Schreiben zum Beweis der Existenz Gottes des Benedictiners Lamy

GerhardtFrench

J'ay déja dit ailleurs mon sentiment sur la demonstration de l'existence de Dieu de S. Anselme, renouvellée par Descartes, dont la substance est que ce qui renferme dans son idée toutes les perfections, ou le plus grand de tous les etres possibles, comprend aussi l'existence dans son essence, puisque l'existence est du nombre des perfections, et qu'autrement quelque chose pourroit être ajouté à ce qui est parfait. Je tiens le milieu entre ceux qui prennent ce raisonnement pour un sophisme, et entre l'opinion du R P. Lamy expliquée icy, qui le prend pour une demonstration achevée. J'accorde donc que c'est une demonstration, mais imparfaite, qui demande ou suppose une verité qui merite d'être encore demontrée. Car on suppose tacitement que Dieu ou bien l'Estre parfait est possible. Si ce point étoit encore demontré comme il faut, on pourroit dire que l'existence de Dieu seroit demontrée geometriquement a priori. Et cela montre ce que j'ay déja dit qu'on ne peut raisonner parfaitement sur des idées, qu'en connoissant leur possibilité: à quoy les Geometres ont pris garde, mais pas assez les Cartesiens. Cependant on peut dire que cette demonstration ne laisse pas d'être considerable, et pour ainsi dire presomptive: car tout estre doit estre tenu possible jusqu'à ce qu'on prouve son impossibilité. Je doute cependant que R. P. Lamy ait eu sujet de dire qu'elle a eté adoptée par l'Ecole: car l'Auteur de la Note marginale remarque fort bien icy que saint Thomas l'avoit rejettée.

Quoyqu'il en soit, on pourroit former une demonstration encore plus simple, en ne parlant point des perfections, pour n'être point arresté par ceux qui s'aviseroient de nier que toutes les perfections soient compatibles, et par consequent que l'idée en question soit possible. Car en disant seulement que Dieu est un Estre de soy ou primitif Ens a se, c'est à dire qui existe par son essence; il est aisé de conclure de cette definition, qu'un tel Estre, s'il est possible, existe, ou plutôt cette conclusion est un corollaire qui se tire immediatement de la definition et n'en differe presque point. Car l'essence de la chose n'étant que ce qui fait sa possibilité en particulier, il est bien manifeste qu'exister par son essence, est exister par sa possibilité. Et si l'Estre de soy étoit defini en termes encore plus approchans, en disant que c'est l'Estre qui doit exister parce qu'il est possible, il est manifeste que tout ce qu'on pourroit dire contre l'existence d'un tel être, seroit de nier sa possibilité.

On pourroit encore faire à ce sujet une proposition modale qui seroit un des meilleurs fruits de toute la Logique, scavoir que si l'Estre necessaire est possible, il existe. Car l'Estre necessaire et l'Estre par son Essence ne sont qu'une même chose. Ainsi le raisonnement pris de ce biais paroit avoir de la solidité, et ceux qui veulent que des seules notions, idées, definitions, ou essences possibles on ne peut jamais inferer l'existence actuelle, retombent en effet dans ce que je viens de dire, c'est à dire qu'ils nient la possibilité de l'Estre de soy. Mais ce qui est bien à remarquer, ce biais même sert à faire connoître qu'ils ont tort, et remplit enfin le vuide de la demonstration. Car si l'Estre de soy est impossible, tous les estres par autruy le sont aussi, puisqu'ils ne sont enfin que par l'Estre de soy: ainsi rien ne sauroit exister. Ce raisonnement nous conduit à une autre importante proposition modale égale à la precedente, et qui jointe avec elle acheve la demonstration. On la pourroit enoncer ainsi: si l'Estre necessaire n'est point, il n'y a point d'Estre possible. Il semble que cette demonstration n'avait pas eté portée si loin jusqu'icy: cependant j'ay travaillé aussi ailleurs à prouver que l'Estre parfait est possible.

Je n'avois dessein, Monsieur, que de vous écrire en peu de mots quelques petites reflexions sur les Memoires que vous m'aviez envoyez; mais la varieté des matieres,1 la chaleur de la meditation et le plaisir que j'ay pris au dessein genereux du Prince qui est le Protecteur de cet Ouvrage, m'ont emporté. Je vous demande pardon d'avoir eté si long, et je suis etc.

  1. 1Leibniz hatte in demselben Schreiben seine Ansicht über die Entstehung des Eises entwickelt. - Der hier erwähnte »Prince qui est le Protecteur de cet Ouvrage« ist der Duc du Maine, auf dessen Veranlassung die Memoires etc. erschienen.