Basnage an Leibniz

Ce 12 de Sept. 1695

GerhardtFrench

Ce 12 de Sept. 1695.

Je vous dois reponse il y a longtemps, Monsieur, et je ne vous l'aurois point fait tant attendre, si je n'avois eu dessein de vous rendre compte du principal article de vôtre lettre qui regarde le recueil des traittez etc. Mais dans le temps que j'entrois en negociation avec les libraires qui y sont interessez, le bombardement de Bruxelles a suspendu leur entreprise. M. Frix qui est l'un des 4 qui entreprennent cet ouvrage, a été enveloppé dans le malheur de cette ville et a fait de grosses pertes. On crût donc qu'il ne penseroit plus au recueil des traittez dont les avances sont assez considerables. Depuis il a ecrit que sa perte n'est pas aussi grosse qu'il avoit crû dans l'epouvantement où l'on etoit d'abord. Ainsi on va bientost commencer l'impression. C'est M. Bernard qui a la direction de l'ouvrage. Il aura sans doute beaucoup d'egards pour tout ce que vous souhaiterez en cas que vous consentiez à fournir ce que vous avez entre les mains. Je leur en ai parlé de vôtre part, et ils m'ont temoigné l'extrême obligation qu'ils vous auront. Ils consentent non seulement que l'on apprenne au Public dans une preface, combien vous aurez contribué à enrichir leur recueil, mais encore que l'on mette vôtre nom à la marge de chaque piece qui sera venue de vous ou tirée de vôtre Codex. Pour vôtre preface, on la conservera autant qu'il sera possible, car comme on suivra l'ordre chronologique dans l'arrangement et dans la disposition des pieces, elle ne conviendroit point à tout l'ouvrage, parcequ'elle est faite precisément pour le volume que vous avez publié. Si vous exigez d'autres conditions, c'est à vous à vous en expliquer, et je pourrai vous repondre plus precisément, car on va y penser tout de bon.

J'ai eté fort affligé aussi bien que vous de la mort de M. Huygens. Il a langui long temps. Il s'estoit epuisé par une application trop assidue au travail et à la meditation. On n'avoit encore imprimé que la premiere feuille de son Cosmotheoros: ce sont ses conjectures sur les Planetes habitables. On le continuera. Il a legué ses manuscripts à l'université de Leyden, sous cette condition que M. de Volders, Prof. en Philosophie, choisira ceux qu'il jugera assez achevez pour les donner au Public. Vous m'auriez fait plaisir de m'envoyer une copie de ce que vous avez envoyé pour lui à Mrs. de Leipsick, car j'ai été obligé de parler de lui dans le quartier du mois d'aoust.