Leibniz an die Churfürstin Sophie von Hannover und an Sophie Charlotte, Churfürstin von Brandenburg und Königin von Preußen
Aus Leibnizens Leben ist bekannt, daß die durch scharfen Verstand und gediegenes Wissen ausgezeichnete Churfürstin Sophie von Hannover ihn als vertrauten Rathgeber und treuesten Freund hochschätzte. Leibniz war für sie unentbehrlich; sie führte, falls er von Hannover abwesend war, den fleißigsten Briefwechsel mit ihm. Aus den Briefen Leibnizens ist zu ersehen, von welcher Art seine wissenschaftlichen Unterhaltungen mit der Churfürstin waren; Philosophie, Geschichte, Naturgeschichte, Literatur bilden wechselnd den Inhalt. Namentlich geht aus Leibnizens Briefen hervor, daß philosophische Probleme vielfach der Gegenstand der mündlichen Unterhaltung zwischen der Churfürstin und ihm waren, die alsdann in den Briefen ihre Fortsetzung fanden. Leibniz liebte, im Zwiegespräch durch Rede und Gegenrede Begriffe und Theorie von allen Seiten zu betrachten, zu klären und zu bestimmen; er ergriff deshalb ganz besonders die Gelegenheit zu philosophischen Unterredungen mit der Churfürstin Sophie, zumal dieselbe für ein philosophisches System nicht eingenommen war, und Schärfe des Verstandes zu Einwendungen in ausreichendem Maße besaß1. Um diese zu beseitigen, sah sich Leibniz genöthigt, von der wissenschaftlichen Ausdrucksweise herabzusteigen und sich der größten Klarheit und Einfachheit zu bedienen. Daher kommt es, daß seine Briefe an die Churfürstin Sophie über metaphysische Fragen so ausführlich und eindringend sich verbreiten, daß sie unter Leibnizens philosophischen Schriften einen Platz verdienen.
Noch inniger gestaltete sich das Verhältniß Leibnizens zu der Tochter der Churfürstin, Sophie Charlotte, später Churfürstin von Brandenburg und Königin von Preußen. Sie wurde Leibnizens Freundin und Schülerin in der Philosophie. Daß aus den philosophischen Unterhaltungen mit ihr die Theodicee entstanden ist, darüber ist in Bd. VI ausführlich gehandelt. Briefe Leibnizens an Sophie Charlotte sind bereits in Bd. III S.343ff. und Bd. VI S.488ff. mitgetheilt.
Die folgenden Briefe sind veröffentlicht von O. Klopp, die Werke von Leibniz, Bd. 7 bis 10.
Im März 1696 besuchte Franz Mercur van Helmont Hannover; mit ihm begab sich Leibniz jeden Morgen zur Churfürstin Sophie zu wissenschaftlichen Unterhaltungen2. Er hat darüber im September 1696 einen Bericht abgestattet, den die Churfürstin Sophie an ihre Nichte, die Herzogin von Orleans, übersandte. Aus diesem Bericht wird hier Folgendes mitgetheilt:
La principale opinion qu’il (Helmont) a soutenue, c’est la metempsychose, à sçavoir que les ames des corps morts passent immediatement dans les corps des nouveaux-nés, et qu’ainsi les mesmes ames jouent tousjours leur personnage sur ce theatre du monde.
Je conviens avec tout le monde que les animaux ont de veritables ames sensitives. Je soustiens même avec la pluspart des anciens que toute la nature est pleine de force, de vie et d’ames. Car on connoist par les moyens de microscopes qu’il y a une grande quantité de creatures vivantes, qui ne sont pas perceptibles aux yeux, et qu’il y a plus d’ames que des grains de sable, ou d’atomes,. Mais je soutiens encore, comme a déja fait Platon et devant luy Pythagore, qui a tiré cette opinion de l’Orient, qu’il n’y a point d’ame qui perisse, non pas mesme celle des animaux. M. Helmont en convient avec moy, quoyque je ne puisse comprendre ses argumens et ses preuves. Tous les corps ont des parties, et ne sont rien que des amas et des multitudes, comme des troupeaux des moutons ou des étangs pleins de gouttes et de poissons, ou comme une montre qui a plusieurs ressorts et d’autres pieces necessaires. Mais comme tous les nombres consistent en un et un, ainsi toutes les multitudes sont composées des unités. Ainsi les unités sont la veritable source et le siege de tous les estres, de toute force et de tous leur sens, et tout cela n’est autre chose que des ames. D’où il s’ensuit incontestablement, non seulement qu’il y a des ames, mais encor, que tout est plein d’ames, et en quoy consiste veritablement l’ame, enfin pourquoy chaque ame est incorruptible. Car les unités n’ont point de parties, autrement elles seroient multitudes, et ce qui n’a point de parties, ne peut pas se corrompre. Thomas d’Aquin a déja dit que les ames des animaux sont indivisibles, d’où il s’ensuit qu’elles sont incorruptibles. Apparemment qu’il n’a pas voulu s’expliquer plus ouvertement, et s’est contenté d’avoir posé le fondement. On peut poser que tout cela pourroit estre, mais avec fort peu de consolation; car quoyque nos ames et celles des autres animaux demeurent, elles ne se ressouviennent plus du passé. Mais je suis d’un autre sentiment. J’avoue qu’apres la mort nous ne nous souvenons pas d’abord de ce que nous avons esté, ce qui n’est ny propre ny bienseant à la nature. Je crois cependant, que ce qui est une fois arrivé à une ame, luy est eternellement imprimé, quoyque cela ne nous revienne pas toutes les fois à la memoire, de mesme que nous savons plusieurs choses, dont nous ne nous ressouvenons pas toujours, à moins que quelque chose n’y donne occasion et nous y fasse penser. Car qui peut se souvenir
de toutes choses? Mais parce qu’il ne se fait rien en vain dans la nature, et que rien ne s’y perd, mais que tout tend à sa perfection et à sa maturité, de même chaque image que nostre ame reçoit, deviendra enfin un tout avec les choses qui sont à venir, de sorte que nous pourrons tout voir comme dans un miroir, et en tirer ce que nous trouverons plus propre à nostre contentement. D’où il s’ensuit que plus nous aurons practiqué de vertu et fait de bonnes oeuvres, nous en aurons plus de joie et de contentement. Nous devons donc conclure de là que nous devons estre à present contents, parce qu’à le bien prendre, tout ce qui arrive est si bien disposé que nous ne le pourrions pas mieux faire, quand mesme nous serions fort intelligents à ces sortes de matieres.
Nos ames sont capables de sçavoir et de gouverner, et elles font quasi dans le petit monde ce que Dieu fait dans le grand. Elles sont comme de petits Dieux qui font des mondes qui ne perissent pas moins que l’Univers dont elles sont l’image. De même que le grand monde, elles tendent aussi à leur but. D’où il s’ensuit que les autres ames et les corps doivent servir à celles qui ont quelque rapport avec la divinité, pour achever leur felicité, quoyque en même temps qu’elles servent à ces autres ames, elles tendent aussi à une plus grande perfection, parce que le monde est comme un corps qui va sans obstacle à son but, puisque rien ne peut s’empescher soy-mesme, et qu’il n’y a rien hors du monde qui le puisse empêcher.
Leibniz an die Churfürstin Sophie. [a]
Hanover le 4 Novbre 1696.
Madame. Je me rejouis infiniment de l’approbation qu’une des plus grandes princesses1 donne à quelques meditations que V. A. E. a bien voulu luy envoyer. Cela vaut mieux que le jugement d’une foule de docteurs. J’ay fait inserer quelque chose de cette nature dans le journal des sçavans de Paris de l’année passée2, et des personnes d’une grande penetration m’ont écrit que je pourrois bien avoir dit la verité. Même feu M. Arnaud, quoyque chef de parti et d’ailleurs prevenu pour le Cartesianisme, lorsque je communiquay avec luy par lettres sur ces matieres, avoua d’avoir esté frappé de quelques unes de mes raisons. Il y a eu des Cartesiens habiles qui ont murmuré de ce que j’ay pretendu restablir les bestes dans le droit d’avoir des ames, que je vay jusqu’à accorder une espece de durée à ces ames, et que je monstre mesme que tous les corps renferment de la vigueur et de la vie, bien loin de n’estre que de simples masses étendues. Mais j’ay appris que le succès de mes autres decouvertes a osté à quelques uns l’envie de me faire des objections. Puisque on est obligé d’avouer que mesme dans les Mathematiques qui estoient le fort de M. Descartes, ma Methode va bien loin au delà de la sienne, c’est ce que M. le Marquis de l’Hospital vient de reconnoistre dans un ouvrage considerable imprimé depuis peu.3 Cependant je seray tousjours bien aise de profiter des reflexions des personnes intelligentes et moderées, dont on ne manque pas en France. Mes meditations fondamentales roulent sur deux choses, sçavoir sur l’unité et sur l’infini. Les ames sont des unités et les corps sont des multitudes, mais infinies, tellement que le moindre grain de poussiere contient un monde d’une infinité de creatures. Et les Microscopes ont monstré aux yeux même plus d’un million d’animaux vivans dans une goutte d’eau. Mais les unités, quoyqu’elles soyent indivisibles et sans parties, ne laissent de representer les multitudes, à peu prés comme toutes les lignes de la circomference se reunissent dans le centre. C’est dans cette reunion que consiste la nature admirable du sentiment; c’est ce qui fait aussi que chaque ame est comme un monde à part, representant le grand monde à sa mode et suivant son point de veue, et que par consequent toute ame, depuis qu’elle a commencé une fois d’exister, doit estre aussi durable que le monde mesme, dont elle est le miroir perpetuel. Ces miroirs mesmes sont universels, et chaque ame represente exactement l’univers tout entier. Parce qu’il n’y a rien dans le monde qui ne se ressente de tout le reste, quoyque l’effect soit moins notable à mesure de la distance. Mais de toutes les ames il n’y a point de plus elevées que celles qui sont capables d’entendre les verités eternelles, et de ne pas representer seulement l’univers d’une façon confuse, mais encore de l’entendre et d’avoir des idées distinctes de la beauté et de la grandeur de la souveraine substance. C’est estre miroir non seulement de l’univers (comme le sont toutes les ames), mais encore de ce qu’il y a de meilleur dans l’univers. C’est à dire de Dieu luy mesme, et c’est ce qui est reservé aux esprits ou intelligences, et qui les rend capables de gouverner les autres creatures à l’imitation du createur.
Comme donc toute ame represente fidelement tout l’univers, et que tout esprit represente encor Dieu luy mesme dans l’univers, il est aisé de juger que les esprits sont quelque chose de plus grand qu’on ne pense. Car c’est une verité certaine que chaque substance doit arriver à toute la perfection dont elle est capable, et qui se trouve déja dans elle comme enveloppée. Il est encor bon de considerer que dans cette vie sensible nous vieillissons apres estre meuri, parce que nous approchons de la mort, qui n’est qu’un changement de theatre; mais la vie perpetuelle des ames estant exemte de mort, est aussi exemte de vieillesse. C’est pourquoy elles avancent et meurissent continuellement comme le monde luy mesme dont elles sont les images; car rien n’estant hors de l’univers, qui le puisse empescher, il faut bien que l’univers avance continuellement et se developpe.
On pourra objecter que cet avancement ne paroist pas, et qu’il semble mesme qu’il y a bien du desordre qui le fait reculer pour ainsi dire. Mais ce n’est qu’en apparence. Nous le voyons par l’exemple de l’Astronomie. Le mouvement des planetes paroist une chose confuse à nous qui sommes sur le globe de la terre. Il semble que ces astres sont errans et qu’ils vont sans regle, qu’ils avancent tantost, et qu’ils reculent après, et mesme qu’ils s’arrestent de temps en temps; mais lorsqu’avec Copernic nous nous sommes placés dans le soleil, au moins avec les yeux de l’esprit, nous avons découvert un ordre merveilleux. Aussi non seulement tout va par ordre, mais mesme nos esprits doivent s’en appercevoir de plus en plus à mesure qu’ils font des progrés.
Je reviens aux animaux, puisque rien ne se perd ny se neglige dans l’univers, pas mesmes les chiens de Madame si jaloux des bontés de leur maistresse, jusqu’à entrer en parallele avec les hommes.
Ce sçavant jaloux Cartesien qui se trouva embarrassé de cette question de Madame, si dans sa jalousie il estoit homme ou machine, ne fut point beste ny machine, en quittant la partie, car que pouvoit-il répondre de bon? J’espere qu’on reviendra peu à peu en France de la secte machinale et de ces petites notions qu’on a de la liberalité bornée de la nature, comme si elle n’avoit accordé qu’à nous le privilege d’avoir des ames. Et quand on sera mieux entré dans les pensées que j’ay données sur l’infini, on aura toute une autre idée de la majesté de l’univers que de croire que ce n’est que la boutique d’un ouvrier, comme croyait l’auteur de la pluralité des mondes, en parlant à sa Marquise. Car chaque machine de la nature a une infinité d’organes, et ce qui est encor plus merveilleux, c’est par cela que chaque animal est à l’epreuve de tous les accidens, et ne sçauroit estre jamais détruit, mais seulement changé et reservé par la mort, comme un serpent quitte sa vieille peau; car la naissance et la mort ne sont que des developpemens et enveloppemens pour prendre une nouvelle nourriture, et pour la quitter par apres, apres en avoir pris la quintessence, et surtout apres avoir receu en soy les traces des sentimens qu’on a eu, qui restent tousjours et ne s’effacent jamais par un oubly entier, et quoyqu’on n’ait pas tousjours l’occasion de s’en souvenir, ces idées ne laisseront pas de ressusciter à propos et d’estre utiles dans la suite des temps. Aussi peut-on demonstrer mathematiquement que toute action quelque petite qu’elle soit, s’étend à l’infini tant à l’égard des lieux qu’a l’égard des temps, rayonnant pour ainsi dire par tout l’univers, et se conservant à toute eternité. Ainsi ce ne sont pas seulement les ames, mais encor leur actions qui se conservent tousjours, et mesme l’action de chacune se conserve dans chacune de tout l’univers à cause de la conspiration et sympathie de toutes choses, le monde estant tout entier dans chacune de ses parties, mais plus distinctement dans les unes que dans les autres, et c’est en quoy consiste l’avantage des esprits pour lesquels la souveraine intelligence a fait tout le reste, à fin de se faire connoistre et aimer, se multipliant pour ainsi dire dans tous ces miroirs vivans qui la representent.
Leibniz an die Churfürstin Charlotte von Brandenburg.
Hanover ce 9 May 1697.
Madame. C’est par un ordre de Madame l’Electrice de Bronsvic que j’ose prendre la liberté d’envoyer ce paquet de livres à Vostre Serenité Electorale. Monsieur Helmont avant que de partir d’icy, me chargea de procurer une nouvelle impression de la version Allemande fort bien faite du livre fameux de Boëtius, consul Romain dans le temps que les Goths estoient maistres de Rome. Quoyque ce livre intitulé: Consolation de la philosophie (dont les exemplaires seront rendus avec cette lettre), ait eu, de tout temps, l’approbation generale des plus habiles, neantmoins Monsieur Helmont a crû avec raison qu’il seroit encor mieux receu à present dans le monde, s’il avoit celle de deux grandes Electrices dont l’esprit n’est pas moins elevé que la qualité, et à qui il semble appartenir, par un don singulier du ciel, de juger sainement de ces matieres sublimes qui passent la capacité des ames vulgaires et profanes. Monsieur Helmont affectionne particulierement ce livre, parce qu’il y croit remarquer les traces des sentimens Pythagoriques. Mais cela mis à part, il faut avouer que l’auteur dit des choses tres belles et tres sensées sur l’ordre de l’univers. Car à voir les succès des mauvais, les malheurs des bons, la brieveté et les maux ordinaires de la vie humaine, et mille desordres apparens qui s’offrent à nos yeux, il semble que tout va par hazard. Mais ceux qui examinent l’interieur des choses, y trouvent tout si bien reglé, qu’ils ne sçauroient douter que l’univers ne soit gouverné par une souveraine intelligence, dans un ordre si parfait que, si on l’entendoit en detail, on ne croiroit pas seulement, mais on verroit même que rien ne se peut souhaitter de mieux. De sorte que les desordres apparens ne sont que comme certains accords dans la musique qui paroissent mauvais, quand on les entend seuls, mais qu’un habile compositeur laisse entrer dans sa piece, parce qu’en les joignant avec d’autres accords, ils en relevent le goust, et rendent toute l’harmonie plus belle. Et comme ce que nous voyons maintenant n’est qu’une tres petite portion de l’univers infini, et que nostre vie presente n’est qu’une petite parcelle de ce qui nous doit arriver, on ne doit point s’estonner si toute la beauté des choses ne s’y découvre pas d’abord; mais nous y entrerons de plus en plus, et c’est pour cela mesme qu’il est necessaire que nous changions de situation. C’est à peu près comme les mouvemens des astres paroissent irreguliers à ceux qui ne les regardent que durant peu d’années, cependant la suite des siecles a fait connoistre qu’il n’y a rien de si beau ny de si reglé. C’est pourquoy le vulgaire ne conçoit pas ces choses, il ne s’eleve point à l’ordre general, il ne connoist pas mesmes sa propre religion et n’ayant que de fausses idées de la divinité, il flotte entre la superstition et le libertinage tousjours mal fondé, soit qu’il craigne mal, ou qu’il craigne rien. Mais à quoy bon de parler d’avantage de ces choses que Boëtius explique bien mieux, et que vostre esprit sublime conçoit encor mieux que Boëtius ne sçauroit dire. J’ay crû seulement qu’il estoit à propos que je donnasse quelque idée du livre que j’envoye, estant avec une devotion ardente, Madame, de V. S. E. etc.
Leibniz an die Churfürstin Sophie. [b]
Madame. Je n’ay vû que deux ou trois pieces de procés qu’il y a entre deux illustres Prelats de France1; mais quand je les aurois lû toutes, je n’aurois garde de me meler d’en juger. Laissons ce soin au Pape. Pour moy, je mettray seulement icy les idées que j’ay eues autres fois pour ce sujet, et dont quelques unes n’ont point deplu à Vostre Altesse Electorale. De toutes les matieres de Theologie il n’y en a point dont les Dames soyent plus en droit de juger, puisqu’il s’agit de la nature de l’amour. Mais s’il n’est point necessaire pour cela qu’elles ayent les hautes lumieres de V. A. E. dont la penetration va presqu’au delà de celle des plus profonds auteurs, je ne voudrois pas aussi qu’elles fussent comme on depeint Mad. Guion (?) c’est à dire des devotes ignorantes. J’en voudrois qui ressemblassent à Mdlle de Scudery qui a bien eclairci les caracteres et les passions dans ses Romans et dans ses conversations de morale, ou du moins qui fussent comme cette Mistris Norris, Dame Angloise, qu’on dit avoir si bien ecrit depuis peu sur l’amour desinteressé. Mais venons au fait.
Aimer est trouver du plaisir dans les perfections ou avantages et sur tout dans le bonheur d’autruy. C’est ainsi qu’on aime les belles choses, et sur tout les substances intelligentes dont le bonheur fait nostre joye et à qui consequent nous voulons du bien, quand il nous en arriveroit rien que le plaisir de les voir heureuses. C’est ainsi que ceux qui ont l’honneur de connoistre les incomparables vertus de V. A. E. se trouvent animés.
Aimer sur toutes choses, c’est trouver tant de plaisir dans les perfections et dans le bonheur de quelqu’un qu’on compte pour rien tous les autres plaisirs, pourveu qu’on ait celuy là.
D’où il s’ensuit que selon la raison celuy qu’on doit aimer sur toutes choses doit avoir des perfections si grandes que le plaisir qu’elles donnent puisse effacer tous les autres plaisirs. Et cela ne peut appartenir qu’à Dieu.
Il n’est donc pas possible qu’on puisse avoir un amour de Dieu sur toutes choses separé de tout nostre bien, puisque le plaisir que nous trouvons dans la contemplation de ses perfections est essentiel à l’amour.
Mais supposé que la beatitude enferme des plaisirs qui ne soyent pas essentiels à cet amour, on peut aimer Dieu sur toutes choses sans estre touché par ces plaisirs étrangers.
On peut donc avoir l’amour divin, quand on croiroit devoir estre privé de tout autre plaisir que de celui de cet amour; et qui plus est, quand on croiroit devoir souffrir des grandes douleurs.
Mais supposer qu’on continue à aimer Dieu sur toutes choses, et qu’on soit neantmoins dans les tourmens eternels, est faire une supposition qui n’arrivera jamais.
Si quelqu’un faisoit cette supposition comme veritable, il seroit dans l’erreur, et il feroit voir qu’il ne connoist pas assez la bonté de Dieu, et par consequent qu’il ne l’aime pas encor assez.
Les Saints qui demeuroient sans doute d’accord que Dieu ne damnera point celuy qui l’aime sur toutes choses, et qui ont dit neantmoins qu’ils aimeroient Dieu quand ils devroient estre damnés, ont voulu donner à entendre par cette fausse supposition, que les motifs de l’amour de bienveuillance ou de la Vertu de la Charité et les motifs de la Vertu de l’Esperance ou de l’amour de cupidité (qui ne merite pas proprement le nom d’amour) sont entierement differens.
Les Theologiens ont tousjours distingué l’amour de la bienveuillance de celuy de la concupiscence, comme ils l’appellent en termes de l’ecole; le premier est desinteressé et ne consiste precisement que dans le plaisir que donne la vue de la perfection et du bonheur de l’objet aimé, sans considerer d’autre bien ou profit qui nous en peut naistre. Le second est interessé, mais d’une maniere qui peut estre permise, et consiste precisement dans la vue de nostre propre bien, sans avoir égard au bonheur et avantage d’autruy. Ils rapportent l’amour de la premiere espece à la vertu de la Charité, et l’amour de la seconde espece à la vertu de l’Esperance.
Il est vray cependant qu’encor l’asseurance des autres biens que Dieu prepare à ceux qui l’aiment, peut entrer dans les motifs d’un amour desinteressé, en ce qu’elle rehausse l’eclat des perfections divines et fait mieux connoistre la bonté de Dieu. Mais c’est alors sans distinguer s’il aura cette bonté pour nous ou pour d’autres. Autrement si c’estoit seulement par une maniere de reconnoissance, ce seroit plustost l’acte de la cupidité que de l’amour desinteressé: mais rien n’empeche que les actes de ces deux vertus ne soyent exercés conjointement.
Il y a d’ailleurs une grande reflexion de l’une de ces deux vertus sur l’autre. Car lorsque non contents de nostre present amour, nous demandons à Dieu une plus grande connoissance pour avoir plus d’amour, nous exerçons un acte d’esperance, en tant que nostre propre bien en est le motif. Mais en tant que le plaisir que nous sentons de voir que Dieu est si parfait, nous fait souhaitter qu’il soit mieux connu de ses creatures pour en estre plus aimé et à fin que sa gloire paroisse d’avantage, sans y faire entrer preferablement le motif de nostre propre bien, c’est un acte de la Bienveuillance.
Il est vray qu’on ne sçauroit procurer aucun bien à Dieu, mais la bienveuillance neantmoins qu’on luy porte, nous fait agir, tout comme si cela se pouvoit. Car quoyque le Royaume de Dieu vienne assez sans nous, neantmoins nostre bonne intention et volonté ardente de bien faire est ce qui nous y fait prendre le plus de part. Et sans cela il n’y a point de bienveuillance en nous.
Une des plus fortes marques d’un amour de Dieu qui soit sincere et desinteressé, est d’estre content de ce qu’il a déja fait, dans l’asseurance que c’est toujours le meilleur: mais de tacher de rendre ce qui est encor à faire aussi bon et aussi conforme à sa volonté presomtive qu’il nous est possible. Pour l’aimer, il faut applaudir à sa volonté certaine qui paroist à l’egard du passé, et tacher de satisfaire à sa volonté presomtive à l’egard de l’avenir.
Il y a plusieurs années que j’ay voulu approfondir cette matiere avant qu’on l’a remuée en France. Et il y a déja quelque temps que j’en ay parlé dans la preface d’un livre de droit, où reconnoissant que la charité bien entendue est le fondement de la justice, j’en parlay ainsi, et je donnay les definitions suivantes:
La justice est une charité conforme à la sagesse.
La sagesse est la science de la felicité.
La charité est une bienveuillance universelle.
La bienveuillance est une habitude d’aimer.
Aimer est trouver du plaisir dans le bien, la perfection, le bonheur d’autruy.
Et par cette definition on peut resoudre (adjoutay-je) une grande difficulté, importante même en Theologie, comment il est possible qu’il y ait un amour non mercenaire, detaché de l’esperance et de la crainte, et de tout egard de l’interest propre.
C’est que la felicité, ou la perfection d’autruy, en nous donnant du plaisir, entre immediatement dans nostre propre felicité, car tout ce qui plaist est desiré par luy même, et non par interest. C’est un bien en soy, et non pas un bien utile.
C’est ainsi que la contemplation des belles choses est agreable par elle même, et qu’un tableau de Raphael touche celuy qui le regarde avec des yeux éclairés, quoyqu’il n’en tire aucun profit.
Et lorsque l’object dont la perfection nous plaist est luy même capable de bonheur, alors l’affection qu’on a pour luy devient ce qui merite proprement d’estre appellé Amour.
Mais tous les amours sont surpassés par celuy qui a Dieu pour objet, et il n’y a que Dieu qui puisse estre aimé avec raison sur toutes choses.
Car rien ne sçauroit estre animé avec plus de succés, parce qu’il n’y a rien de plus heureux, et rien qui merite d’avantage de l’estre.
Aussi n’y at-il rien de plus beau et de plus capable de donner du plaisir et de la satisfaction à ceux qui l’aiment et qui se plaisent à son bonheur.
Et de plus sa sagesse et sa puissance se trouvant elevées au supreme degré, elles n’entrent pas seulement dans nostre felicité comme une partie entre dans le tout, ou comme d’autres plaisirs ou amours y entrent, mais elles font nostre veritable felicité toute entiere.
C’est là le sens de ce que j’avois fait imprimer en latin en 16932. Mais c’est dès ma jeunesse que j’avois formé ces idées. Un grand prince qui estoit en même temps un grand prelat3, me recommandant le livre Allemand du P. Spee sur les trois vertus chrestiennes, imprimé et reimprimé plus d’une fois à Cologne, y contribua beaucoup.
Ce Pere a esté un des grands hommes de son espece et qui merite d’estre plus connu qu’il n’est. Le même prince m’apprit qu’il a esté l’auteur du livre fameux sur les precautions qu’on doit observer dans les procès contre les sorciers, livre qui a fait tant de bruit dans le monde, qu’on a traduit en plusieurs langues de l’original qui estoit latin sous le titre de cautio criminalis et qui a fort allarmé les bruleurs sans qu’ils ayent pû sçavoir d’où il venoit.
Son livre des trois vertus chrestiennes est à mon avis un des plus solides et des plus touchans livres de devotion que j’ay jamais vûs. Il n’y a principalement que les vers que je voudrois qu’on eût retranchés, parce que le Pere Spee n’avoit aucune idée de la perfection de la poesie Allemande et apparemment n’avoit point oui parler de l’incomparable Opiz, à qui nous la devons.
Aussi trouvet-on qu’encor à present les catholiques Romains nés dans cette religion ne sçavent presque point ce que c’est qu’un bon vers Allemand, de sorte qu’on peut dire qu’ils se sont aussi peu reformés à l’egard de nostre poesie, qu’en matiere de culte, et que cette difference de nos vers est une marque de l’eglise pour eux.
Mais cela ne fait rien au point dont il s’agit. Il paroist par la dedicace du libraire, que l’auteur doit estre mort en odeur de sainteté.
La preface de ce Pere contient un beau dialogue, où la difference de l’Amour et de l’Esperance est developpée d’une maniere aussi intelligible que profonde, quoyqu’il y ait quelque chose, où l’on pourroit encor trouver à redire. Mais je n’ay coustume de m’arrester qu’au bon qui l’emporte de beaucoup. Et j’ay crû que V. A. E. ne seroit point fachée de voir jointe icy la traduction que j’ay faite autres fois de ce dialogue4.
Je suis avec devotion etc.
Als Leibniz im Juni 1700 sich in Berlin befand, benachrichtigt ihn die Churfürstin Sophie, Herrenhausen le 2 de Juin 1700, daß in ihrer Gegenwart ein philosophisches Gespräch zwischen ihrem Sohn, dem Churfürsten Georg Ludwig, und Molanus, Abt von Loccum, dem ersten Geistlichen des Landes, stattgefunden habe. Sie schreibt: Cependant je vous donneray à mediter sur la dispute qu’a eu mon fils l’Electeur sur la pensée que mon fils l’Electeur a soutenu contre luy (Molanus) d’estre naturelle, d’autant qu’elle est composée de choses, qui entrent en nous par les sens, et qu’on ne peut penser à rien, sans se faire une idée des choses qu’on a veues, ouyes ou tastées, comme un aveugle à qui on demanda ce qu’il se figuroit de Dieu, il dit: comme du sucre. Je vous envoye ce que l’Abbé Molanus a respondu à tout cela, sans y bien respondre à nostre advis; car je suis de l’opinion de mon fils. — Über denselben Gegenstand schreibt Molanus an Leibniz zwei Tage später, Hanoverae 4 Junii 1700: Quod superest, in aurem dico. Cum Serma nostra, quae, quod nosti, a paradoxis sibi temperare numquam potest, intercessit mihi ab eadem provocato, inter prandendum pronuper disputatio de animae definitione, illiusque a re extensa distinctione reali; placuit postmodum scripto comprehendi meam hac de re sententiam. Feci, transmisi. Impugnabat et illud Serma, non quidem respondendo ad argumenta mea, sed multiplicando, ut fieri solet, quaestiones, hac partim non pertinentes, partim solutu facillimas. Dicebat in fine, se litis hujus te arbitrum esse facturam eoque fine missuram tibi cartas meas, quod eam facere dubium mihi non est. Molanus fügt hinzu, er nehme an, daß Leibniz gleicher Meinung mit ihm sei und ihn als Freund nicht im Stiche lassen werde. Sollte er jedoch wider Erwarten anders entscheiden, so möchte er es der Churfürstin nicht mittheilen. — Darauf antwortet Leibniz Molanus, Berolini 22 Junii 1700: Serma Domina Electrix misit ad me quae Gallico sermone disseruisti. Plane mihi probatur sententia tua, corpus esse extensum et animam esse cogitantem, atque haec inter se distingui. Etsi fateor argumentum Cartesianum ad hoc aliquid habere difficultatis. Nam ut judicemus incompatibilia esse in eodem subjecto extensionem et cogitationem, deberent Cartesiani offerre utriusque definitiones. Non igitur tam a Te aut Cartesianis hic dissentio, quam quae ipsi inexplicata nec satis firma reliquere, absolvere conor. Nam et extensionem definio, quod pluralitatem, continuitatem et coexistentiam involvat, et cogitationem quod sit expressae multitudinis in uno, et, ut sic dicam, Iliadis in nuce. Nam animae sunt verae unitates seu substantiae simplices,
pluralitate seu partibus carentes. Itaque nullus naturalis eas destruendi modus excogitari potest.
Vorher schon, unter dem 12. Juni 1700, hatte Leibniz der Churfürstin Sophie die folgende Entscheidung der Frage übersandt: J’approuve le sentiment du sçavant Monsieur ..... mais je prends une autre route pour l’establir, la sienne estant toute Cartesienne, où depuis longtemps je trouve quelques difficultés. Cependant je crois qu’il conviendra avec moy que nous pensons non seulement à ce qui nous vient des sens, mais encor au penser mesme, qui ne nous en vient point. Et que parmy les notions qui nous viennent avec celles des choses materielles, il y a des idées des choses qui accompagnent la matiere sans estre corporelles pour cela: comme par exemple les notions de la force, de l’action, du changement, du temps, du mesme, de l’un, du vray, du bon, et mille autres. Et quant au materiel qui entre dans le cerveau par les sens, ce n’est pas ce materiel mesme qui entre dans l’ame, mais son idée ou representation, qui n’est pas un corps, mais un effort ou reaction. Cela peut suffire à ceux qui n’aiment point une grande discussion, mais j’adjouteray ce qui suit pour ceux qui veulent approfondir la question.
Pour juger par la raison, si l’ame est materielle ou immaterielle, il faut concevoir ce que c’est que l’ame et la matiere. Tout le monde demeure d’accord que la matiere a des parties, et par consequent c’est une multitude de plusieurs substances comme seroit un trouppeau de brebis. Mais puisque toute multitude suppose des veritables unités, il est manifeste que ces unités ne sçauroient estre de la matiere, autrement elles seroient encor des multitudes, et nullement des unités veritables et pures, telles qu’il faut enfin pour en faire une multitude. Ainsi les Unités sont proprement des substances à part, qui ne sont point divisibles, ny par consequent perissables. Car tout ce qui est divisible, a des parties qu’on y peut distinguer encor avant la separation. Cependant puisqu’il s’agit des Unités de substance, il faut qu’il y ait de la force et de la perception dans ces unités mesmes, car sans cela il n’y auroit point de force ny de perception dans tout ce qui en est formé, qui ne peut contenir que des repetitions et des rapports de ce qui est déja dans les Unités. Il faut donc que dans les corps qui ont du sentiment, il y ait des substances uniques, ou des Unités, qui ayent de la perception. Et c’est cette substance simple, cette Unité de substance ou cette Monade, qu’on appelle Ame, et par consequent les ames, comme toutes les autres Unités de substances, sont immaterielles, indivisibles et imperissables, toute destruction des choses substantielles ne pouvant estre qu’une dissolution. Et si ces unités ont une fois de la vie, il faut qu’elles soyent immortelles et vivent tousjours. Ces Unités constituent veritablement les substances et chaque Unité fait uniquement une seule substance, le reste n’estant que des estres par aggregation, et des amas ou multitudes; ou bien ce sont des accidens, c’est à dire des attributs durables ou modifications passageres, qui appartiennent aux substances.
Or entre les Unités excellent les ames, et entre les ames excellent les esprits, tels que sont les ames raisonnables. Ainsi les Unités, quoyqu’elles soyent toutes indefectibles, ne sont pas toutes egalement nobles, et dans un corps organique il n’y a qu’une seule Unité dominante et principale, qui est son ame. C’est le moy en nous, qui est encor bien au-dessus de la pluspart des autres ames, parce qu’il est un esprit, et qu’il raisonne par le moyen des verités universelles, necessaires et eternelles, non point fondées sur les sens, ny sur l’induction des exemples, mais sur la lumiere interne et divine des idées, qui constituent la droite raison. Car lorsqu’on a appris quelque verité par experience, les sens ou les experiences peuvent bien nous faire presumer qu’il en ira tousjours ainsi dans les exemples que nous n’avons pas encor experimentés; mais on ne sera jamais asseuré de la necessité de la chose sans appeller à son secours les raissonnemens demonstratifs, fondés sur la lumiere interne independante des sens. C’est ce que peu de personnes remarquent, mesme parmy les philosophes, parce qu’on est rarement philosophe et mathematicien en mesme temps, et les demonstrations ne se voyent presque que dans les Mathematiques.
Il est bon d’apporter un exemple. Mettons par ordre les nombres:
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 etc.
et puis leurs quarrés: 0 1 4 9 16 25 36 49 64 81 100 etc.
et des differences
de ces quarrés: 1 3 5 7 9 11 13 15 17 19 etc.
On trouve que les differences des quarrés des nombres, mis par ordre, sont les nombres impairs encor par ordre, et apres avoir essayé une longue suite des nombres, et trouvé que cela reussit, on presume avec raison que cela ira tousjours ainsi à l’infini, mais on n’en voit point pour cela ny la necessité ny la cause qui depend de certaines raisons demonstratives, prises de source, ou a priori. Les ames capables de ces raisonnemens sont appellées des Esprits et on peut dire d’elles avec justice qu’elles sont faites à l’image de Dieu, et qu’il y a une societé entre Dieu et elles: de sorte que Dieu est à leur égard non seulement ce qu’un Architecte est à son bastiment, mais encor ce qu’un Prince est à ses sujets.
Quant à l’objection qu’on a faite contre l’immaterialité de l’ame et de la pensée, quoyqu’elle se puisse déja resoudre par ce que nous venons de dire, il sera pourtant utile qu’on l’eclaircisse encor d’avantage. Il est vray que le materiel qui nous vient par les sens, entre dans nos organes interieurs, tels que sont le cerveau, et les esprits, ou fluides subtils qui y sont enfermés; mais le materiel ne sçauroit entrer dans une veritable Unité qui n’a point de trous ny portes. Autrement ce ne seroit point une Unité, mais un composé de multitudes. Donc ce qui est dans l’Unité n’est point le materiel, mais l’espece ou la representation du materiel, laquelle represente ce qui est étendu, sans avoir elle-mesme de l’etendue. On demandera comment cela est possible. Mais outre qu’il faut bien que cela soit ainsi, quand nous n’y entendrions rien, on peut encor l’eclaircir par un exemple pris de Mathematiques, mais particulierement de la Geometrie, en se servant de la comparaison des Angles ou inclinations de deux Lignes entre elles.
Soyent par exemple deux lignes droites AB et AD, qui forment ce qu’on appelle un Angle Droit BAD, c’est à dire de 90 degrés, ou de l’ouverture d’un quart de cercle. Or il est manifeste que cet Angle ne se mesure pas seulement par le grand arc BCD, mais encor par un moindre EFG, quelque petit qu’il puisse estre, et l’ouverture commence en un mot dès le point A qui est le Centre. Aussi est ce dans ce centre mesme que se trouve l’angle ou l’inclination des deux Lignes BA et DA, et par consequent dans le centre mesme tout indivisible qu’il est, commence la mesme ouverture ou le mesme nombre de degrés, qui est dans les arcs EFG et BCD, tellement qu’on peut dire que ces arcs, quant à leurs degrés, sont representés ou exprimés dans le centre par la relation de l’inclination au centre, qui est dans les lignes lorsqu’elles en sortent. Il en est de mesme de l’angle demi-droit BAC qui est de 45 degrés ou de l’huitieme partie du cercle: car cette ouverture de degrés se trouve aussi egalement dans le grand Arc BC et dans le moindre EF, quelque petit qu’il puisse estre jusqu’au point A, dans lequel commence l’inclination des deux lignes BA et CA, qui d’abord, et dès le point A ou Centre, n’est que la moitié de l’inclination des lignes BA et DA. On voit donc que, comme dans le centre se representent les degrés, ainsi les unités de substance, et par consequent les ames, qui sont comme des Centres, representent en elles ce qui arrive dans les multitudes qui les regardent, selon le point de veue de chaque unité ou ame, sans que les ames ou les centres cessent par là d’estre indivisibles et sans étendue.
Apres avoir establi mon sentiment, je vous adjoute des reflexions sur le raisonnement Cartesien de nostre sçavant Monsieur .... Je demeure d’accord que nos ames pensent, et que nostre corps a de l’extension. J’accorde aussi que, lorsque deux choses ont des attributs tellement divers qu’on peut comprendre parfaitement l’un sans songer à l’autre, alors les choses mesmes sont de differente nature. Mais si la pensée se peut comprendre, sans songer à l’étendue, c’est de quoy il y a lieu de douter. Je demeure aussi d’accord qu’il y a des pensées dont on n’a point d’images ny figures dans l’esprit, et que quelques unes de ces pensées sont distinctes. Mais je ne conviens point de tous les exemples que les Cartesiens apportent; car une figure de mille angles alleguée icy n’est pas etendue distinctement non plus que l’idée de quelque grand nombre: c’est une pensée sourde, comme dans l’Algebre où l’on pense aux symboles à la place des choses. Ainsi souvent, pour abreger, on employe les mots en pensant sans en faire l’analyse, parce qu’elle n’est point alors necessaire.
Enfin je ne demeure point d’accord qu’il est impossible à la raison humaine de concevoir en quoy consiste l’union de l’ame avec le corps. Je croirois plustost que ce probleme est tout resolu maintenant par un Systeme expliqué ailleurs, auquel ce qu’on vient de dire icy, peut encor servir. Et ce Systeme mesme confirme et explique mieux que tout autre l’immortalité de l’ame.
Auf vorstehendes Schreiben Leibnizens antwortet die Churfürstin Sophie, Herrenhausen le 16 de Juin 1700: J’ay assez de loisir pour mediter sur l’ame, mais pas assez de capacité pour bien comprendre vostre demonstration en matiere d’argent. L’unité ne vaut pas tant que des milles, quoyqu’en nous vous voulés que ce soit tout. Mais si cette unité estoit toute seule, que seroit-ce, il me semble, qu’elle a de commun avec la divinité d’agir tousjours sur diverses choses?
In dem folgenden Schreiben an die Churfürstin Sophie kommt Leibniz auf den Gegenstand zurück: Pour ce qui est des unités ou substances simples, asseurement elles ne valent pas tant que les substances qui en sont composées, car deux escus valent mieux qu’un seul, et deux ames plus qu’une d’elles. Cependant comme un oeil voit souvent autant que deux autres yeux et quelques fois d’avantage, et que tout au monde s’enferme dans un petit espace tel que l’oeil ou le miroir, quoyque seulement par representation, il en est de mesme des ames par plus forte raison. C’est aussi pour cette raison que les unités ne sont jamais seules et sans compagnie; car autrement elles seroient sans fonction et n’auroient rien à representer. La divinité est aussi une unité du nombre des esprits, et l’ame ou l’esprit en change est un echantillon de la divinité; car la divinité represente l’univers de source, en sorte que l’univers est tel qu’elle le fait, et s’accommode à elle qui en est le germe ou l’origine. Et par consequent Dieu represente l’univers distinctement et parfaitement: mais les ames representent ces choses apres coup, et s’accommodent à ce qui est hors d’elles, et c’est ce qui fait que Dieu est entierement libre, et que nous sommes en partie dans l’esclavage en tant que nous dependons des autres choses, et que nos perceptions ou representations sont confuses. Il est le centre universel, et il voit le monde comme je verrois la ville d’une cour qui y est, c’est à dire bien; nous ne sommes que des centres particuliers, et ne voyons le monde presentement que par deux trous de nostre teste, ou comme je verrois une ville de costé. Au reste je ne voy point d’objection sur les ames et les pensées qu’il ne soit aisé à resoudre. Et je voudrois que nous entendissions si bien les moyens de conserver nostre santé que nous sçavons ce que c’est que l’ame et la pensée. L’obscurité apparente ne tient que de ce qu’on ne se donne gueres la peine de raisonner sur les choses abstraites avec l’attention qu’elles demandent.
Erst im folgenden Jahre 1701 erwähnt Leibniz von Berlin aus in dem Briefe vom 19. November wiederum die Einheiten: Pour ce qui est des unités dont nous avions parlé ensemble, V. A. E. les entend autant qu’elles sont intelligibles, si Elle en prend la peine; car Elle juge bien que tout ce qui est corporel et composé, est multitude et non pas unité veritable, et que toute multitude cependant doit estre formée et composée par l’assemblage des unités veritables, lesquelles par consequent n’estant point composées, ny sujettes à la dissolution, sont des substances perpetuelles, quoyqu’elles changent tousjours. Or ce qui n’a point de parties ny d’étendue, n’a point de figure aussi, mais il peut avoir de la pensée et de la force ou de l’effort dont on sait aussi que la source ne sauroit venir de l’étendue ny des figures, et par consequent il faut chercher cette source dans les unités puisqu’il n’y a qu’unités et multitudes dans la nature.
Darauf antwortet die Churfürstin, Hanover le 21. Novbre. 1701: On peut donner quel nom qu’on veut aux choses, mais dans un langage qui n’est point de philosophe, il me semble qu’un n’est pas pluriel, et qu’on ne sçauroit dire des unités où il y en a plusieurs; pour les pensées qui ne pourroient pas (être) materielles, elles sont infinies plustost qu’uniques. Je dis cecy pour m’excuser que je n’ay peu comprendre ce que c’est des unités. Pour une seule qui est Dieu, et qui opere en toute chose, on la voit sans la comprendre. Je ne suis pas tout à fait persuadée que les pensées ne tiennent point de place; car je trouve mon imagination si remplie que je me souviens du passé et que je n’ay plus de place pour le present. J’oublie même les images des personnes. Il faut donc bien que quelque chose de materiel s’use ou se remplisse, qui donne la memoire et qui forme les idées, ce qui souffle dans ces vaisseaux. Il me semble que c’est l’ame universelle qu’on peut à mon advis nommer une unité pour l’autre. Je ne m’en sçaurois faire d’idée, mais chacun en a à sa mode.
Die Antwort Leibnizens ist datirt Berlin le 30 Novembre 1701: V. A. E. a toutes les raisons du monde de dire que l’un n’est pas plusieurs, et c’est pour cela aussi que l’assemblage de plusieurs Estres n’est pas un Estre. Cependant là où il a plusieurs ou la multitude, il faut qu’il y ait aussi des unités, car la multitude ou le nombre est composé d’unités. Ainsi s’il n’y avoit qu’une seule unité, c’est à dire Dieu, il ny auroit donc point de multitude dans la nature, et il seroit seul.
Quant aux pensées de l’ame, comme elles doivent representer ce qui se passe dans le corps, elles ne sauroient estre distinctes, lorsque les traces dans le cerveau sont confuses. Ainsi il n’est pas necessaire que les pensées pour estre confuses tiennent place. Mais il est indubitable que les images corporelles se creusent et se mêlent, comme si on jettoit à la fois dans l’eau plusieurs pierres, car chacune feroit ses propres cercles qui ne se brouilleroient pas dans la verité, mais ils paroistroient embrouillés au spectateur, qui auroit de la peine à les demesler.
Rien n’est plus propre à éclaircir la nature des images corporelles qui se forment dans nostre teste, et la comparaison du cachet dont Platon se sert, ne me paroist pas si convenable.
Pour ce qui est de l’ame universelle, ou plustost de cet esprit general qui est la source des choses, puisque V. A. E. conçoit qu’il est une unité: pourquoy ne pourroit-elle pas aussi concevoir des unités particulieres? Car estre particulier ou universel ne fait rien à l’unité, ou plustost il paroist plus aisé que l’unité soit dans le particulier.
Je souhaite que V. A. E. voye le debrouillement entier du present chaos, et que faute d’objets pris des desordres publics, nous soyons sujets à raisonner plustost sur les unités et sur les monstres qui sont des multitudes mal-arrangées.
Nach langer Unterbrechung, erst nach dem Tode der Königin Sophie Charlotte von Preußen, bringt Leibniz in dem folgenden Schreiben an die Churfürstin Sophie, Hanover ce 31 Octobr. 1705, die Einheiten wieder zur Sprache: V. A. E. se souvient sans doute que lorsque vostre curiosité et celle de la Reine Vostre fille m’a fait parler de philosophie et des fondemens de l’immortalité de l’ame, j’ay mis sur le tapis les Unités, en soutenant que les ames estoient de veritables unités, c’est à dire des substances simples où il n’entre point d’autres substances pour les composer: mais que les corps n’estoient que des multitudes, et que par consequent les corps perissoient par la dissolution de leur parties dont ils sont composés, mais que les ames estoient imperissables.
Là dessus les jugemens estoient fort differents. Quelques uns disoient qu’en parlant des unités, je voulois mettre en vogue ce mot dans un usage nouveau pour embarrasser les gens. V. A. E. demandoit plus d’éclaircissement, non pas tant pour elle-même que pour les autres; la Reine estoit frappée des exemples que je citois des points dans la ligne et des momens dans le temps qui font voir ce que c’est que d’estre simple et sans parties. Je luy representois aussi qu’il estoit necessaire de venir aux substances simples, parce qu’autrement il n’y auroit point de composées, puis qu’il n’y a point de multitudes sans de veritables Unités. Cette dispute nous faisoit un amusement agreable à Charlottenbourg, lorsque j’avois l’honneur d’y estre avec la Reine, et quand Sa Mté qui aimoit à approfondir
les choses, trouvoit quelque homme meditatif, elle le mettoit sur le chapitre des Unités. Ce qui alla si avant qu’encor les gens d’une autre profession en prenoient connoissance, et M. d’Obdam voulut que je luy en donnasse un mot par écrit, pour le porter avec luy en Hollande, car il est curateur de l’université de Leide.
Vous me demanderez, Madame, à quel propos je recommence à parler des Unités. Mais quand V. A. E. saura le bonheur que j’ay eu de me rencontrer là dessus avec un des plus illustres Auteurs du temps, comme je l’ay appris depuis peu, Elle ne sera point étonnée de ce debordement de coeur qui me fait parler de mes Unités favorites. Cet auteur me fortifie d’autant plus qu’il n’est point philosophe, ny même savant de profession, mais il est d’un grand genie et d’une tres heureuse naissance. Il semble que la nature et le genie a parlé en luy, et je prefere infiniment leur jugement à celuy de la lecture ou de l’enseignement.
V. A. E. me demandera qui est donc cet auteur dont je fais tant de bruit. Vous ne le devineriés jamais, Madame, je le vois bien; c’est pourquoy je vous diray en peu de mots, que c’est Monseigneur le Duc de Bourgogne. Il me semble, Madame, que je vous voy tout surprise, mais vous pouvez compter que c’est la pure verité. Il est vray que je n’ay pas encor vû le livre de cet Auteur, mais j’en ay vû l’extrait dans le dernier Septembre du journal des savans d’Amsterdam pag. 356. Voicy ce qu’on y rapporte de l’occasion qui a fait naistre ce livre.
Quand Monseigneur le duc de Bourgogne estoit fort jeune, on luy enseigna les Mathematiques, et comme on luy vit beaucoup de penetration, on luy proposa d’écrire de sa main tous les jours ce qui luy avoit esté enseigné la veille: à fin (dit-on) que se dictant à soy même ce qu’on luy avoit appris, et repassant par ordre et à loisir les verités Geometriques suivant leur enchaînement, il s’accoustumât à aller moins vite et plus seurement. J’adjoute que c’estoit le moyen de luy donner de l’attention et de faire que ce fussent ses propres meditations qu’il devoit mettre par écrit. Outre que le succés luy donnoit du plaisir, et l’animoit à continuer. Or ces meditations mises ensemble ont fait naistre les elemens de Geometrie de Monsgr. le duc de Bourgogne, qui viennent de paroistre, en 220 pages in 4to. Mais voicy ce qui y regarde mes unités.
Ce prince se met à expliquer les incommensurables, pag. 33 de son livre; soit par exemple un quarré parfait dont le costé soit d’un pied, la diagonale qui est une ligne droite menée d’un angle à l’autre angle qui luy est opposé, sera incommensurable avec le costé, c’est à dire, on ne pourra exprimer cette diagonale par aucun nombre des pieds ny des parties d’un pied, comme deuxiemes, troisiemes, quatriemes etc., dixiemes, centiemes, milliemes etc., ou autres quelconques. Mais plus la partie qu’on prendra pour mesure sera petite, plus on approchera de la juste valeur, par la millieme plus que par la centieme partie, et ainsi à l’infini. D’où il suit qu’une ligne peut estre divisée à l’infini, qu’on y peut prendre des points sans nombre, et que cependant elle n’est point composée de points. Mais apres avoir fait envisager ces sortes de verités, il fait remarquer que d’un autre costé, quand on considere attentivement l’existence des Estres (ce sont les propres paroles de l’extrait du livre) on comprend tres clairement que l’existence appartient aux Unités, et non pas aux nombres (ou aux Multitudes). Vingt hommes n’existent que parce que chaque homme existe. Le nombre n’est qu’une repetition des Unités auxquelles seules appartient l’existence. Il ne sauroit jamais y avoir de nombre, s’il n’y a des Unités. Cela bien conçû (dit l’illustre auteur de ce livre), ce pied cubique de matiere, est-ce une seule substance, en sont-ce plusieurs? — Vous ne pouvez pas dire que ce soit une seule substance; car (en ce cas) vous ne pourriés pas seulement le diviser en deux (si la substance n’estoit pas dans le corps avant la division, on feroit naistre à tout moment de nouvelles substances). Si vous dites que c’en sont plusieurs, puisqu’il y en a plusieurs, ce nombre tel qu’il soit est composé d’Unités. S’il y a plusieurs substances existantes, il faut qu’il y en ait une, et cette une ne peut en estre deux. Donc la matiere est composée de substances indivisibles. Voicy nostre raison (adjoute ce prince penetrant) reduite à d’estranges extremités. La Geometrie nous demonstre la divisibilité de la matiere à l’infini, et nous trouvons en même temps qu’elle est composée d’indivisibles. J’ay là tout cela avec admiration, et je trouve ma pensée sur les Unités merveilleusement bien exprimée. Mais que dirons-nous à la difficulté que le Prince y remarque? Où il semble qu’on renverse d’une main ce qu’on a basti de l’autre. Je dois donc vous dire, Madame, que c’est dans la solution de cette difficulté que je crois avoir rendu quelque service à la science, et d’avoir établi la veritable philosophie qui regarde la connoissance des substances incorporelles. Feu Mons. Cordemoy en a esté bien embarrassé dans son livre du discernement du corps et de l’ame. Et Monsieur Arnaud me fit ressouvenir de ce livre, lorsque je luy communiquay ma doctrine des Unités5. M. Cordemoy donc voyant que les choses composées devoient estre le resultat des choses simples, fut forcé, tout Cartesien qu’il estoit, d’avoir recours aux Atomes, en abandonnant son maistre, c’est à dire de recevoir de petits corps d’une dureté insurmontable, qu’il prenoit pour les premiers Elemens ou pour les substances les plus simples qui soyent dans la matiere. Mais outre que tous les corps ont aussi des parties actuelles, quoyqu’elles ne soyent point detachées les unes des autres, il ne consideroit pas que cette dureté parfaite et insurmontable devroit estre miraculeuse, et qu’effectivement tout corps, grand ou petit, a des parties detachées d’entre elles, qui y exercent des mouvemens internes, selon qu’il est poussé par les autres: autrement il y auroit des corps impassibles: sans parler de beaucoup d’autres raisons qui monstrent que la Matiere est actuellement divisée à l’infini. Et ceux qui sont d’un autre sentiment sont bien éloignés de reconnoistre la varieté et l’étendue des ouvrages de l’auteur infini dont les caracteres se trouvent partout. Il y auroit beaucoup de choses à dire là dessus, mais cela nous meneroit trop loin.
Or quant à la difficulté, je réponds qu’il est vray que cela n’empeche point la matiere d’estre composée de substances simples et indivisibles, puisque la multitude de ces substances ou de ces Unités est infinie. Cependant il n’est pas de même du corps Mathematique ou de l’espace qui est quelque chose d’ideal, et qui n’est point composé de points, tout comme le nombre abstrait et pris en soy-même, n’est pas composé de fractions extremes ou de la derniere petitesse. Et on ne conçoit pas même la plus petite des fractions, ny quoy que ce soit qui réponde dans le nombre aux points ou extremités de l’espace, parce que le nombre ne represente point de situation ny de rapport d’existence. Il est vray que les Mathematiciens prennent quelques fois une certaine fraction pour la derniere de toutes, parce qu’il depend d’eux de ne pas aller plus loin en sousdivisant, et de mépriser par exemple les erreurs qui ne passent pas 1/1,000,000,000,000,000. C’est ainsi que je me souviens que Cavaglieri employa un certain Element Logarithmique. L’on voit aussi par là que le nombre (soit entier, rompu, ou sourd) n’est pas par rapport aux fractions nue quantité continue comme la ligne, le temps, et le degré d’intension dans la vistesse. Ainsi quoyque la matiere consiste dans un amas de substances simples sans nombre, et quoyque la durée des creatures de même que le mouvement actuel consiste dans un Amas d’estats momentanés, neantmoins il faut dire que l’espace n’est point composé de points, ny le temps d’instans, ny le mouvement mathematique de momens, ny l’intension de degrés extremes. C’est que la matiere, que le decours des choses, qu’enfin tout composé actuel est une quantité discrete, mais que l’espace, le temps, le mouvement mathematique, l’intension ou l’accroissement continuel qu’on conçoit dans la vistesse, et dans d’autres qualités, enfin tout ce qui donne une estime qui va jusqu’aux possibilités, est une quantité continuée et indeterminée en elle-même, ou indifferente aux parties qu’on y peut prendre, et qui s’y prennent actuellement dans la nature. La Masse des corps est divisée actuellement d’une maniere determinée, et rien n’y est exactement continué; mais l’espace ou la continuité parfaite qui est dans l’idée, ne marque qu’une possibilité indeterminée de diviser comme l’on voudra. Dans la matiere et dans les realités actuelles le tout est un resultat des parties: mais dans les idées ou dans les possibles (qui comprennent non seulement cet univers, mais encor tout autre qui peut estre conçu, et que l’entendement divin se represente effectivement), le tout indeterminé est anterieur aux divisions, comme la notion de l’entier est plus simple que celle des fractions, et la precede.
Et quoyque chaque fraction (comme chaque ton de l’harmonie) subsiste tousjours dans la region des verités eternelles, realisée par l’entendement divin, neantmoins un nombre et une fraction ne doit pas estre conçue comme un amas d’autres fractions plus petites. Les points aussi, les momens, les extremes dans une augmentation ou diminution des qualités continuée suivant quelques loix Mathematiques, ne sont pas les parties, mais les extremités de l’espace, du temps etc.
Pour mieux concevoir la division actuelle de la matiere à l’infini, et l’exclusion qu’il y a de toute continuité exacte et indeterminée, il faut considerer que Dieu y a déja produit autant d’ordre et de varieté qu’il estoit possible d’y introduire jusqu’icy, et qu’ainsi rien n’y est resté d’indeterminé, au lieu que l’indeterminé est de l’essence de la continuité. C’est ce que la perfection divine apprend à nostre Esprit et que l’experience même confirme par nos sens. Il n’y a point de goutte d’eau si pure, où l’on ne remarque quelque varieté en la bien regardant. Un morceau de pierre est composé de certains grains, et par le microscope ces grains paroissent comme des rochers où il y a mille jeux de la nature. Si la force de nostre veue estoit tousjours augmentée, elle trouveroit tousjours de quoy s’exercer. Il y a partout des varietés actuelles et jamais une parfaite uniformité, ny deux pieces de matiere entierement semblables l’une à l’autre, dans le grand comme dans le petit.
V. A. E. l’avoit bien connu, lorsqu’elle dit à feu M. d’Alvenslebe dans le jardin de Herrenhausen de voir s’il trouveroit deux feuilles dont la ressemblance fût parfaite, et il n’en trouva point. Il y a donc tousjours divisions et variations actuelles dans les masses des corps existens, à quelque petitesse qu’on aille. C’est nostre imperfection et le defaut de nos sens, qui nous fait concevoir les choses physiques comme des Estres Mathematiques, où il y a de l’indeterminé. Et l’on peut demonstrer qu’il n’y a point de ligne ou de figure dans la nature, qui donne exactement et garde uniformement par le moindre espace et temps les proprietés de la ligne droite ou circulaire, ou de quelque autre dont un esprit fini peut comprendre la definition. L’esprit en peut concevoir et mener par l’imagination à travers des corps, de quelque figure qu’ils soyent, quelque ligne qu’on veuille s’imaginer, comme l’on peut joindre les centres des boules par des droites imaginaires, et comme l’on conçoit des axes et des cercles dans une sphere qui n’en a point d’effectifs. Mais la Nature ne peut point, et la sagesse divine ne veut point tracer exactement ces figures d’essence bornée, qui presupposent quelque chose de determiné, et par consequent d’imparfait, dans les ouvrages de Dieu. Cependant elles se trouvent dans les phenomenes ou dans les objets des esprits bornés: nos sens ne remarquent point, et nostre entendement dissimule une infinité de petites inegalités qui n’empêchent pourtant pas la parfaite regularité de l’ouvrage de Dieu, quoyque une creature finie ne la puisse point comprendre. Cependant les verités eternelles fondées sur les idées mathematiques bornées ne laissent pas de nous servir dans la practique, autant qu’il est permis de faire abstraction des inegalités trop petites pour pouvoir causer des erreurs considerables par rapport au but qu’on se propose; comme un ingenieur qui trace sur le terrain un polygone regulier ne se met pas en peine si un costé est plus long que l’autre de quelques pouces.
L’on voit bien que le Temps n’est pas une substance, puisque une heure ou quelque autre partie du temps qu’on prenne, n’existe jamais entiere et en toutes ses parties ensemble. Ce n’est qu’un principe de rapports, un fondement de l’ordre dans les choses, autant qu’on conçoit leur existence successive, ou sans qu’elles existent ensemble. Il en doit estre de même de l’espace. C’est le fondement du rapport de l’ordre des choses, mais autant qu’on les conçoit exister ensemble. L’un et l’autre de ces fondemens est veritable, quoyqu’il soit ideal. La continuité uniformement reglée, quoyqu’elle ne soit que de supposition et d’abstraction, fait la base des verités eternelles et des sciences necessaires: elle est l’objet de l’entendement divin, comme le sont toutes les verités, et ses rayons se repandent aussi sur le nostre. Le possible imaginaire participe autant que l’actuel de ces fondemens de l’ordre, et un Roman pourra estre aussi bien reglé, à l’égard des lieux et des temps, qu’une Histoire veritable. La matiere nous paroist un continu, mais elle le paroist seulement, aussi bien que le mouvement actuel. C’est comme la poussiere d’albastre paroist faire un fluide continuelle, quand on la fait bouillonner sur le feu, ou comme une roue dentellée paroist un diaphane continuel, lorsqu’elle tourne avec beaucoup de vistesse, sans qu’on puisse discerner l’endroit des dens de l’endroit vuide entre les dens, notre perception unissant les lieux et les temps separés. On peut donc conclure qu’une masse de matiere n’est pas une substance veritablement, que son unité n’est qu’ideale, et que (l’entendement mis à part) ce n’est qu’un aggregatum, un amas, une multitude d’une infinité de veritables substances, un phenomene bien fondé, ne donnant jamais un dementi aux regles des pures mathematiques, mais contenant tousjours quelque chose au delà. Et l’on peut conclure aussi que la durée des choses, ou la multitude des estats momentanés, est l’amas d’une infinité d’eclats de la Divinité, dont chacun à chaque instant est une creation ou reproduction de toutes choses, n’y ayant point de passage continuel, à proprement parler, d’un estat à l’autre prochain.
Ce qui prouve exactement cette celebre verité des Theologiens et des Philosophes Chrestiens, que la conservation des choses est une creation continuelle, et donne un moyen tout particulier de verifier la dependance de toutes les choses changeantes de la divinité immuable, qui est la substance primitive et absolument necessaire, sans laquelle rien ne pourroit estre ny durer. Voilà, ce semble, le meilleur usage qu’on pourroit faire du labyrinthe de la composition du Continu si fameux chez les Philosophes; l’analyse de la durée actuelle des choses dans le temps nous mene demonstrativement à l’existence de Dieu, comme l’analyse de la Matiere qui se trouve actuellement dans l’Espace, nous mene demonstrativement aux Unités de substance, aux substances simples, indivisibles, imperissables et par consequent aux Ames, ou aux principes de vie, qui ne peuvent estre qu’immortels, qui sont repandus par toute la nature. L’on voit que les Entelechies ou forces primitives, jointes à ce qu’il y a de passif dans chaque unité (car les creatures sont actives et passives à la fois), sont la source de tout. On voit par là en quoy consistent les unités. J’ay monstré ailleurs comment les ames gardent tousjours quelques corps, et qu’ainsi les animaux mêmes subsistent. J’ay expliqué aussi distinctement le commerce de l’Ame et du corps. Enfin j’ay monstré que les Ames raisonnables ou les Esprits sont d’un ordre superieur, et que Dieu en a soin non seulement comme un Architecte achevé, mais encor comme un Monarque parfaitement bon.
Je suis avec devotion etc.
Leibniz an die Churfürstin Sophie. [c]
Hanover ce 6 Fevrier 1706.
Madame. Je suis bien aise que mon papier a servi d’amusement pour quelques momens à V. A. E. et à Madame; mais je suis encor plus aise que Mgr. le duc d’Orleans l’approuve: non pas seulement parce que c’est un prince distingué, mais parce que sa penetration répond à sa dignité. Si le grand Turc l’avoit approuvé, je ne m’en soucierois gueres.
Ce n’est pas peu de chose aussi que même Mgr. le duc de Bourgogne et encor Madame la Duchesse du Mayne entendent des matieres si profondes. Il importe au Genre humain qu’un Prince comme ce Duc qui est destiné à en gouverner un jour une belle et grande partie, soit instruit comme il l’est des plus solides et des plus importantes verités qui regardent les sources des choses.
Car ce sont les vrais fondemens de la Theologie naturelle et de tout ce qu’on peut dire par raison de Dieu et de l’Ame. Et la connoissance de ces principes qui nous font penser dignement des perfections divines, est capable de donner un grand relief aux beaux sentiments des ames bien nées, qui les portent à imiter la premiere intelligence, en faisant du bien suivant la puissance qui leur est donnée.
Et un des plus grands biens que les personnes eminentes peuvent faire aux autres, c’est de faire repandre de la lumiere, en favorisant les recherches des merveilles de Dieu, qui brillent dans la nature. Ce qui contribue aussi à la vertu et à la santé, les deux plus grandes biens de l’homme.
V. A. E. me demande ce que c’est qu’une Substance simple. Je réponds que sa nature est d’avoir de la perception et par consequent de representer les choses composées.
On demandera comment le composé peut estre representé dans le simple, ou la multitude dans l’unité? Je réponds que c’est à peu pres comme une infinité de rayons concourent et font des angles dans le centre, tout simple et indivisible qu’il est.
Et ces rayons ne consistent pas seulement dans des lignes, mais encor dans des tendances ou efforts selon les lignes, qui se coupent sans se confondre comme le mouvement des fluides nous le fait comprendre.
C’est ainsi que, jettant en même temps plusieurs pierres dans une eau dormante, nous voyons que chacune fait des cercles sur la surface de l’eau, qui se coupent et ne se confondent point, chaque rangée de cercles avançant comme si elle estoit toute seule. Nous voyons aussi que les rayons de la lumiere se penetrent sans se mesler. L’on sait enfin qu’un même corps peut recevoir une infinité d’impressions à la fois, dont chacune a son effect; et que la moindre partie d’une masse pressée et pleine d’efforts resiste aux efforts de tous les autres, et cela ne peut arriver sans qu’elle en reçoive de l’impression. Ce qui fait juger que les Unités mêmes dont tout le reste resulte, doivent estre modifiées par rapport à tout ce qui les environne, et c’est ce qui fait la representation qui leur est attribuée.
Dieu est luy-même une substance simple, mais comme il est le Centre original et universel qui renferme et produit tout, il est hors de rang. Les autres substances simples sont ce qu’on appelle Ames, dont toute la nature est pleine.
Chaque Ame est un Monde en raccourci, representant les choses au dehors selon son point de veue, et confusement ou distinctement selon les organes qui l’accompagnent, au lieu que Dieu renferme tout distinctement et eminemment.
Ainsi par les Ames comme par autant de miroirs l’auteur des choses a trouvé le moyen de multiplier l’univers même pour ainsi dire, c’est à dire d’en varier les veues: comme une même ville paroist differemment selon des differens endroits dont on la regarde.
Et chaque Ame estant un miroir de l’univers à sa mode, il est aisé de juger que chaque Ame est aussi imperissable et incorruptible que l’univers mesme.
Ce qui paroist d’ailleurs de ce que l’Ame est une substance simple, ou Unité, laquelle n’ayant point de parties, ne sauroit estre formée par la composition d’aucunes parties, ny destruite par leur dissolution. Les Ames sont des Unités, et les Corps sont des Multitudes.
L’Univers estant une maniere de fluide, de tout d’une piece, et comme un ocean sans bornes, tous les mouvemens s’y conservent et se propagent à l’infini, quoyque insensiblement, comme les cercles dont je viens de parler qu’une pierre jettée fait naistre dans l’eau, sont propagées visiblement à quelque distance, et quoyqu’ils deviennent invisibles à la fin, l’impression ne laisse pas de continuer et de s’étendre à l’infini, comme les loix du mouvement le font assez connoistre.
Cette communication des mouvements fait que chaque chose tient à toutes les autres, et en est affectée. Quoyque le plus souvent les choses éloignées n’agissent point sensiblement.
Cependant la lumiere, le son, l’aimant et quelques autres exemples justifient qu’il y a quelques fois des actions notables en distance.
Ainsi nos organes estant affectés par les corps voisins, et ceux-là par d’autres voisins à ceux, nous sommes affectés mediatement par tous les autres, et nostre ame aussi, puisqu’elle se represente les corps selon ses organes.
On en peut inferer aussi que l’Ame n’est jamais entierement privée d’un corps organique. Car l’ordre veut que toute substance tienne tousjours au reste des choses, il y en a même une demonstration.
Il s’en suit de cecy que non seulement l’Ame, mais encor l’Animal subsiste tousjours. La nature aussi bien ne fait jamais des sauts, et ne passe pas d’un genre à l’autre.
Il paroist assez aujourd’huy par les observations que la generation apparente d’une plante nouvelle ou d’un animal nouveau, n’est qu’un accroissement et une transformation d’une plante ou d’un Animal qui subsiste déja dans les semences.
Outre ce que Messieurs Swammerdam, Leewenhoek et Mons. Dodard ont observé là-dessus, on peut dire que la raison y conduit aussi bien que l’experience, parce qu’il n’y a point de Mecanique qui puisse tirer d’une masse informe un corps doué d’un nombre infini d’organes, tel que celuy de l’Animal. Ainsi (à moins d’un miracle) il faut necessairement qu’il y ait une preformation, c’est à dire une Formation par avance. Mais apres avoir reconnu que l’animal ne commence qu’avec le monde, et qu’il ne fait que se changer et developper par la Generation, je m’étonne qu’on n’a point reconnu qu’il doit aussi durer avec le monde, et que la mort n’est qu’une dimunition et un enveloppement de l’Animal.
Il paroist aussi par tout cela que chaque ame estant un miroir de l’univers, doit aller son train comme l’univers même qu’elle represente, sans que ce train reglé d’une Ame soit jamais tout à fait interrompu par la mort, qui n’est qu’un sommeil, c’est à dire un Etat où les perceptions sont plus confuses, et qui dure jusqu’à ce qu’elles se redeveloppent.
Et comme il y a lieu de juger que l’univers même se developpe de plus en plus, et que tout tend à quelque but, puisque tout vient d’un Auteur dont la sagesse est parfaite, on peut croire de même que les ames qui durent autant que l’Univers, vont aussi de mieux en mieux, au moins physiquement, et que leurs perfections vont croissant, quoyque cela ne fasse qu’insensiblement le plus souvent et quelquesfois apres de grands circuits en arriere.
Il est souvent necessaire de reculer pour mieux sauter: la mort et les souffrances ne seroient point dans l’univers, si elles n’estoient necessaires à de grands changemens en mieux. Comme un grain paroist perir dans la terre pour pouvoir pousser un épy.
Et comme il y a deux sortes de perception, les unes simples, les autres accompagnées de reflexions qui font naistre les sciences et le raisonnement, il y a de même deux genres d’Ames, savoir les ames communes dont la perception est sans reflexion, et les ames raisonnables qui pensent à ce qu’elles font: les premieres sont seulement des miroirs de l’univers, mais les secondes sont aussi des imitations de la divinité.
Les ames communes se gouvernent purement par les exemples des sens, comme les empiriques; mais les ames raisonnables examinent par raison (quand elles peuvent), si les exemples passés sont applicables au cas present. Les ames des bestes par consequent ne peuvent point arriver à des verités necessaires et generales; comme un Epirique ne peut jamais estre seur si ce qui luy a souvent reussi, sans qu’il en sache la raison, luy reussira encor à l’avenir.
Il est à croire qu’il y a des Ames raisonnables plus parfaites que nous, qu’on peut appeller Genies, et nous pourrions bien estre un jour de leur nombre. L’ordre de l’univers le paroist demander.
Et comme l’Ame raisonnable a de la reflexion, c’est à dire qu’elle pense à elle même presentement, et se connoist, il luy convient de se connoistre tousjours, au moins en s’eveillant du sommeil ou sortant de quelque autre distraction qui peut interrompre son attention.
Ainsi ce n’est pas seulement la même ame physiquement, mais encor le même personnage moralement, qui subsiste tousjours; ce qui la rend susceptible des chastimens et des recompenses sous le plus parfait gouvernement qui est celuy de Dieu.
Ainsi la meilleure conclusion qu’on peut tirer de la vraye science des principes, est l’importance de la practique de la vertu.
Il est vray que ces Ames bien nées ou accoustumées de bonne heure au bien, le practiquent sans deliberer, y trouvant du plaisir. Mais comme tout le monde n’a pas cet avantage, et que souvent la coustume et les passions entrainent ailleurs, il est important qu’on aye de bons principes établis, que ceux mêmes qui ont receu ou pris des inclinations contraires, se peuvent approprier intrinsequement peu à peu et rendre comme naturels par une practique choisie et reglée, s’ils veulent faire effort sur eux. Car on peut changer jusqu’au temperament.
Outre qu’à la bonne inclination joignant la raison, on rend l’action plus noble et plus constante; car il est beau et satisfaisant de savoir qu’on agit conformement à la raison: rien n’éloigne d’avantage de la beste, et rien n’approche plus de la divinité. Les divins rayons de bonté et de sagesse reluisans avec tant d’avantage dans quelques personnes eminentes avec qui j’ay et j’ay eu l’honneur d’avoir commerce, et que je n’oserois nommer auprès de vous, Madame, de peur de passer pour flatteur, peuvent servir d’exemple au genre humain.
Je suis avec devotion etc.
P.S. J’ay oublié d’adjouter que la nature seule reçoit en effect toutes les impressions et en compose une, mais sans l’ame l’ordre des impressions que la matiere a receues, ne pourroit pas estre demêlé, et les impressions ne seroient que confondues. Chaque point assignable de la matiere a un mouvement different de tout autre point qui y est assignable, et son mouvement est composé de toutes les impressions precedentes; mais cette impression est aussi simple que celles qui la composent, et on n’y reconnoist point de composition. Cependant l’Effect entier devant tousjours exprimer la cause, il faut autre chose que la matiere. Et là où les impressions precedentes sont distinguées et gardées, c’est là où il y a une ame: ainsi il y a ame partout. Il est vray et tres notable que, joignant à ce point la matiere qui l’environne, il y a moyen de demêler le passé. Car toutes les impressions se peuvent tirer pour ainsi dire dans les varietés infinies de figures et mouvemens, qui y sont et qui gardent quelque chose de tous les effects precedens. Et c’est aussi pour cela que toute ame est accompagnée d’un corps organique qui luy répond.
- 1Leibniz schreibt einmal an die Churfürstin Sophie: Ainsi en ces matieres, je prefereray tousjours le jugement d’une personne spirituelle et degagée à celuy d’un sçavant entesté. Car quand il s’agit des matieres de raisonnement, le bon sens suffit.
- 2Leibniz schreibt darüber an Th. Burnett 7/17 Mars 1696 (Bd. III S.176): Nous avons eu icy Mons. Helmont durant quelques jours; luy et moy nous nous rendimes tous les matins vers les 9 heures dans la chambre de Madame l’Electrice; Mons. Helmont tenoit le bureau, et moy j’estois l’auditeur, et de temps en temps je l’interrogeois, car il a de la peine à s’expliquer clairement. Il a des opinions bien extraordinaires; avec tout cela je trouve qu’il a de tres bons sentimens pour la pratique, et qu’il seroit ravi de contribuer au bien general; en quoy il est entierement de mon humeur.
- 1Herzogin von Orleans.
- 2Systeme nouveau de la nature et de la communication des substances, aussi bien que de l’union qu’il y a entre l’ame et le corps (Journal des Savants, Juin 1695). Siehe Bd. IV S.471ff.
- 3Analyse des infiniment petits pour l’intelligence des lignes courbes. A Paris 1696.
- 1Fenelon und Bossuet.
- 2Leibniz spricht hier von der Stelle in der Vorrede des 1693 erschienenen Codex Juris Gentium Diplomaticus, welche Bd. III S.386 abgedruckt ist.
- 3Churfürst von Mainz, Johann Philipp von Schönborn.
- 4Diese Übersetzung Leibnizens mit der Aufschrift: Dialogue sur la nature des trois vertus divines: Foy, Esperance et Charité, traduit de l’Allemand du P. Spee, mis au devant de son livre des trois vertus divines, hat O. Klopp in: Die Werke von Leibniz Bd. 8. S.67ff. abdrucken lassen.
- 5Siehe den Briefwechsel Leibnizens mit Ant. Arnauld, Bd. II S.78. Klopp (die Werke von Leibniz Bd. 9 S.149) hat hier die Namen Cordemon und Armand.