Remarques sur l'abregé de la vie de Mons. des Cartes
1610. Je ne crois pas que le P. Mersenne puisse estre compté entre les sectateurs de M. des Cartes. On voit assez qu'il n'entroit pas fort avant dans ses opinions bien qu'il estoit fort de ses amis, mais avec cette adresse qu'il ne laissa pas de se conserver celle de Messieurs Fermat, Hobbes, Gassendi et Roberval.
Je ne crois pas que les Maximes de morale et de logique qu'on rapporte icy ayent esté faites par des Cartes écolier. C'est par anticipation sans doute que M. Baillet les fait entrer dans le recit de ses estudes de college.
1613. Je n'ay pas encor vû le petit traité de M. des Cartes de l'écrime. M. Mydorge, ami de M. des Cartes, estoit habile Geometre, mais je ne sçay s'il a eu la reputation du premier Mathematicien de France pendant quelque temps. A mon avis, Mons. Alleaume le passoit de beaucoup. Car il entroit dans les methodes de Viete, dont il ne paroist pas que Mons. Mydorge eut eu grande connoissance.
1619. Il est vray que M. des Cartes donnoit dans sa jeunesse dans des pensées un peu chimeriques, on le voit par ses Olympiques. Mais je ne crois pas qu'il ait esté veritablement Enthousiaste pour quelque temps, comme M. Baillet l'a pris qui n'a pas assez considéré ce que M. des Cartes entendoit par les fondemens de la science admirable.
1625. L'opinion de M. des Cartes sur le tonnere est une des moins raisonnables, et le bruit de la cheute des neiges dans les Alpes qui luy en a donné l'occasion, ne prouve rien.
1626. Mons. des Argues a donné dans ses écrits plustost des preuves d'un grand Geometre que d'un homme excellent dans les Mécaniques. Je croiray volontiers que M. des Cartes n'avoit point vû Galilei en Italie. Cependant on remarque qu'il estoit jaloux de la reputation de ce grand homme. L'air dont il parle de la decouverte du Telescope comme si Galilei n'y avoit aucune part, est desobligeant. Et quand il meprise ce que Galilei a donné sur la pesanteur, s'imaginant que l'experience ne s'accorderoit pas assez avec les raisonnemens de ce mathematicien, l'evenement a fait voir qu'il s'est trompé.
1629. Il est vray que M. des Cartes s'appliqua de temps en temps à la Medecine, mais il eut esté à souhaitter qu'il s'y fut appliqué d'avantage et avec plus d'attachement aux observations qu'aux hypotheses. Car il faut avouer que les considerations des atomes et petites parties sert peu dans la practique.
1630. Il me semble qu'on fait tort à M. Isaac Beckmann en le maltraittant sur le seul rapport des lettres de M. des Cartes, aux quelles j'ay appris qu'on ne se doit point fier au desavantage des gens, car M. des Cartes donnoit un étrange tour aux choses quand il estoit piqué contre quelcun.
1636. Au sujet de la Geometrie de M. des Cartes il est bon de sçavoir que ce fut M. Golius qui fournit l'occasion à la faire naistre, et qui contribua aux ouvertures qu'il eût sur cette science. Car M. Golius estoit tres versé dans la Geometrie profonde des anciens qui avoit esté comme oubliée depuis. Et comme M. des Cartes faisoit sonner fort haut sa methode et la facilité qu'elle luy donnoit de resoudre des problemes, Mons. Golius luy indiqua le grand probleme des anciens rapporté par Pappus, qui consiste dans un certain dénombrement des lignes courbes par les lieux. Ce probleme cousta six semaines à M. des Cartes et fait presque tout le premier livre de sa Geometrie. Il servit aussi à desabuser M. des Cartes de la petite opinion qu'il avoit eue de l'analyse des anciens. J'ay cela de M. Hardy qui me l'a conté autrefois à Paris. M. Boyle s'étonne dans quelque endroit que M. des Cartes a pu se resoudre à employer six semaines à un seul probleme. Mais il faut considerer que ce probleme contient une grande suite d'autres.
1637. Je crois que l'animosité qu'il y a eu entre M. des Cartes et M. de Roberval venoit d'une raison plus importante que de ce que M. des Cartes avoit omis de luy donner un exemplaire de ses essais. La veritable raison a esté sans doute, que M. des Cartes avoit la coustume de parler des autres sçavans avec un grand mepris, comme il paroist par ses lettres, et par une certaine affectation qui se remarque par tout dans ses ouvrages. Et Roberval estoit un homme fier, ardent et contentieux. M. des Cartes sans doute estoit bien plus profond que luy et plus capable de faire des decouvertes. Mais il estoit comme les meditatifs ont coûtume d'estre, et comme un homme qui ayant beaucoup de grandes vues, ne sçauroit avoir le loisir de se charger la memoire des particularités de chaque matiere. Mais M. Roberval, n'ayant que les mathematiques en teste et faisant profession d'enseigner, avoit sa science preste et pour ainsi dire au bout de la langue. Cela faisoit que M. des Cartes avoit de la peine à luy tenir teste dans les conversations où le monde ne juge que par les dehors. M. Roberval me raconta à Paris que M. des Cartes paroissoit écolier auprès de luy, et d'autres me l'ont confirmé. Il affectoit de se trouver aux Compagnies, où M. des Cartes venoit pour avoir l'occasion de le harceler, et ce fut une des raisons qui fit quitter Paris à M. des Cartes comme M. Baillet a remarqué plus bas.
1637. Autant que je puis juger par les lettres de M. des Cartes, M. Fermat avoit trouvé et communiqué à ses amis sa Methode de Maximis et Minimis avant que la Geometrie de M. des Cartes avoit paru. Quant à la querelle qu'il y eut entre ces deux excellens Geometres, comme la Methode de M. Fermat a quelques avantages considerables sur celle que M. des Cartes venoit de publier dans sa Geometrie, on voit clairement que celuy ci se servit de chicanes pour la décrier d'autant qu'il avoit un peu trop vanté luy même la sienne, qu'il avoit appliquée aux Tangentes, disant que c'estoit ce qu'il avoit le plus desiré de sçavoir dans la Geometrie: en quoy je suis nullement de son avis.
1638. Lorsque M. des Cartes mande dans une de ses lettres que le jeune Gillot, son domestique, satisferoit à sa place à Mons. Fermat, il me semble qu'il faisoit là paroistre une vanité, où meme les mesures de l'honnesteté n'estoient pas assez gardées. Je ne trouve pas que M. des Argues soit devenu Cartesien ny qu'il ait jamais employé la Méthode de des Cartes dans ses meditations de Geometrie. Il avoit la sienne propre, qui est tout d'une autre espece. Pour ce qui est des objections de M. de Fermat contre la dioptrique de M. des Cartes, il ne faut pas dire que le premier ne s'avisa pas de reveiller la dispute pendant la vie de M. des Cartes, au contraire il luy avoit temoigné hautement de n'estre pas satisfait de ses reponses. J'avois fait connoistre (dit il) ces difficultés à luy même, viventi et sentienti, mais il ne me satisfit jamais. Quand à ce que M. Baillet dit, que M. de Fermat renouvella la querelle apres la mort de M. des Cartes, mais que M. Clerselier la termina à la gloire de M. des Cartes et à la satisfaction de M. Fermat qui rendit les armes, il y a bien des choses à dire. M. de Fermat n'estant nullement satisfait de l'explication de M. des Cartes meditoit tousjours quelque chose pour la dioptrique et anima M. Petit de faire des experiences là dessus. Et comme M. de la Chambre songeoit de publier un traité de la lumiere, M. de Fermat luy manda, qu'il avoit une pensée par laquelle il esperoit de trouver la veritable raison de la loy des refractions, mais que le calcul le rebutoit. Enfin il s'y mit et decouvrit qu'en supposant que les rayons vont d'un point donné à un autre point donné, par la voye la plus aisée, il vient justement la loy des sinus, que M. des Cartes avoit voulu prouver par une autre voye. Et ce qu'il y a de plus curieux, c'est que M. de Fermat suppose que le verre resiste aux rayons plus que l'air, au lieu que M. des Cartes suppose tout le contraire, et se sert de la comparaison d'un tapi qui n'est point juste dans la question dont il s'agit. Et cependant leur conclusions sont les mêmes. Le premier qui avoit decouvert la veritable loy des refractions estoit Willebrord Snellius, Hollandois, un des plus grands Geometres de son temps, il l'avoit expliquée dans un traité exprés, dont Mons. Isaac Vossius nous a conservé des extraits. Snellius l'enseignoit à ses disciples, et entre autres à Hortensius, depuis professeur de Mathematiques, qui l'enseignoit aussi; ainsi toutes les apparences sont que M. des Cartes qui estoit si curieux de ces choses, qui avoit sejourné si long temps en Hollande et qui practiquoit les meilleurs Mathematiciens, l'a sçue. Cela se confirme aussi en ce qu'il n'en a pas sçû la raison, et que voulant l'expliquer à sa mode par la composition du mouvement perpendiculaire avec la parallèle, qu'il avoit apprise de Kepler, il s'estoit embarrassé estrangement. .... Ainsi on voit qu'il a esté obligé de donner la gêne à ses principes, pour y ajuster ce qu'il avoit appris d'ailleurs. Je n'ay pas vû le Manuscrit de Snellius, mais je suis persuadé que la voye par laquelle il a trouvé cet important Theoreme, a esté la même que Mons. Fermat a employée depuis, et qui l'a mené à la même loy sans s'y attendre
et sans rien sçavoir de Snellius. Et ce qui me le fait croire, c'est que les anciens se sont servis de la même Methode pour demonstrer l'égalité des angles d'incidence et de reflexion que Messieurs Snellius et Fermat ont poussée à la refraction. La postérité a depuis rendu justice à ces deux Messieurs, et ceux qui ont approfondi ces choses, demeurent d'accord que M. des Cartes n'a pas esté inventeur ny de la loy de refraction ny de sa raison. Cependant la raison des anciens tient quelque chose de la consideration des Finales, ce qui a fait qu'on a cherché encor une raison ab efficienti. M. Hobbes s'estoit servi de la consideration d'un rayon solide, M. Barrow l'avoit poussé plus avant. Mais il semble que l'explication de M. Hugens par les ondes est la plus profonde et la plus apparente que nous ayons jusqu'icy.
Il ne paroist pas que M. Petit soit jamais devenu Cartesien.
Je m'etonne aussi que M. Baillet parle si affirmativement de la roulette, comme si le P. Mersenne l'avoit remarquée le premier, et comme si M. de Roberval en avoit demonstré le premier la quadrature. Toutes les apparences sont que Mons. Carlo Dati dans la petite relation qu'il en a fait, a eu raison de dire, que Galilei a esté le premier qui a remarqué la roulette, et Torricelli le premier qui en a donné la quadrature. Je ne sçay aussi sur quel fondement on dit qu'avec le secours de M. des Cartes, Roberval decouvrit le solide à l'entour de la base, et les touchantes de cette ligne. Ces choses ne sont pas assez difficiles pour que M. Roberval eut en besoin d'un tel secours.
J'ay vû le petit écrit qui devoit servir d'introduction à la Geometrie de M. des Cartes. Feu Mons. Thevenot me le communiqua. Il est assez court, mais je n'y remarque rien de cette excellence que M. Baillet dit qu'on luy attribuoit et qui faisoit croire que M. des Cartes en estoit l'auteur luy même.
M. des Cartes a avoué dans ses lettres, que sa Methode n'estoit pas encor suffisante pour les problemes des nombres. Il s'etonnoit comment M. Frenicle et de Ste Croix pouvoient decouvrir ces choses sans le secours de l'Algebre. On a sçu depuis, que M. Frenicle se servoit d'une Methode qu'il appelloit exclusive. Effectivement ceux qui s'imaginent que toutes les Methodes mathematiques dependent de l'Algebre sont mal informés.
1639. On ne remarque pas que Plempius ait esté satisfait des reponses de M. des Cartes. On a trouvé depuis que l'explication que celuyci donnoit de la circulation de Harvée n'est pas soutenable, comme M. Stenonis et autres ont fait voir.
Je crois que M. des Cartes a eu raison de dire que le jeune M. Pascal aagé de 16 ans lorsqu'il fit son Traité des coniques avoit profité des pensées de M. des Argues. Il me semble aussi que M. Pascal l'a reconnu luy-même. Cependant il faut avouer qu'il avoit poussé les choses bien plus loin. C'est dommage que cet ouvrage dont Messieurs Perrier neveux de M. Pascal me monstrerent des fragmens à Paris n'a pas esté donné au public.
1640. L'air dont on parle icy de feu M. Rivetus ne me paroist point convenable à son caractere, je ne crois pas qu'il se soit jamais piqué d'estre Cartesien, n'y qu'il ait eu une grande demangeaison de parler de M. des Cartes. Il avoit bien d'autres affaires en teste, estant un des plus considerables Theologiens du pays. Cependant je crois qu'il faisoit profession d'estre de ses amis.
On remarque par tout que M. des Cartes avoit une estrange ambition de devenir chef de secte. Pour cet effect il souhaittoit d'avoir en teste l'ordre des Jesuites, ce qui le fit supposer adroitement que ce que le P. Bourdin avoit fait, venoit de toute la Compagnie, sur une pretendue liaison, qu'il disoit qu'il y a entre les Jesuites. Mais ces Messieurs s'estant apperçus de son dessein, resolurent de ne luy point donner occasion d'envelopper la societé dans cette affaire.
1641. Je ne trouve pas que M. des Cartes ait esté ravi qu'on l'ait prié de donner l'abrégé de ses meditations Metaphysiques dans un ordre Geométrique, ny que l'execution luy en ait paru facile. On remarque plustost qu'il a eu de la peine à s'y resoudre et à le faire. Aussi peut on dire qu'il y a très mal reussi et qu'on y voit clairement la foiblesse de ses argumens cachée auparavant sous les belles apparences du discours suivi des meditations.
Il faut avouer que M. Hobbes faisant des objections à M. des Cartes écrit fort civilement, et que M. des Cartes y repondit d'une maniere fiere et insultante et comme un homme qui parle par monosyllabes, et qui daigne à peine son adversaire de reponse. C'est que figulus figulum odit et que M. des Cartes avoit quelque jalousie de la reputation de M. Hobbes qu'il consideroit comme un concourant dans la fondation d'une nouvelle philosophie. On a trouvé depuis que les pensées de M. Hobbes n'estoient pas si meprisables que M. des Cartes vouloit faire croire. Ce philosophe se moquoit de M. Hobbes qui disoit que la reflexion des corps venoit du ressort, cependant ce sentiment a esté justifié depuis.
Je croy que M. des Cartes regloit sa manière de traiter les gens honnestement ou fierement selon les maximes d'une certaine politique. Il insultoit à Messieurs Fermat, Hobbes et Gassendi, quoyqu'ils eussent usé de beaucoup de civilité à son egard par ce que leur mathematique et leur philosophie faisoit ombrage à la sienne. Mais il traita M. Arnaud avec beaucoup d'honnesteté, par ce qu'il voyoit bien qu'il n'y auroit point de concours entre eux, et qu'ils avoient en quelque façon les mêmes intérests contre les docteurs vulgaires de l'école et sur tout contre les Jesuites, avec lesquels M. des Cartes meditoit d'entrer en guerre. Cette espece de politique paroist aussi dans les manieres differentes dont M. des Cartes a usé en parlant de M. Bouillaud et de Campanella: mais en differens endroits. Il parle du premier avec estime, pour la même raison qui luy sert à mépriser le second; c'est que l'un et l'autre s'estoit trompé en s'ecartant des routes de la philosophie ordinaire.
Quant à M. Gassendi, je trouve que M. des Cartes n'en a pas bien usé à son egard, et que ses manieres de repondre s'eloignent fort de cette honnesteté qui sied bien dans les disputes. Le pretexte qu'on allegue pour excuser M. des Cartes, sçavoir que M. Gassendi dans les entretiens familiers ne parloit pas de nostre philosophe avec la même moderation qui paroissoit dans ses objections, peut estre faux, et s'il est vray, je m'imagine que ces expressions de M. Gassendi auront esté posterieures à la réplique de M. des Cartes. Mais quand il seroit vray que M. Gassendi eut parlé autrement qu'il n'écrivoit, M. des Cartes auroit asseurement mieux fait d'avoir pour le public les mêmes egards que M. Gassendi avoit eus, et de donner plustost un exemple de moderation que d'emportement. La pluspart des lecteurs ne connoissant point ces discours familiers prétendus, conferent la replique avec les objections et n'approuvent point qu'on oppose des manieres choquantes à des expressions douces et honnestes.
1642. Je ne m'imagine pas que le Cartesianisme ait fait un grand progrès dans l'ordre des Jésuites. J'ay appris qu'un Anglois de cet ordre, dont nous avons un livre intitulé Thomae Bonartis Nordtani Angli Concordia scientiae cum fide, essuya des mortifications pour avoir paru trop porté à suivre les sentimens de ce philosophe.
1643. Mons. de Sorbière qui avoit vû M. des Cartes dans sa retraite temoigne d'avoir reconnu en luy un desir insatiable d'estre chef de secte, et une affectation qui rendoit ses demarches estudiées, ce qu'il n'avoit pas trouvé en M. Gassendi dont le procedé estoit plus franc et les manieres sans artifice.
1644. Je m'étonne comment on peut dire que M. des Cartes a eu assez de modestie pour se donner nulle part l'autorité de decider; luy qui est peutestre le plus affirmatif des philosophes qu'on avoit jamais vû. Jusqu'à avoir dit quelque part que si on decouvroit la moindre erreur sur ce qu'il avoit dit de la lumiere, il déclaroit que toute sa philosophie estoit fausse. Ce qui estoit doublement hyperbolique, car on sçait assez aujourdhuy que sa doctrine sur la lumiere est pleine d'erreurs. Mais il ne s'ensuit pas pour cela que toute sa philosophie est fausse, car ses parties ne sont pas aussi bien liées qu'il veut que nous croyions.
1645. Je ne pense pas qu'on puisse accuser M. Regius avec justice d'avoir esté plagiaire de M. des Cartes. Il luy avoit souvent rendu justice en reconnoissant combien il luy estoit obligé. Mais M. des Cartes qui vouloit regenter les gens, sur lesquels il croyoit avoir quelque autorité, ayant maltraité Regius sous des pretextes assés legers, le parti le plus raisonnable que celuyci pouvoit prendre, estoit de ne plus parler de luy ny en bien ny en mal. En quoy il obeissoit aux ordres de son Magistrat. M. des Cartes en critiquant la these de M. Regius se sert de chicanes fort plaisantes, entre autres par ce que Regius avoit intitulé sa these: Explication de l'âme etc., M. des Cartes dit qu'il faut croire qu'il y aura mis là toutes ses raisons, et qu'il n'aura plus rien à dire. Il est vray que cette these n'a esté publiée que l'an 1647, mais j'en ay voulu parler icy par avance.
Il est vray que M. des Cartes tenoit la quadrature du cercle pour impossible. Mais il ne paroist pas qu'il en ait eu une demonstration. M. Hugens qui a vû un discours qu'il avoit fait sur ce sujet, a jugé, qu'il n'avoit point vuidé ce point, et qu'il ne s'y estoit pas même pris de la meilleure maniere du monde.
1646. Quant à la dispute sur les centres de vibration qui estoit entre des Cartes et Roberval, M. Hugens qui a éclairci cette matiere à fonds, a jugé que ces Messieurs n'y avoient pas esté fort avancés non plus que le P. Fabry.
Quoyque les Jesuites n'ayent eu garde d'autoriser la philosophie du P. Fabry du nom de tout le corps de leur ordre, comme M. des Cartes le desiroit, pour interesser tout l'ordre dans la refutation qu'il meditoit contre ce Pere, on ne peut pas dire pour cela, que le P. Fabry n'ait pas eu toute l'approbation de sa compagnie, qu'on pouvoit raisonnablement desirer.
1647. M. des Cartes ne dit pas seulement qu'il n'a point de raisons de prouver que le monde soit fini, mais il dit de plus, qu'on n'en sçauroit avoir.
Mons. Golius n'a jamais esté Cartesien, il avoit de l'estime et de l'amitié pour M. des Cartes, mais il n'entroit pas dans ces disputes de philosophie. Il estoit excellent Geometre avant que d'avoir connu nostre philosophe. Au reste on sçait qu'il s'appliquoit fort aux langues orientales. Aussi a-il esté un des principaux maistres que l'Europe ait eu dans la langue Arabesque.
1648. Mons. Roberval ayant obtenu les papiers du P. Mersenne et les lettres de M. des Cartes qui y estoient, il est à croire qu'elles se trouveront parmy les papiers que M. Roberval a laissés à l'Academie Royale des Sciences.
Bien que M. Morus ait estimé infiniment M. des Cartes, on voit bien par les lettres qu'il luy écrivoit, qu'il avoit dès lors des sentimens particuliers.
1649. On dit que M. de Beaune mourut dans cette année quelques mois apres l'edition de ses notes sur la Geometrie de M. des Cartes. Mais je crois qu'il y a du méconte à cela, et on peut juger par ce que dit M. Erasmus Bartolinus en publiant le discours de M. Beaune sur la nature des Equations, qu'il est mort apres M. des Cartes.
On a lieu de s'etonner du mepris avec lequel M. des Cartes ecrivant à M. Carcavi parle de M. Schooten, pendant que celuyci prenoit tant de peine pour faire valoir l'analyse de M. des Cartes. C'est qu'il consideroit Schooten comme sa creature, qu'il n'avoit pas besoin de menager. Et j'ay deja remarqué, qu'il en usoit avec beaucoup de hauteur, avec les gens sur les quels il croyoit avoir de l'autorité.
Je veux croire que la Reine de Suede a eu beaucoup d'estime pour M. des Cartes et qu'elle l'a honoré de sa confiance jusqu'à luy faire part aussi bien qu'à Mons. Chanut des dispositions qu'elle avoit pour le dessein extraordinaire qu'elle a pris depuis; mais de dire qu'elle l'ait mis de son Conseil secret, c'est en quoy je ne voy pas d'apparence. J'ay sçu à Rome des personnes qui avoient eu l'honneur d'approcher souvent de la Reine qu'elle avoit témoigné que M. Jean Alphonse Borelli luy paroissoit plus grand philosophe que des Cartes luy même. Je ne suis nullement de l'opinion de la Reine. Cependant on voit par là que l'estime qu'elle a eu pour M. des Cartes n'a pas esté si grande qu'on dit; je crois que s'il avoit vecu, il auroit essuyé les inegalités de l'humeur de cette grande princesse.
Je ne sçay quels Grammairiens M. Baillet entend en parlant de la cour de La Reine de Suede. Est ce qu'il donne ce nom à Messieurs Saumaise, Bochart, Naudé, Isaac Vossius, Freinshemius, dont les merites et les connoissances fort estendues ont esté reconnues genéralement?
1650. J'avoue cependant que les lumieres de M. des Cartes dans la connoissance de la nature ont esté plus utiles au genre humain que toute l'erudition de ces Messieurs là. Et il auroit esté à souhaitter que nostre philosophe fut parvenu à l'aage de M. Hobbes ou de M. Roberval. Car asseurement il auroit encor fait des decouvertes tres importantes, dont sa mort deplorable nous a frustrés. En effect je tiens que le genre humain y a fait une perte tres grande, qu'il sera difficile de reparer. Et quoyque nous ayions eu depuis de fort grands hommes qui ont mêmes surpassé Mons. des Cartes en certaines matieres, je ne connois aucun qui ait eu des veues aussi generales que luy, jointes à une penetration et profondeur aussi grande que la sienne.