Series II Band 1 · No. 205.
SIMON FOUCHER AN LEIBNIZ
Paris, 16. April 1679. [183.248.]
A Paris du 16 Avril 1679.
Nous attendons Mr Lantin et moy la lettre que vous avez écrite à la princesse Elisabet. Vous m'en avez promis une copie et j'en ay écrit à Mr Lantin qui s'en felicite desja. Il attend cette lettre avec impatience et vous prie cependant, Monsieur, de luy conserver vostre amitié et vostre estime. Je vous assure, Monsieur, que luy et moy nous sommes tellement remplis de l'idée de vostre merite que nous en sommes presques enchantez. Puisque nous sommes asses malheureux que de vous avoir perdu, faites jouir du moins de quelques unes de vos productions. Pour moy j'attends sur vostre parolle la lettre que vous m'avez promise. J'avois prié Mr Hense de vous le temoigner par ses lettres, je panse qu'il m'aura fait la faveur de le faire. Je vous remercie, Monsieur, de ce que vous m'avez donné sa connoissance, il est tres honeste et tres obligeant, et cela me persuade d'avantage que ce que vous estimez merite d'estre estimé. Je panse que si vous avez vu le 3. volume de la Recherche, vous avez reconnu que le R. Pere Malbranche y parle d'une maniere un peu differente des autres volumes, il y paroit estre un peu Academicien surtout lorsqu'il dit que nous n'avons point d'idée de la nature de nostre ame. On va imprimer ma reponse à Don Robert. Pour ce qui est de ce que vous me conseilliez de traduire Platon, cela se pourra faire avec de tems, mais pour mettre mes propositions en forme de theoremes de geometrie, je ne le sçaurois encore et j'ay la même raison pour ne le pas faire que Mr Descartes avoit, et qu'il donne au P. Mercenne qui luy demendoit la même chose. Vous la devinerez assez, Monsieur, et je panse vous en avoir dit quelque chose lors que vous m'avez fait l'honneur de me faire cette proposition. On m'a donné un livret d'un nommé Leroyer d'Avranche qui croit proposer le mouvement perpetuel. Il dedie cette piece au Roy. Mais il n'y a rien de si faux que ce qu'il dit lors qu'il assure qu'il a experimanté ce mouvement par les machines dont il donne la figure, cet homme n'entend pas seulement le moindre principe de l'equilibre des liqueurs. La 1. figure est un syphon dont la branche descendente ne va pas plus bas que la source. Et qui ne doit pas agir par consequant. La 2. figure est un plan incliné sur lequel de l'eau coulant doit faire jouër des pompes qui esleve[nt] l'eau plus haut que le somet du plan ce qui est impossible. La 3. est un gros entonnoir à queuë recourbée comme cecy. Il pretend que l'eau pesant d'avantage dans le cone de l'entonnoir doit eslever la petite colonne de la queuë et la rejetter sur la surface de cet entonnoir ce qui est pueril et du tout impossible. La 4. est un tournebroche qui est desja en usage en des hostelleries de campagne et qui n'a rien de miraculeux. On dispute icy la chere de Ramus dans le colege royal. Mais ceux qui la demendent sont bien esloignez de la science qu'avoit feu Mr de Roberval. Me de Longueville patrone de Mrs de port royal vient d'expirer.
Je suis, Monsieur, votre tres humble et tres obeissant serviteur Foucher
A Monsieur Monsieur de Libnyz, Conseilleur et Bibliothecaire du Duc d'Annovre. A Annovre