Leibniz an Basnage
J'ay appris de Mons. Robeton1, Secretaire de Mons. l'Envoyé extraordinaire de Zell, combien les sentimens que vous luy aviés temoignés à mon egard m'estoient favorables. Cela m'a engagé à vous en remercier et à vous communiquer en même temps la Relation pour les Actes de Leipzig, qui contient la substance d'une petite contestation entre Mons. Pelisson et moy, publiée à Paris par son ordre, sous le nom de Quatrieme partie des Reflexions sur les differends de la Religion. Cependant j'ay appris de Paris, que dans la seconde edition de ce livre que je n'ay pas encor vûe (car la premiere n'a esté que de peu d'exemplaires in quarto et en petit caractere, pour pouvoir estre envoyée ailleurs par la poste) il y a des extraits des lettres que nous avons echangées depuis, et de plus que mon nom y paroist jusques sur le titre. J'ay écrit à Mons. Pelisson, que si je l'avois prevû, je l'aurois supplié de laisser mon nom à l'écart et dans sa premiere obscurité, d'autant plus que toutes ces choses n'avoient pas esté faites pour estre imprimées et que l'honneur extraordinaire que je reçois en me voyant nommé avantageusement dans cet excellent ouvrage, est balancé par l'inégalité de ce qu'il y a de moy avec ce qui y est de M. Pellisson, laquelle releve mes imperfections par les perfections et grands talens que M. Pellisson
fait paroistre par tout. En un mot, j'eusse souhaité et souhaitte encor, qu'on n'eût parlé que des Quatriemes Reflexions de Mons. Pellisson et qu'on m'y eust laissé tout au plus en anonyme.
Mons. du Cros qui a esté maltraité dans les Memoires de Mons. Temple, m'a communiqué la lettre qu'il a écrite à Mons. le Comte de Devonshire pour s'en plaindre, et pour demander satisfaction, puis qu'autrement il sera obligé de publier des remarques sur ces Memoires, où il écrira des choses à l'egard des intrigues de la Cour d'Angleterre dans le temps des traités de Nimwegue, qui ne plairont pas à ceux qui y ont esté interessés. Et il me mande qu'il travaille déja effectivement à ces remarques, il adjoute encor qu'il estoit envoyé de Monsgr. le Duc de Holstein-Gottorp aupres du Roy de la Gr. Br., cependant Mons. Temple l'appelle une Espece d'Agent de Suede. Il est vray que les interests de son Maistre et ceux de la Suede estoient mêlés. Ce qu'il y a de plus considerable, est qu'il soûtient que les derniers ordres du Roy Charles II que M. du Cros porta à Mons. Temple et qui changèrent la face des choses, ne furent point un effect des menées de la Duchesse de Portsmouth et de Mons. Barillon, comme Mons. Temple a crû. Le public sera bien aise sans doute d'estre instruit à fonds de ces matieres, d'autant plus qu'il n'est pas possible qu'un seul ministre en sçache tout, et par consequent il est bon, que plusieurs écrivent sur les mêmes evenemens. Et cela sera d'autant plus utile, que depuis long temps on n'a presque point vû de livre sur les affaires dont l'auteur paroisse instruit. Autresfois les Lisolas, les Verjus et quelques autres de cette force écrivoient sur les affaires du temps, maintenant (si on excepte Mons. Temple et un tres petit nombre de bonnes pieces) il semble que les boutiques ne sont pleines que des productions des politiques de cabaret qui raisonnent sur la gazette.
Au reste comme vous estes le mieux informé du monde des affaires de la Republique des lettres (qui valent bien quelques fois celles de l'Estat souvent plus rebutantes qu'on ne pense) vous m'obligerés en me faisant part quelques unes de vos connoissances tant anecdotes qu'autres, car vous pouvés passer pour un des principaux Secretaires d'Estat de cette Republique, où la reputation de vostre grand merite est si bien établie. Si des libraires de Hollande de vostre connoissance me vouloient communiquer de temps en temps les titres des livres nouveaux avec la grandeur et le dernier prix (car ces deux circonstances sont necessaires) je prendrois
des mesures pour en faire souvent venir. Et si ces Messieurs veuillent estre raisonnables, on y sera d'autant plus porté.
Si vous me voulés honnorer de vos ordres, ou si quelque autre sur vostre semonce me veut communiquer quelque chose, je vous supplie, que l'adresse soit mise ainsi:
A Monsieur
Monsieur de Leibniz Conseiller de Bronsvic-Lunebourg,
par la faveur de Mons. le Conseiller Germers
à Wolfenbutel.
Et de cette maniere vous n'aurés qu'à faire envoyer cela Mons. van der Heck, Agent de Bronsvic-Lunebourg qui se trouve à la Haye, à fin qu'il l'envoye dans le pacquet de Wolfenbuttel. Je suis etc.2.
- 1In einem Billet an Mons. Robeton, Janvier 1692, schreibt Leibniz: Je vous repete mes complimens pour M. Justel à Londres et pour M. de Beauval à la Haye. Je ne suis pas connu du dernier. Cependant il nous fera peutestre le plaisir de ne point nommer le lieu ny les personnes, d'où estoient venues les objections faites à M. Pelisson, car elles n'avoient pas esté faites pour estre imprimées. Ce n'est pas qu'on se plaigne de l'impression ny qu'on trouve rien à retracter, quoyqu'on croye que ceux qui les ont receues, en ont jugé trop favorablement, mais c'est qu'on n'aime pas trop de faire du bruit sur ces matieres.
- 2Ohne Datum, jedenfalls aber in der ersten Hälfte des Jahres 1692 geschrieben.