Leibniz an des Maizeaux

GerhardtFrench

Des Maizeaux lebte seit dem Anfang des 18. Jahrhunderts in England. Er verkehrte mit den angesehensten Männern der Wissenschaft in der englischen Hauptstadt, und wurde als Mitglied der Königlichen Gesellschaft der Wissenschaften aufgenommen. Er beschäftigte sich vorzugsweise mit philosophischen Fragen. Seines Verkehrs mit Leibniz ist bereits gedacht in Bd. III S.26. Des Maizeaux, der die Correspondenz Bayle’s sammelte, um sie herauszugeben, bat Leibniz um Mittheilung der Briefe, die er von Bayle erhalten hatte. In seiner Antwort erwähnt Leibniz zunächst, daß Bayle ihn mißverstanden in Betreff des Begriffs der Kraft; er geht alsdann über zu den Monaden und deren Unvergänglichkeit und bemerkt dabei, wie weit die Ansichten der Philosophen des Alterthums den seinigen sich näherten; er schließt mit der bemerkenswerthen Äußerung: J’avoue d’approuver une partie de la doctrine des Cartesiens. Mais mon sentiment sur le commerce de l’Ame et du Corps a des fondemens reçûs, généralement, avant la naissance du Cartesianisme.

Die Briefe von Leibniz an des Maizeaux sind von letzterem herausgegeben in: Recueil de diverses pièces sur la philosophie, la religion naturelle, l’histoire, les mathématiques etc. par Mrs. Leibnitz, Clarke, Newton et autres Autheurs célèbres, à Amsterdam MDCCXX. Die Leibnizische Schreibung des Französischen hat der Herausgeber geändert.

[Leibniz an des Maizeaux.] 1.

Hanover ce 8. Juillet 1711.

Je vous suis fort obligé de l’honneur de votre Lettre, et de la communication que vous y joignez. On m’a sommé de votre part, quand j’étois à Berlin, de vous envoyer les Lettres que je pourrois avoir eues de M. Bayle. Mais les trois ou quatre que j’ai eues de lui, n’étoient presque que relatives à d’autres Ecrits. Ce qui fait que je ne les ai point gardées avec soin, et que je ne les saurois retrouver aisément, quand elles seront encor dans le tas de mes vieux papiers. Je me souviens que dans l’une de ses Lettres il croyoit que je concevois la force que je donne aux corps, comme quelque chose qui y pouvoit être renfermé, lorsqu’ils sont même en repos. Mais je lui marquai, que chez moi la force est tousjours accompagnée d’un mouvement effectif, à peu près comme ce qui se passe dans l’ame, est tousjours accompagné de ce qui y répond dans le Corps. Aussi un état momentané d’un corps qui est en mouvement, ne pouvant point contenir du mouvement qui demande du tems, ne laisse pas de renfermer de la force.

Cependant pour satisfaire en quelque chose à votre demande, Monsieur, je vous envoye ma Replique à ce que M. Bayle avoit mis à l’égard de mon Systême dans la seconde Edition de son Dictionnaire, Article Rorarius. Peutêtre que M. Bayle a répondu dans quelque Supplément à son Dictionnaire, ou dans quelque autre endroit non encor imprimé. Car il me marquoit, ce me semble, qu’il y vouloit penser. Mais comme ni cette Replique de ma part, ni sa Duplique n’ont pas encor parû, je vous envoye mon Ecrit tel à peu près que je l’avois envoyé à M. Bayle. Je dis à peu près, car j’ai changé quelque peu de chose en le relisant. Et je serai bien aise d’en apprendre votre sentiment, si vous voulez bien le conférer avec le dit endroit de M. Bayle, comme je serai ravi aussi de l’avoir sur mon dernier Livre1.

Je viens au Fragment de vos Reflexions sur mon nouveau Systême, envoyées à M. Bayle, et que je voudrois avoir vû toutes. Je ne refuse point aux Hommes le privilége que j’accorde aux Animaux. Ainsi je croi que les Ames des hommes ont préexisté, non pas en Ames raisonnables, mais en Ames sensitives seulement, qui ne sont parvenues à ce degré superieur, c’est à dire à la Raison, que lorsque l’Homme, que l’Ame devoit animer, a été conçû.

J’accorde une existence aussi ancienne que le Monde, non seulement aux Ames des Bêtes, mais généralement à toutes les Monades, ou substances simples, dont les phénoménes composez resultent; et je tiens que chaque Ame ou Monade, est tousjours accompagnée d’un corps organique, mais qui est dans un changement perpetuel, de sorte que le corps n’est pas le même, quoique l’Ame et l’Animal le soit. Ces regles ont encor lieu par rapport au corps humain, mais apparemment d’une manière plus excellente qu’à l’égard des autres Animaux qui nous sont connûs: l’Homme devant demeurer non seulement un animal, mais encor un personnage et un citoyen de la Cité de Dieu, qui est le plus parfait Etat possible sous le plus parfait Monarque.

Vous dites, Monsieur, dans votre Fragment, que vous ne comprenez pas trop bien, quelles sont ces autres substances corporelles outre les Animaux, dont on a crû jusqu’ici l’extinction entiere. Mais s’il y a dans la Nature d’autres corps organiques vivans que ceux des animaux, comme il y a bien de l’apparence et comme les plantes nous en semblent fournir un exemple, ces corps aussi auront leur substances simples ou Monades qui leur donneront de la vie, c’est à dire de la perception et de l’appetit, quoiqu’il ne soit point nécessaire que cette perception soit une sensation. Il y a apparemment une infinité de degrés dans la perception, et par consequent dans les Vivans, mais ces Vivans seront tousjours indestructibles, non seulement par rapport à la substance simple, mais encor par ce qu’elle garde tousjours quelque corps organique.

Pour ce qui est des Anciens, j’avoue que leur sentimens ordinaires n’arrivent pas à mon sentiment de l’inextinction des animaux. Leur indestructibilité ne s’entend ordinairement que celle de la matière, ou tout au plus des Atomes. Et l’on peut dire que dans hypothèse de ceux qui n’admettent ni Atomes ni Entelechies, aucune substance ne se conserve. Cependant dans cette varieté des pensées des Anciens, il se peut qu’il y en ait eu dont les opinions eussent approché des miennes. Platon croyoit que les choses materielles étoient dans un flux perpetuel, mais que les véritables substances subsistoient; il paroit ne l’avoir entendu que des ames. Mais peutêtre que Démocrite, tout Atomiste qu’il étoit, a conservé encor l’animal. Car il enseignoit une reviviscence, puisque

Pline a dit de lui: reviviscendi promissa Democrito vanitas, qui ipse non revixit. Nous ne savons presque de ce grand homme que ce qu’Epicure en a emprunté, qui n’étoit pas capable d’en prendre tousjours le meilleur. Peutêtre que Parmenide qui (chez Platon) enseignoit que tout étoit Un, avoit des sentimens approchans de ceux de Spinosa, et qu’ainsi il ne faudroit pas tant s’étonner, si quelques uns se seroient approchés des miens. Et quoique la conservation de l’animal soit favorisée par les microscopes, cependant on a reconnu les petits corps avant leur découverte, et ainsi on peut fort bien aussi avoir prévû les petits animaux, comme Démocrite a prévû les etoiles insensibles dans la Voie lactée avant la découverte des Telescopes. La simple conservation de la matière ou des Elemens ne paroit pas suffire à expliquer l’Auteur de la Diéte, puisqu’il dit positivement qu’aucun Vivant ne meurt, et généralement qu’aucun véritable Etre (aucune substance) ne sauroit naître ni périr. S’il entendoit la seule conservation de la matière, en parleroit-il ainsi? Du moins il faudra avouer, qu’en ce cas ses paroles conviendroient mieux à mon Systême qu’au sien.

Au reste, vous avez raison, Monsieur, de m’attribuer dans ce Fragment un reste de Cartesianisme. Car j’avoue d’approuver une partie de la doctrine des Cartesiens. Mais mon sentiment sur le commerce de l’Ame et du Corps a des fondemens reçûs, généralement, avant la naissance du Cartesianisme.

La feuille est pleine, et je ne puis ajouter que ce qu’il faut pour marquer que je suis avec zèle etc.

[Leibniz an des Maizeaux.] 2.

Hanover ce 21 d’Août n. st. 1716.

Je dois vous remercier de ce que vous prenez en main mes interêts. J’ai eu autrefois l’honneur de quelque commerce avec vous tant du vivant de Monsieur Bayle qu’après sa mort, quand vous m’avez demandé si j’avois quelques Lettres de cet excellent homme qui mériteroient d’être publiées. Mais je vous avois répondu, Monsieur, que celles que j’avois reçues de lui, avoient été très courtes, et n’avoient été que des aveus de la reception de mes Réponses à ses Objections, où il avoit repliqué par après dans ses Ouvrages, excepté ma dernière Réponse, à laquelle je ne sai s’il a repliqué, car il ne s’en est rien trouvé dans ce qu’il a fait imprimer depuis. C’est pourquoi je vous avois envoyé, cette dernière Réponse, qui n’a pas encor paru en public, pour vous donner occasion de vous informer si M. Bayle a repliqué, ce qui ne paroit point, puisque je n’en ai rien appris depuis.

J’espere que vous aurez reçu ce qui s’est passé entre M. Clarke et moi jusqu’à son quatrième Ecrit inclusivement, au quel je réponds plus amplement qu’aux autres, pour éclaircir la chose à fond et pour m’approcher de la fin de la dispute. Madame la Princesse de Galles recevra maintenant le reste de cette Réponse, et je vous envoye aussi maintenant, Monsieur, la moitié de la copie: mais vous en aurez l’autre moitié par la poste prochaine. J’espere qu’il y a beaucoup de gens en Angleterre, qui ne seront pas de l’avis de M. Newton ou de M. Clarke sur la Philosophie, et qui ne goûteront point les Attractions proprement dites, ni le Vuide, ni le Sensorium de Dieu, ni cette Imperfection de l’Univers qui oblige Dieu de le redresser de tems en tems, ni de la nécessité où les Sectateurs de M. Newton se trouvent, de nier le grand Principe du besoin d’une Raison suffisante, par lequel je les bats en ruine.

Pour ce qui est de la Traduction de la Theodicée, j’espere que Madame la Princesse de Galles permettra bien que le Traducteur ou le Libraire la lui dédient, et même qu’on marque dans la Dédicace, ou dans quelque mot de Préface, qu’en la faisant on a voulu satisfaire à ce qu’elle desiroit. J’attends ses sentimens là dessus.

Il sera peutêtre bon de savoir qui en sera le Traducteur. Car vous savez, Monsieur, combien les Anglois sont délicats maintenant sur le style: et peutêtre que son Altesse Royale voudroit en être informée elle même, de peur qu’on ne lui impute d’avoir mal choisi. Il est vrai que pour moi, je me repose, Monsieur, sur votre choix, et sur votre surintendence, si vous voulez bien pousser votre bonté si loin.

Je pourrois peutêtre aussi marquer quelques endroits où je voudrois faire quelque petit changement. J’espere aussi qu’on aura un exemplaire complet, car j’en ai vû où il manquoit quelque chose aux Additions. On le pourra juger par la Liste des Pièces même additionelles qui se trouve à la seconde page immediatement avant la Préface.

Je souhaiterois de mériter vos soins obligeans, et je suis avec zèle etc.

  1. 1La Théodicée.