Basnage an Leibniz

De la Haye ce 4 de Juillet 1693

GerhardtFrench

Vos Animadversions sur les principes de Descartes ne sont point perdues; je les conserve soigneusement. Selon vos souhaits M. Huguens les a examinées, et je croi qu'il vous en a ecrit ses sentiments. M. Bayle les a gardées assez long temps, et me les a renvoyées sans me rien dire; cela m'avoit fait juger qu'il vous avoit adressé ses remarques à vous mesmes. J'irai dans quelques jours à Rotterdam, et vous rendrai compte du jugement qu'il en a porté. Si vous le suhaittez, j'en parlerai à M. le Clerc, qui est bon juge sur la matiere, comme vous l'avez remarqué par les traittez que vous me dites avoir vûs de lui. Nous n'avons point vû vostre Codex Juris Gentium. Je n'en connois que le titre qui a eté envoyé ici par M. Cold. J'ai envie de voir, si vostre plan convient en quelque chose avec celui de Paris. Je puis le confronter avec ce recueil de Paris, dont j'ai un exemplaire. Il y a 6 vol. in 4o. Quelques uns de nos libraires ont pensé à le reimprimer; mais comme il en est entré ici un assez bon nombre de l'edition de Paris, je croi que cela les refroidira un peu. Je n'ai pas oui dire qu'ils eussent entrepris de grossir ce recueil, ni d'y rien adjouter. Ainsi vous pouvez prendre vos mesures sur celui de Paris; et si j'apprends que l'on fasse autre chose, je vous en advertirai. Nesselius avoit fait un projet pareil, et je ne sçai s'il l'a executé. Il me semble que le vostre est plus etendu et plus ample. Ainsi je ne croi pas que vous soyez dispensé d'y inserer ce qui sera dans les autres; car voulant former un corps entier et complet de tous les actes publics, il sera bon qu'ils y soient tous compris et de ne pas renvoyer le lecteur ailleurs. Au contraire il est bon que l'on trouve dans le vostre tout ce qui se trouve ailleurs, et que l'on ne trouve pas dans les autres tout ce qui se trouvera dans le vostre. Cela en fera la difference.

L'affaire de M. du Pin est terminée. On l'a obligé à donner des retractations assez considerables; et cependant l'Archevesque de Paris a condamné la Nouvelle Bibliotheque des Auteurs Eccles. de M. du Pin, comme contenant plusieurs propositions fausses, temeraires, scandaleuses, et le Parlement a defendu de lire, ni d'imprimer ce livre, et en joint à ceux qui en ont des exemplaires de les apporter au Greffe pour estre supprimez. On croit que le Nonce a bonne part à cette condamnation, parceque M. du Pin n'a pas trop epargné le Pape. Le P. Harduin fait reimprimer à Paris son livre de nummis Herodiadum, qui fut supprimé presqu'aussitost qu'il eut vû le jour. Cela a fait bien du bruit parmi les sçavants, bien qu'il ne se fust pas ouvert tout à fait. M. du Rondel, Professeur à Mastrich, vient de publier une dissertation assez curieuse de Vita et Moribus Epicuri. Je m'imagine que vous avez lû le livre de M. Burnet Archaeologiae, où il y a des choses bien hardies contre le système de Moyse. Personne ne s'etoit encore expliqué là dessus avec tant de liberté. Il vient de sortir de dessous la presse 2 vol. in 4o de M. Benoist, qui ecrit l'Histoire de l'Edit de Nantes. Il a commencé à la naissance de la Reformation, et vient jusqu'à nostre temps. Cela remplira 4 volumes. Le 1r que j'ai lû, va jusqu'à 1610. Le premier volume de la bible de M. le Clerc, qui contient la Genese, commence à paroistre. On a fait ici quelque bruit sur le livre d'un Ministre de l'Eglise Anglicane qui traitte de Religione naturali, imprimé ici in 8o. En effet il s'eloigne un peu de l'hypothese ordinaire des Theologiens. Vous sçavez sans doute qu'on a publié en Angleterre une critique de l'histoire de la Reformation de M. Burnet, Ev. de Salisbury, qui soupçonne M. Warthon d'en estre l'auteur. M. l'Ev. de Salisbury y a repondu par une lettre tres courte et tres succincte. C'est là tout ce qui se passe dans ce petit canton de la Republique des lettres. Continuez, je vous en supplie, à m'honorer de vos lettres, et soyez persuadé que je suis etc.

De la Haye ce 4 de Juillet 1693.

S'il y avoit quelques lettres où les matieres fussent un peu etendues dans vostre commerce de lettres avec le Prince Ernest, vous ne devez pas en priver le Public.