Leibniz an Basnage

Hanover ce 15 de Juin 1708

GerhardtFrench

Voicy la premiere feuille, qui s'etoit egarée, quand je me donnois dernierement l'honneur de vous écrire.

Je n'ay garde de vous estre à charge en vous adressant le Manuscrit par la poste, et j'espere que les derniers papiers vous seront venus francs, comme viendra celuyci, puisque je les avois fait mettre dans le paquet de la Cour.

Monsieur Ancillon m'a témoigné que le libraire étoit content de la condition que je ne puis me dispenser d'exiger, c'est à dire de me faire avoir cent vingt exemplaires francs pour estre mis entre les mains d'un ami que je pourrois nommer pour cela en Hollande. Je suppose, Monsieur, que vous le luy aurés mandé, cependant comme vous ne m'en avés rien dit, je vous supplie de me le confirmer et de me marquer le nom du libraire.

Je ne veux pas aussi (comme j'ay eu l'honneur de vous mander autres fois) que mon nom soit exprimé dans le livre. Je consens qu'on le sache, et je ne pourrois pas même l'empecher, mais je n'aime pas ces parades. Vous aurés aussi la bonté, Monsieur, de n'en point parler aux gens qui ont relation à nostre Cour; comme la philosophie n'est pas à la mode dans les Cours, le meilleur est que nostre Cour soit la derniere à savoir que j'en publie maintenant un ouvrage.

Le livre de M. Wilkins, Eveque de Chester, dont vous parlés, Monsieur, a esté un ouvrage de sa jeunesse. Il n'y avoit pas mis son nom. Je crois d'en avoir la premiere edition. Les philosophes de nostre temps croyent que la nature de l'air ne permet pas que les hommes tels qu'ils sont presentement puissent esperer de faire le voyage de la Lune. Ces voyages ne peuvent estre que comme le Somnium Kepleri ou l'iter Ecstaticum Kircherii.

Au reste je vous dois beaucoup de remercimens du soin que vous prenés de mon discours, et je tacheray de vous en marquer ma reconnoissance, estant avec zele etc.

Hanover ce 15 de Juin 1708.

P.S. En jettant les yeux sur la preface, je trouve qu'au bout de la premiere periode de la seconde feuille, il faut mettre pour le moins au lieu qu'il y a pour le moyen, et j'ose vous supplier, Monsieur, de corriger cet endroit.