Leibniz an Th. Burnett
Hanover 27 Fevrier 1702
Hanover 27 Fevrier 1702.
J'ay receu l'honneur de deux de vos lettres dont la premiere est de Londres du 22. Aoust et la seconde de Paris du 16. Decembr. 1701. Je les suivray pas à pas. Je suis bien aise que vous avés eu une reponse de Mad. l'Electrice. Elle estoit accablée de lettres; c'est pourquoy elle a esté obligée bien souvent de se servir de son secretaire. Pour ce qui est de l'Anglois, quoyqu'elle le parle bien comme vous savés, elle ne se hazarde point de l'écrire, car elle dit que les manieres d'aujourdhuy sont bien differentes de celles du temps jadis, outre qu'elle a discontinué l'exercice de l'écrire depuis un temps immemorial pour parler ainsi. Il me semble que la Reine de Prusse m'a dit un jour de vous vouloir faire reponse, je ne say si sa Majesté s'en est souvenue. Vous jugés fort sainement de M. Toland; il a beaucoup d'esprit, et même il ne manque pas d'erudition, mais ses sentimens vont trop loin, et j'ay pris la liberté de luy communiquer par écrit mes reflexions sur son Christianisme sans Mystere, qu'il prit en bonne part. Comme Madame l'Electrice aime la conversation
des gens d'esprit, Elle a pris plaisir d'entendre les discours de M. Toland et de se promener avec luy dans le jardin de Hernhausen en compagnie d'autres Anglois dont quelques uns qui ne connoissent pas l'humeur de Mad. l'Electrice se sont imaginés qu'ils parloient ensemble des choses bien importantes qui regardent l'estat et que S. A. E. luy temoignoit une grande confiance, au lieu que moy qui ay esté temoin de leur discours bien souvent, say bien qu'ils rouloient ordinairement sur des matieres d'esprit et de curiosité. Il est vray que Mad. l'Electrice (suivant sa coustume) luy a fait beaucoup de questions sur les personnes qu'il connoissoit, et qu'Elle aussi bien que l'Electeur l'ont regalé de quelques medailles, comme un auteur celebre qui est venu exprès en nostre Cour à nous apporter son livre sur la succession; cependant nous n'avons garde d'autoriser ce livre en tout, et ce n'est pas à nous de decider des questions delicates du droit public d'Angleterre qu'il peut contenir. Il me semble qu'à present les Anglois qui s'imaginent d'y pouvoir etablir une Republique, sont extravagans. Tant que le pouvoir de la France ou plustost de la maison de Bourbon subsiste dans un estat si transcendant, c'est beaucoup si l'Angleterre se peut sauver d'un gouvernement despotique. Il y a de l'apparence que M. Toland a esté envoyé icy par quelques Seigneurs qui le favorisent et qui auront esté bien aises d'apprendre par son moyen comment on se gouverne icy. Je ne say s'il donnera au public une relation de son voyage, comme il avoit temoigné de vouloir faire; mais il fera bien de le faire avec beaucoup de circomspection, car il est fort aisé de se tromper quand on prend pour verité ce qu'on a entendu dire a des personnes qui ne sont pas informées à fonds. Plusieurs personnes ont averti Mad. l'Electrice de se garder de M. Toland, mais comme cette Princesse est sans intrigues et sans dissimulation et ne se conduit dans les affaires que suivant les avis du Roy, il est difficile de trouver de quoy la trahir.
Mais venons aux autres points de vostre premiere lettre. Vous m'avouerés que les livres qu'on fait en si grand nombre en langue vulgaire chez les Anglois pour prouver la verité de la religion, sont un mauvais signe en ce qu'ils marquent, qu'elle a beaucoup d'adversaires. Si ces livres sont utiles et propres à les convertir, c'est une autre question, et vous en pourrés mieux juger que moy par experience, puisque vous connoissés les gens et pouvés savoir s'il y en a eu beaucoup qui en ont esté touchés ou persuadés. J'ay souvent remarqué que ces livres ont servi d'interpretes aux ennemis de la religion et que ceux qui n'ont pas pû trouver leur livres mêmes, ont cherché leur argumens dans ceux qui les refutoient, sans se mettre en peine de lire les refutations. J'ay connu une personne qui en a usé ainsi à l'égard du livre de S. Cyrille contre l'Empereur Julien.
Je voudrois que tous les livres pour la Religion ressemblassent à ceux de M. Grew et de Mons. Ray, qui monstrent la sagesse de Dieu dans la nature; j'ay mis ordre qu'on me les envoye sur la description que vous m'en faites. Mais les livres qui entrent dans le detail de Physique ou de Mathematique ne sont pas de ceux dont la lecture plait à Mad. l'Electrice. Le livre monotype de vostre ami De statu animarum post mortem soutiendra apparemment le sentiment d'Origene de la salvation finale de toutes les creatures intelligentes. Nous avions il y a quelques années un Surintendant à Lunebourg, nommé M. Petersen, tres savant homme, qui quitta sa charge, parcequ'il vouloit dogmatiser sur le Chiliasme. Le même continuant ses meditations dans sa retraite est allé au même sentiment et a publié il y a deux ans ou environ un livre en Allemand in folio, intitulé apokatastasis pantôn ou de la restitution des toutes choses; ce livre est fait avec beaucoup d'erudition et de jugement. L'auteur apporte tous les passages des anciens et modernes favorables à cette doctrine et il soutient son sentiment contre des savans adversaires avec beaucoup de moderation et de zele. Je l'ay parcouru avec plaisir et quoyque je n'aye garde de le suivre, je ne laisse pas de reconnoistre son merite. Il veut que des demibons souffriront pendant le regne des mille ans jusqu'au jour du jugement, qu'alors (ou même quelques uns plustost selon les degrés de la corruption) ils seront admis dans le regne de Jesus Christ, et les mechans qui n'ont pas pû estre corrigés pendant cet intervalle, seront precipités avec les demons pour y achever d'estre corrigés. C'est ce qui est la seconde mort. Mais enfin la mort perira elle même; le diable même se ravisera et sera receu en grace avec tous ses anges, et tous les damnés. Et alors selon S. Paul, Dieu sera tout en tous. Voilà de plaisantes idées, aux quelles manque seulement la metempsychose, ou du moins la preexistence des ames, pour achever l'Origenisme. Je connois quelcun qui s'imagine que ce Lucifer tombé et chassé du ciel est le globe de la terre, lorsque de soleil ou etoile fixe qu'il estoit, il est devenu planete vagabonde et opaque, mais que dans la restitution de toutes choses, il redeviendra soleil, et les creatures qu'il contient, acheveront d'estre perfectionnées en même temps.
Je crois avec M. Alix que des bons argumens mis devant les pseaumes, serviront beaucoup pour leur intelligence et tiendront lieu de commentaire. Je me souviens que quelcun a monstré qu'ils avoient quelques fois un air de dialogues.
A propos du Dictionnaire du Dr. Stenhope, dont vous parlés, Monsieur, je souhaiterois fort qu'on en fit un en Anglois non pas tant qui ressemblât à celuy de Moreri, mais plustost qui fut comme celuy de M. Furetiere ou comme celuy de l'Academie Françoise, où tous les Termes des arts, metiers et professions fussent expliqués.
A propos du traité François de la necessité d'une nouvelle translation de la Bible, mis en Anglois, je vous diray, Monsieur, qu'à Berlin Messieurs Beausobre et l'Enfant, Ministres François, ont presque achevé leur version Françoise du nouveau Testament que Mons. de Spanheim prend la peine de revoir. Je seray bien aise de voir un jour le livre de M. Holder sur les fondemens physiques de la Musique, s'il est solide. Je ne me souviens pas d'avoir vû les vies des philosophes de Stanley. Je suis ravi que ceux qui ont voulu nuire à M. l'Eveque de Salisbury dans l'assemblée du clergé de l'année passée, ont manqué leur coup. J'espere qu'il en sera aussi quitte que les quatre Lords accusés par la Maison des communes d'alors.
Je viens, Monsieur, à vostre lettre de Paris. Je ne say, comment le bruit de ma mort est venu par la voye de Rome. Je ne suis pas comme M. Magliabechi, qui s'en facha, lorsqu'il entendit qu'on l'avoit cru mort. Je suis cependant bien obligé à vous, Monsieur, et à M. Cassini, d'y avoir pris part.
Il faut avoir quelque indulgence pour un homme du merite de M. Alix, et je ne voudrois pas qu'on le critiquât trop. Cependant je voy qu'il se l'est attiré en accusant M. Neye. Il est vray (entre nous) que les expressions de M. Sherlok et d'autres (qui ont introduit trois esprits self-conscientious, dont l'unité consiste dans la perception mutuelle) sont trop fortes, et il vaut mieux incomparablement de s'arrester avec M. Wallis à la doctrine receue qui considere les personalités comme relatives seulement à l'egard d'un même Estre absolu. Quant aux Conciles de M. Alix et sa maniere d'écrire, il faudra se contenter des bonnes remarques d'erudition que j'espere qu'il donnera. Il ressemble peutestre au celebre David Blondel dont la maniere d'écrire estoit tres embarassée, mais qu'on luy a pardonnée en faveur des bonnes choses qu'il apporte. Puisque les Traités posthumes de feu M. Temple sont imprimés, j'ay peur que nous n'aurons donc jamais le reste de ses memoires; c'est dommage.
A l'occasion de Denis d'Halicarnasse d'Oxford, je vous diray que M. Perizonius a donné une bonne edition Variarum Historiarum Aeliani, et qu'il y a des disputes entre M. Hody et M. Gronovius sur la Geographie. Si les Scholies Grecs sur le nouveau Testament, imprimés depuis peu à Oxford, estoient d'un ancien, ce seroit quelque chose.
A propos d'un Recueil de voyages, je m'imagine que vos Messieurs profiteront de la Collection de feu M. Melchisedec Thevenot à Paris. Il y en avoit encor de non-imprimés dans sa Bibliotheque; il seroit bon de s'informer où elle est devenue. Le dessein de cultiver les montagnards d'Ecosse est tres louable. Monsieur Gairnes a bien fait de donner l'instruction de Jean Forbesius augmentée par l'auteur. J'ay lu autresfois les escrits de Guillaume Forbesius, où il y avoit des bonnes choses, quoyqu'il me parust un peu trop indulgent quelques fois envers l'Eglise Romaine.
Je suis quasi du sentiment de M. Norris, dont vous me dites, Monsieur, qu'il soutient que le monde intellectuel est plus certain que le monde sensible; mais je ne say si nous l'entendons l'un comme l'autre.
Les François ont tort d'apprendre seulement l'Espagnol et l'Italien et de negliger l'Anglois avec les autres Langues du Nord; mais c'est que les deux premieres leur sont faciles. Mes lettres à M. Pelisson sont parmy ses Reflexions, et pour les avoir, il faut demander ses Reflexions completes, c'est à dire quatre parties. Je ne manqueray pas de vous envoyer de nouveau mon Epigramme sur les Bombes. Vous aurés appris aisement à Paris, que S. A. Madame l'Abbesse de Maubuisson est encor en vie, quoyqu'on l'ait donnée pour morte dans un discours imprimé en Hollande sur la succession d'Angleterre. Cette Princesse se porte encor assez bien et écrit souvent à Mad. l'Electrice. Je crois que vous pourriés bien obtenir audience d'Elle.
Si quelcun est eloigné de communiquer par lettres sur ce qu'il a publié, il en faut tirer cette consequence, ou qu'il croit que ce qu'il a dit est demonstratif et qu'une discussion ulterieure est inutile, ou bien qu'il a écrit seulement pour la gloire et nullement pour la verité, car ceux qui aiment la verité, comme moy, se donnent la peine de conferer par lettres, quoyque le public ne le voye point; mais ceux qui ne travaillent que pour la gloire, veulent que la peine qu'ils prennent devienne publique d'abord. Cependant rien n'est plus opposé à la recherche de la verité que les disputes en public, parce qu'ordinairement on se pique de soutenir ce qu'on a avancé publiquement.
Je ne say où est maintenant ce M. Cuningham qui avoit esté avec feu Milord Duglas, et que j'avois connu à Florence. On me dit qu'il travaille à une nouvelle Edition des Loix Romaines. Je serois bien aise de savoir des particularités de son dessein, car peutestre luy pourrois je donner quelques notices ou avis.
Les François ont toutes les raisons du monde de vouloir maintenir la paix, apres qu'ils ont fait leur coup et que la Maison de Bourbon s'est emparée de toute la Monarchie d'Espagne. Mais la question est, s'ils n'ont pas violé la paix de Riswick, en renversant ce qui estoit etabli dans celle des Pirenées et en usurpant aussi les terres de l'Empire, savoir le Milanois et le Cercle de Bourgogne, puisqu'il appartient à l'Empire de decider qui y doit succeder. Ce n'est pas à moy de m'eriger en juge, mais je vous dis seulement ce qu'on objecte contre ce desir de la paix que les François font valoir.
A l'egard de M. Lock, je voudrois qu'il eût marqué les endroits qui luy ont paru obscurs dans ce que je vous avois communiqué. Mais puisqu'il ne vous a point donné ordre de me le dire, il ne faut point insister là dessus.
Je vous supplie, Monsieur, de faire nos remercimens à M. le Chevalier Burnet, et par son moyen à Mons. Alexandre Seaton de Pitmedden, de la peine qu'ils ont prise pour nous faire avoir des lumieres sur l'illustre famille des Seatons d'Ecosse, en faveur de ce gentilhomme Italien, dont les ancestres en sont sortis il y a plus de 200 ans. Si nous pouvions meriter par des services cette bonté et celle qu'ils ont encor de vouloir s'informer d'avantage, nous n'y manquerions pas.
J'ay receu depuis peu une lettre de Londres de Monsieur le Chevalier Fraiser, qui est Ecossois ou au moins etabli en Ecosse. Il passa à Hanover l'année passée, et parla à Mad. l'Electrice. Quelques uns nous ont dit qu'il passoit pour Jacobite et que même le Roy Jacques l'avoit employé en Ecosse au commencement. Mais ses discours nous ont paru fort raisonnables. Et il n'est point necessaire qu'un homme soit tousjours ce qu'il a esté autresfois. Je ne say, Monsieur, si vous le connoissés ou si vous estes informé des particularités qui le regardent.
J'ay esté plus de 4 mois à Berlin, et j'en suis revenu avec la Reine le 23 de Janvier ou environ. Ainsi je me suis trouvé extremement distrait. Il m'a même fallu faire un tour à la foire de Bronsvic, où j'écris cecy. Le Roy de Prusse a dessein de faire bastir un observatoire et etablir une espece de societé pour les sciences, qui pourra estre quelque chose d'utile avec le temps, et il a voulu que j'eusse soin de ce dessein. Mais on ne peut avancer que lentement en ces matieres dans les conjonctures presentes, où les Princes sont obligés de tourner leur principaux soins du costé de la guerre.
Les Muses d'Allemagne au lieu de grands et importans livres fournissent quantité de petites dissertations, qui se publient par cy par là dans nos Universités.
Il y a sur tout une grande dispute maintenant entre certains Theologiens de la Confession d'Augsbourg de termino poenitentiae peremtorio, c'est à dire s'il y a un temps, où l'on peut dire que le pecheur est abandonné. Monsieur Spener, celebre Theologien, demeurant maintenant à Berlin, et Mons. Rechemberg, son Gendre, ayant (apparemment à bonne intention, et pour mieux eloigner les hommes du peché) parlé d'une maniere comme s'il y avoit un terme, apres lequel les hommes impenitens n'ont plus rien à esperer, d'autres Theologiens ont trouvé qu'il y avoit de l'excés dans leur expressions, capables de causer du desespoir. Mons. Ittigius surtout, savant Theologien à Leipzig et tres versé dans l'antiquité Ecclesiastique, a signalé son zele: mais il me paroist qu'on est allé un peu trop loin de part et d'autre. C'est pourquoy un Theologien savant et moderé du pays de Wurtemberg, qui n'a pas mis son nom, mais qui paroist estre en dignité, a écrit publiquement à Messieurs Ittig et Rechemberg, pour les exhorter à la paix. Il approuve dans le fonds le sentiment de M. Ittigius, mais il excuse les autres et n'approuve pas qu'on se dechaine tant contre eux.
Madame l'Electrice, en écrivant à sa soeur Madame l'Abbesse de Maubuisson, parlera de vous sur ce que j'ay dit à S. A. E. que vous aviés dessein d'aller faire la reverence à cette Princesse. Comme elle n'a pas encor parlé de vous en écrivant à Mad. l'Electrice, cela me fait croire que vous n'avés pas encor esté à Maubuisson. Et même cela me fait esperer que vous serés encor à Paris, quoyque vous n'ayiés point exprimé dans vostre lettre, combien vous y resteriés encor.
Mons. Toland vient de publier deux discours sans son nom, qu'il a envoyés icy. Dans l'un il conseille à la nation de faire venir Mad. l'Electrice et Mgr. le Prince Electoral; mais il a fait cela, sans nous en rien dire et sans avoir le moindre ordre pour cet effect. L'autre est appellé Paradoxes of state, où il ne touche point des matieres si delicates.
J'ay perdu par la mort presque toutes les connoissances que j'avois en France. Cependant je crois que Paris ne manque pas d'habiles gens et qui savent raisonner. Si vous n'avés trouvé que le R. P. Malebranche et deux ou trois autres, c'est une marque que vous n'avés pas pris assés de peine de vous en informer. Generalement tous les Cartesiens sont raisonneurs, et Paris en fourmille. Et quoyque leur raisonnemens ne soyent pas tousjours solides, ils ne laissent pas de l'estre souvent. Le P. Lami, Antagoniste du P. Malebranche (car ils ont fait des livres l'un contre l'autre sur l'amour de Dieu) raisonne aussi assez bien, et ses ouvrages sont estimés. On m'a dit qu'il a écrit quelque chose contre moy sur ce que j'avois fait inserer dans le Journal des Savans touchant mon systeme de l'union de l'ame et du corps contre son opinion que cette union estoit quasi surnaturelle. Mais je ne l'ay pas encor vû, et il faut que je me fasse copier un jour l'endroit qui me regarde. Je ne say si M. Toinard est à Paris. Il a une erudition des plus universelles, estant Philosophe, Mathematicien, antiquaire, mais excellent en tout. C'est dommage qu'il ne publie quasi rien. S'il estoit à Paris, je vous conseillerois de chercher sa connoissance. Je n'ay point l'honneur de connoistre Mons. Boileau, ny Monsieur et Madame Dacier. Ainsi je ne pourrois pas bien vous donner leur connoissance; mais ayant eu quelque commerce avec M. Bossuet, Eveque de Meaux, et M. Huet, Eveque d'Avranches, je prends la liberté de vous envoyer ces mots de lettres pour eux. Vous trouverés maintenant à Paris ce M. le Grand, revenu de Portugal, qui a écrit contre l'Histoire de la Reforme de M. l'Eveque de Sarum, mais je ne say si vous voudrés faire connoissance avec luy. Il seroit bon de voir aussi le P. Hardouin, grand antiquaire, mais qui a des sentimens extraordinaires, et le P. Daniel, Jesuite savant aussi, qui a écrit en Philosophie et en Histoire. J'espere que vous connoistrés déja Monsieur l'Abbé Gallois, qui a fait autres fois le Journal des Savans et qui est d'une erudition fort etendue; item Mons. du Hamel, excellent Theologien et Philosophe, qui estoit autres fois secretaire de l'Academie Royale des sciences, et qui a connu M. Boyle en Angleterre, et enfin M. de Fontenelle, auteur des Dialogues des Morts et des Entretiens sur la pluralité des mondes, qui est maintenant secretaire de l'Academie des sciences. Tous ces Messieurs sont des hommes insignes et celebres, et qui meritent fort de l'estre. Il seroit bon aussi de connoistre M. des Billettes, qui a esté autres fois ami particulier de M. Arnaud et de M. Pascal, qui est d'ailleurs excellent dans les Mathematiques et mecaniques, quoyqu'il n'ait rien écrit; il est aussi de l'Academie des sciences.
Il est temps de finir. Et je hazarde cette lettre avec les cy jointes, quoyque je ne sache point, si elle vous trouvera encor en France. C'est pour vous marquer, avec combien de zele je suis etc.