Basnage an Leibniz

GerhardtFrench

.........................Voici la reponse de M. Bayle au memoire que je lui ai communiqué de vostre part.

»La difficulté que M de Leibnits a formée contre le systême des Carthesiens sur l'essence de la matiere, m'a paru belle, et digne d'un esprit aussi fort et aussi mathematicien que le sien. Je ne suis pourtant point convaincu qu'il faille mettre l'essence du corps dans un attribut different de l'etendue: parceque tout autre attribut me paroistroit aussi mal aisé à accorder avec la resistance que font les corps les uns aux autres, que l'etendue; car je ne sçaurois comprendre qu'un corps puisse avoir en lui mesme et comme une chose interne ou intrinseque, un effort pour demeurer en un certain lieu. Cet effort doit donc proceder d'un principe exterieur au corps, et cela etant un corps qui n'aura pour son essence que l'etendue pourra resister tant qu'on voudra, pourvû que ce principe externe agisse en lui. Mais comme le dessein que j'avois de faire soutenir une these de natura extensionis, sera d'autant plûtost executé, que le memoire de M. Leibnits m'excite à examiner cette question, j'espere lui envoier mes petites reflexions sur sa difficulté, plus amples et plus etendues dans quelque temps.«

Vous ne vous estes point souvenu de m'envoier des extraits des lettres que vous avez reçues d'Italie sur les problèmes dont vous avez donné la solution. Il y a ici bon nombre de gens curieux qui verroient avec plaisir vos decouvertes. Je n'ai jamais vû vostre livre de Jure suprematus et legationis Principum Germaniae. Je le lirai si je puis l'attraper. Assurement que M. Pelisson vous a tres peu menagé, et que vos lettres ne doivent point estre ainsi produites sans vostre consentement. M. Papin a fait la mesme chose à l'egard de M. l'Evesque de Salysbury et de M. Brunsenius, qui ont grand sujet de se plaindre de son infidelité. Cela a obligé M. l'Ev. de Salysbury à faire inserer une reponse contre les mauvaises impressions que pourroient faire ces lettres, dans la Reponse que vient de produire M. Abbadie à l'Advis aux Refugiez. Mais il me semble qu'il valoit mieux laisser eteindre cela par le silence, que d'y faire faire attention en faisant de l'eclat. Ce nouveau livre de M. Abbadie est intitulé Defense de la Nation Britannique etc. Presque tout roule sur la revolution d'Angleterre dont il fait l'apologie. On en dit beaucoup de bien et un peu de mal. M. Burnet (ce n'est pas l'Evesque, c'est l'auteur de la Theoria telluris sacrae) a fait un livre qui fait bien du bruit sous le titre de Archaeologiae. Il y tourne en ridicule les premiers chapitres de la Genese, et traitte ouvertement l'histoire de tentation, d'invention poëtique. On a publié depuis peu des memoires pour la vie du dernier Prince de Condé. C'est un simple recueil de pieces: il n'y a presque rien de nouveau. Vous avez vû sans doute le Petrone entier, et dont l'on a rempli les lacunes sur un manuscript trouvé à Belgrade. C'est de quoi exercer les Critiques: on doute de la verité du fait. M. Gronovius a produit depuis quelque temps Ciceron en X volumes in 12o avec les Notes de Gruterus et les siennes. Dans sa preface il maltraitte furieusement le P. Hardouin. Dans peu de jours nous aurons son Ammien Marcellin. Le livre que vient de produire M. Limboorg, Professeur chez les Arminiens, merite bien d'estre placé dans la bibliotheque qui est sous votre direction. C'est un in folio sous ce titre: Historia inquisitionis, cui subjungitur liber sententiarum inquisitionis Tholosanae ab anno Christi 1308 ad annum 1323. J'ai pris une part toute particuliere à la joye publique, de voir l'Electorat dans l'illustre maison de Brunswick. Les vertus de Mgr. le Duc et de Me. la Duchesse d'Hanover meritoient une dignité qui les egale aux testes couronnées. Soyez persuadé que je suis etc.1

  1. 1Ohne Datum.