religion qui est tousjours la plus raisonnable, et en un mot tout ce que j'avanceray in opere demonstrationum catholicarum, s'establira sans peine; et il sera aussi impossible de resister aux raisons solides, qu'il est impossible de disputer contre l'arithmetique. Je laisse juger quels changemens avantageux pour la pieté et pour la morale, et en un mot pour l'accroissement des perfections du genre humain, s'en suivront dans le monde. Mais il faut sans doute de grandes assistances pour en venir à bout, et je ne voy à qui cela revienne mieux qu'à la susdite congregation de propaganda.

Cependant tous ces projets sont fondés sur les declarations de Rome sans les quelles je ne me sçaurois donner contentement, puisque autrement je serois obligé d'avouer des choses que mes demonstrations, et sur tout cette caracteristique refuteroit elle même, malgré moy et malgré toute la terre: mais pour obtenir plus aisément ces declarations, il faut agir sans doute avec beaucoup d'adresse. Car toutes les choses ont plusieurs faces, la maniere de les envisager au premier abord fait beaucoup; les plus innocentes ont esté souvent rejettées sur des faux soubçons; et les plus croustilleuses ont passé par l'habileté de ceux qui les manioient. Souvent on ne se donne pas la peine d'examiner les choses à fonds, et quelques tolerables qu'elles soyent, on les rejette quelques fois d'abord sur une fausse prevention: quand elles ne sont pas recommandées d'un endroit qu'on respecte. C'est pourquoy j'ay jugé que le meilleur seroit d'avoir recours à V.A.S. qui pourra faire gouverner l'affaire avec une telle adresse, qu'on ne se puisse point appercevoir du mystere, et qu'on ne fasse point des difficultés là où il n'y en a point de veritables. Cela sera d'autant plus aisé que le Pape d'aujourdhuy est non seulement homme de bien, mais encor éclairé et equitable.

Mais il y a encor une grande raison qui m'a obligé de rompre le silence et de faire cette ouverture apresent. Cette raison est des plus importantes, elle touche particulierement V.A.S. et ne pouvant pas entasser tout à la fois, j'en parleray distinctement dans la suite.

[L2 ]

Monseigneur

V.A.S. m'ayant fait des graces, qui me dispensent de luy faire des demandes presentement; je n'ay [qu'une] ouverture à luy faire dont elle usera comme Elle le jugera à propos.

Ayant examiné les controverses avec feu M. le Baron de Boinebourg je trouvay qu'il n'y avoit que trois ou quatre endroits dans le Concile de Trente, qui me faisoient peine, et qui à mon avis avoient besoin d'une interpretation non pas contraire aux paroles ny au sens de l'Eglise comme je croy, mais bien aux opinions vulgaires des Scholastiques, et particulierement des moines. Et comme ces gens ont un grand ascendant sur les esprits, témoin la peine qu'ils ont donné à Galilei, je desirois, pour estre seur, et pour aller avec sincerité, qu'on me procurât une declaration de Rome portant que ces interpretations ne contiennent aumoins rien qui soit contraire à la foy.

M. de Boinebourg fut ravi de [cette] proposition, et lors que j'allois en France il me donna des lettres pour M. Arnaud, croyant que son sentiment seroit d'un grand poids, mais la mort de M. de Boinebourg m'ayant osté l'esperance de reussir par cette voye, j'ay songé des lors à V.A.S. d'autant que M. de Boinebourg avoit eu dessein deja de luy en parler.

Or supposant ces declarations obtenues, j'avois dressé le plan d'un ouvrage important sub titulo: demonstrationum catholicarum, consistant en trois parties; la premiere devoit donner des demonstrations de Dieu et de l'ame, comme en effect j'en ay de surprenantes. La seconde devoit contenir les preuves de la religion Chrestienne, et de la possibilité de nos principaux mysteres, particulierement de la Trinité, de l'incarnation, de l'Eucaristie et de la resurrection des corps. La troisieme de l'Eglise et de son autorité, du droit divin de l'Hierarchie, et des limites de la puissance seculiere et ecclesiastique, dont la difference est que tous les hommes et les Ecclesiastiques mêmes doivent aux souverains une obeissance exterieure et passive, c'est à dire aumoins une irresistibilité et souffrance sans reserve sur les biens exterieurs, suivant la practique des premiers Chrestiens qui n'obeissoient pas aux ordres impies des Empereurs, mais qui en souffroient tout. En echange tous les hommes et mêmes les souverains doivent à l'Eglise une obeissance interieure et active; c'est à dire ils doivent faire tout ce que l'Eglise commande; et croire tout ce qu'elle enseigne; mais elle ne commandera jamais de resister aux souverains, et n'enseignera jamais ce qui implique contradiction. Car il n'y a que ces deux points exceptés. Sur ces principes j'expliquois clairement les questions les plus difficiles.

Ce grand ouvrage (non mole sed materia rerum) devoit estre precedé par les Elemens demonstrés de la vraye philosophie. Car pour juger des demonstrations en matiere de fait et de morale, il faut une nouvelle partie de la logique, sçavoir l'art de peser les probabilités et d'estimer de quel costé panche la balance quand il y en a de part et d'autre. Il falloit aussi pousser plus avant la metaphysique, pour avoir des notions claires de Dieu, de l'ame, de la personne, et de la nature de la substance, des accidens. Car je retablis demonstrativement et explique intelligiblement les formes substantielles que les Cartesiens pretendent d'avoir exterminées comme des chimeres inexpliquables, au prejudice de nostre religion, dont les mysteres ne seroient que des impossibilités si la nature du corps ne consistoit que dans l'etendue comme pretend des Cartes. Ce point de ma metaphysique sera infiniment agreable aux Jesuites et autres docteurs theologiens. De même à moins que d'avoir quelque entrée dans la physique plus profonde, on ne sçauroit satisfaire aux difficultés qui se forment contre l'histoire de la creation, le deluge, et la resurrection des corps. Enfin la vraye morale doit estre demonstrée pour sçavoir ce que c'est que la justice, justification, liberté, plaisir, beatitude, vision beatifique. Et pour conclusion il n'y a rien de si conforme à la vraye politique et à la felicité du genre humain mêmes icy bas et en cette vie, que ce que j'ay avancé du pouvoir irre[si]stible des souverains sur les biens exterieurs, et de l'Empire de Dieu par l'Eglise sur les ames. Car il me semble que j'ay dit en d'autres occasions que rien est plus necessaire à la paix que le pouvoir souverain, et rien est plus utile au bien general que l'autorité de l'Eglise qui forme un corps de tous les Chrestiens unis par les liens de la charité et qui peut tenir dans un respect sacré les plus grandes puissances de la terre, tandis [qu'elles] sont encor sensibles aux reproches de la conscience. C'est pourquoy tout homme de bien doit souhaiter que l'eclat de l'Eglise soit relevé par tout, et que le pouvoir spirituel de ses vrays ministres sur les fideles soit reconnu un peu plus qu'il ne se practique souvent parmy ceux qui veuillent passer pour les plus catholiques.

Mais avant que de donner ces demonstrations de theologie et de philosophie, et pour aller au devant de ceux qui sont prevenus contre ces sortes d'ouvrages, croyant que leurs auteurs ne sont que des esprits superficiaires, j'avois dessein de me distinguer auparavant et de me tirer de la foule par des decouvertes de mathematique que j'ay, qui au sentiment des plus grands hommes du temps en ces matieres peuvent estre mises en parallele avec quelques unes des plus belles que Galilei et des Cartes ont données. On ne peut pas disputer le merite d'un auteur en mathematiques comme en d'autres matieres. C'est pour cette raison que je suis resté quelque temps en France pour m'y perfectionner, et je ne me suis pas arresté à ces sciences pour elles mêmes, mais pour les faire servir à l'avancement de la pieté.

Enfin pour couronner ce dessein, et pour rendre mes demonstrations incontestables sur les matieres qu'on n'en croit pas ordinairement susceptibles, je voulois donner des essais de cette nouvelle langue ou caracteristique qui fera que tout raisonnement sera comme un calcul d'arithmetique pour inventer aisement et pour etablir irresistiblement les verités inventées. Cette langue ou ecriture se pourra apprendre en peu de jours pour l'usage ordinaire, et pourveu qu'on l'introduise parmy les missionnaires, elle se repandra en un moment dans le monde à cause de sa grande facilité et usage incomparable dans le commerce des nations, et là où elle sera establie, la pieté et la raison ne manqueront pas de regner dans les esprits de meilleure trempe, puisqu'enfin les hommes ne pechent presque que par des faux raisonnemens, et qu'on ne pourra faire alors des fautes en raisonnant sans faire des solecismes contre les regles de cette langue. Ainsi apres les miracles et autres secours extraordinaires d'en haut je ne croy pas qu'on puisse trouver un moyen plus puissant pour avancer la religion chrestienne, puisque de la maniere que j'explique tout in opere demonstrationum je la fais voir toute sainte et toute raisonnable. Je ne croy pas qu'on puisse trouver une proposition plus importante et plus agreable pour la congregation de propaganda. Mais les declarations que je souhaitte sur certains point[s] du Concile sont necessaires preallablement, car puisque je croy que le contraire implique contradiction, ma characteristique ou langue le refuteroit un jour malgré moy et malgré toute la terre: car on n'y peut pas biaiser et tourner les choses comme dans les autres langues, la verité seule y forme les regles de la langue même.

Cependant pour obtenir ces declarations il faut agir sans doute avec beaucoup d'adresse, à fin qu'on ne sçache pas d'où viennent les demandes, et à fin que l'autorité de celuy qui recommande les fasse examiner sans prevention et sans dédain, car quelques fois on rejette d'abord et on meprise les choses les plus innocentes et les plus considerables. Il n'y a rien de si aisé à V.A.S. que d'y prester la main d'une maniere qu'on jugera la plus convenable. Et l'affaire est d'autant plus aisée que le Pape passe aujourdhuy pour homme de bien, éclairé et equitable: et qu'il a fait paroistre son zele en condemnant quelques propositions deraisonnables d'une fausse morale, et sa moderation en approuvant l'exposition de la foy publiée par M. l'Evesque de Condom, qui est la plus moderée que j'aye encor veu.

Au reste il y a encor une grande raison qui passe toutes celles que j'ay rapportées et qui m'a obligé de rompre le silence; elle touche particulierement V.A.S. qui en receura peut estre un grand contentement, et j'en parleray en son lieu. Cependant je suis avec devotion

Msgr