Leibniz an Basnage
8/18 Sept. 1696
8/18 Sept. 1696.
Vous aurés receu ma derniere, où j'avois joint des vers sur feu Monsieur Hugens, que je vous envoye de nouveau, parceque j'ay changé quelques mots, par exemple au lieu de Tutus et in mediis navita fertur aquis j'ay mis certus et in etc.1. Car les longitudes qu'on peut connoitre en quelque facon par les pendules ne garantissent point le vaisseau des dangers de toute sorte, mais le rendent au moins plus certain de sa route.
Mons. Dartis depuis quelque temps ne continue point son Journal, mais en echange M. Chauvin pousse le sien à Berlin. On imprime quelque chose en Italie sous le titre de Galleria di Minerva, qui a l'air d'un Journal. Mons. l'Abbé Fardella, professeur à Padoue, m'en envoye un échantillon, où l'on fait rapport d'un livre qu'il prepare pour nous expliquer
la Philosophie de S. Augustin dans son livre de quantitate ...... et autres ouvrages. Il pretend que ce pere a mieux rencontré que la pluspart des philosophes. Et en effect il a puisé du Platonisme le meilleur et de plus convenable à nôtre religion. Cet habile Abbé qui est Professeur de Mathematiques, y mettra beaucoup du sien, et comme en passant autresfois à Venise je luy avois fait connoitre quelque chose de mes nouvelles hypotheses de philosophie autant que l'occasion le pouvoit permettre, il l'entendit avec beaucoup d'applaudissemens, et a marqué depuis d'en avoir fait grand usage, et de vouloir pousser plus avant ces meditations. Je suis avec zele etc.
Quantumcunque decus dederit doctrina Batavis,
Hactenus Hugenio non habuere parem.
Sint Patri et Fratri, Guilielmi ingentia fata
Resque hominum curae, sidera noster habet.
Ejus ad adventum supremo cedit ab orbe,
Et Iove contentum se Galilaeus ait.
Mox sua Saturnus tradit pater aurea regna,
Munereque Hugenii se videt esse novum.
Dum radiis, prius ignotis, micat annulus ingens
Inque ministerium stella novella venit,
Se gratum autori cupiens praestare vicissim
Cuncta sub orbe suo tempora clausa dedit,
Nam Cronon et Graji Saturnum nomine dicunt
Omnia quod curva tempora falce metit.
Machina jam longi moderatrix prodiit aevi,
Quae jubet astrictos legibus ire deos.
Et nunc aligeras nova sub juga mittimus horas,
Certus et in mediis navita fertur aquis.
Sol quoque miratus spatia intercedere discit
A medio ad medium non satis aequa diem.
Cernite mortales, quo vestra potentia surgat!
Possumus aetheriis jam dare jura polis.
- 1Die Verse Leibnizens auf Hugens lauten vollständig so: