Series II Band 1 · No. 183.

SIMON FOUCHER AN LEIBNIZ

Paris, 12. August 1678. [120.205.]

French

Monsieur A Paris du 12 Aoust 1678.

Il y a longtems que j'ay dessein de vous écrire pour vous prier de me conserver l'honneur de vostre amitié et pour vous assurer que Mr le conseiller Lantin et moy nous avons redoublé ensemble l'estime que nous avons pour vous. Il n'y a que quelques mois que je suis de retour de province et l'une des premieres choses que j'ay faitte icy a esté de m'informer de vous aupres de Mr l'Abbé Mariotte. Il m'a dit qu'il recevoit souvent de vos nouvelles en quoy je l'estime heureux. Il m'a temoigné aussi que vous souhaitiez que je vous fisse faire un hygromettre à ma façon. Plusieurs personnes que je considere fort entrautre Mr Lantin Messieurs Maltesté Mr D'alancé Mr Justel etc. ont demandé la même chose, et je n'ay pas encor fait ce qu'ils souhaitent. J'espere, Monsieur, que je satisferay tous ces messieurs et vous pour le premier. Mais il ne me sera guere plus difficile de faire beaucoup de ces machines que d'en faire une seule. Je vous ay dit Monsieur, ce qui m'a empesché d'en faire jusqu'à cet heure. Il faut les experimanter et en faire en plusieurs manieres pour juger la meilleure. Je suis pourtant un peu trop paresseux pour prendre cette pene, mais je ne laisseray pas de faire quelque jour ce que je pourray pour perfectionner cette sorte de machine. Il faut que je sois un peu débarrassé auparavant de quelque autre chose que j'ay dans l'esprit. On dit que Mr Hautefeuille veut faire un mouvement perpetuel par le moyen des hygrometres, et d'un pendule. Il y a d'autres moyens d'en venir à bout. Si celuy là peut estre exécuté, j'en ay sur d'autres principes. Mais le prejugé que l'on a de l'impossibilité du mouvement perpetuel empesche qu'on ne se fie à ces sortes de machines. On a cru autre fois des choses impossibles que l'on a executées en d'autres tems. Je panse, Monsieur, que vous ne manquez pas non plus de conjectures pour ce mouvement. Il y a un 3me tome de la Recherche de la verité dans lequel le R. Pere Malbranche s'explique sur plusieurs sujets. Il s'accorde en ce volume avec beaucoup de choses de la critique, 1et en ce qu'il veut que nous ne connoissions pas par les sens qu'il y a des corps hors de nous, 2. en ce qu'il avouë dans un chapitre particulier que nous n'avons point d'idée claire de la nature de nostre ame. Cela estant jugez Monsieur des consequences qu'on en peut tirer contre sa philosophie. Je panse que vous vairrez ce 3me volume. Je n'ay pas encor fait imprimer la reponse à Dom Robert. Vous aves vu cette reponse en manuscrit il y a plus de 2 ans. Depuis j'ay fait l'apologie des Academiciens et quelques autres petites remarques sur les prejugez des sens. Tout cela n'est pas imprimé par ce que je ne suis guere propre à chercher des libraires. Si vous me faite la faveur de me faire reponse je vous prie d'ecrire un mot à Mr le conseiller Lantin afin que je le luy fasse tenir, il n'est jamais plus joyeux que quand il entend parler de vous. Je vous assure, Monsieur, que je suis de son humeur en cela et si vous sçaviez ce que je panse de vous, vous vairriez qu'on ne sçauroit avoir de meillieurs sentiments d'une personne que ceux que j'ay de vous, Monsieur, à qui je suis entierement tres humble et

tres affectionné serviteur S. Foucher.

A Monsieur Monsieur de Libnyz Conseillier et Bibliothecaire du Duc d'Annovre. A Annovre.