Th. Burnett an Leibniz. Londres 3 May - 97
Londres 3 May -97.
Premierement à ce que vous semblez plus souhaiter dans la vôtre. J'ay envoyé une copie de vos remarques sur son Essay de l'entendement et j'ay mis à la fin les paroles même de vôtre lettre qui le regarde. Il m'en a envoyé une lettre du remerciment, dans la quelle il dit qu'il n'a pas à cette heure le temps pour faire les reflections que vôtre papier merite tellement qu'il puisse ecrire comme il faut à un homme si grand comme vous. Il ne manque pas des complimens reciproques sur vôtre erudition et la maniere civile d'ecrire de lui, disant que par cela vous êtes devenu le plus obligeant aussi bien que le plus savant de nôtre siecle. Je m'imagine pourtant que cet été il faira une reveue de ses pensées et dans une nouvelle edition de son essay (deja imprimé plusieurs fois) il considerera vôtre papier des remarques, parceque vous le souhaitez. Si vous trouvez bon de m'ecrire quelque chose de plus de vôtre propre volonté là dessus, je ne manquerai pas d'executer vos ordres. Je l'avois dit que je devois vous envoyer un pacquet des livres avec le depart des plenipotentiaires, et il m'envoya son livre nouveau (à savoir une lettre à mylord l'Evêque de Woster Dr. Stillingfleet sur sa censure des quelques passages de l'entendement et dans son livre dernier sur la trinité) enveloppé dans un papier cacheté de cire pour un present à vous. Il peut être doré aux feuilles. Il m'envoya depuis que vos livres furent empacquetés, la nouvelle edition de tous ses petits traités sur la money, l'interêt et la negoce, relié en un volume doré au dos à la française, avec une direction pour vous de sa propre main. Je l'avois demandé une liste, au moins des meilleurs livres sur cette matiere pour vous satisfaire: mais dans sa lettre il s'excuse disant que ce sujet d'une question curieuse est devenu une controverse du temps, et lui etant devenu un parti n'est pas competent plus pour être un juge. Dans la lettre à l'Evêque de Woster il a écrit avec une politesse de la langue qu'on admire dans un homme si speculatif comme Monsr. Lock et dans une matiere metaphysique. Le livre de l'Evêque de Woster n'est pas moins à estimer pour le style, ou les termes, les paroles et les phrases font aussi bon anglois et sont aussi propres que ceux qu'il auroit employés dans un sermon ou quelque discours declamatoire. Monsr. Lock parle par tout ce livre avec l'estime qu'on doit avoir pour l'homme plus consommé dans toutes les sciences, le plus solide et le plus universel qui est au monde. Outre cela si je ajouterays un des meilleurs evêques, predicateurs et des chretiens pour la pratique, il meritera le titre du chef de la republique des lettres dans la phrase de Monsr. Edwards en sa dedication à l'Evêque de son livre du symbole des Socinianism or the Socinians creed. Il n'y a pas assurement une parole dure contre l'Evêque dans tout le livre de Monsr. Lock. Il me semble de lui parler avec une veneration et non pas une estime civile. Il y en a tant qui veulent trouver une satire gentile et rafinée cachée là dessus. Il me paroit, pour tant que j'en ay leu encore, que l'evêque et lui s'accordent pour la pluspart, en tombant sur les mêmes pensées et qu'ils different plus dans les expressions que dans la chose même. Ce n'est pas merveille, que Monsr. Lock soit plus accoutumé aux termes propres en metaphysique. C'est le sujet qu'il a etudié plus toute sa vie, et les études de l'Evêque se sont etendues sur omne scibile. C'est ce qui fait croire que l'Evêque a fait mal d'attaquer Monsr. Lock sur une matiere qui est quasi son propre art, et qu'il a meditée toute sa vie. L'envie que j'ay pour vous faire part de toutes les opinions ici de ces grands hommes, me fait oublier que je preoccupe vôtre jugement propre, que pourtant j'espere vous me direz à la fin de vôtre propre fond sans souvenir même que les autres ont dit devant vous: car autrement il ne sera pas libre, et une critique naturelle. Vous me pardonnerez si je vous represente encore (devant que j'acheve cette matiere) que Monsr. Lock est connu ici pour un homme qui medite et pense plus à ce qu'il ecrit en philosophie principalement qu'aucun qui ce soit. Il considere et reconsidere, il regarde une idée devant et arriere et au travers (pour ainsi dire) et voit une chose avec toutes les veues qu'elle peut avoir tellement qu'il aura toujours un avantage sur un homme qui ne pense pas autant que lui. Vous me trouverez vôtre ami en vous faisant part de cette specialité de son caractere, non obstant que je sais que vous pensez en philosophe et ne precipitez en vos ouvrages de plume, non obstant de la promptitude de vôtre imagination et la parole, aussi bien que la memoire (si je ne me trompe). Monsr. Lock est à la campagne ces deux mois, où il sera tout cet été apparemment pour jouir la solitude et la liberté de penser autant plus. C'est à un château d'une dame (à ce qu'on me dit) de demi journée de Londres. Il s'appelle Oates. Il a soin entre autres choses de l'education du fils et heretier de cette dame. Il aura lui même environ 60 ans, ayant passé plus de 50 années de sa vie devant qu'il vouloit commencer à se mettre en auteur.