Leibniz an Hugony
J’apprends1 avec joye que vous estes en bonne santé à Paris. J’en donneray des nouvelles à M. de la Crose. Il y avoit des choses dans vos lettres de Catalogne, qui auroient pû me faire du tort, cela m’empecha de continuer ce commerce. Cependant j’avois communiqué à quelques amis seurs à Berlin quelque chose d’une autre nature, qu’il y avoit, ne pouvant faire mieux. Je me souviens, Monsieur, que vous me parlâtes d’un ami, qui travailloit à la nouvelle Edition de Moreri. Elle paroist à present, comme j’apprends, quoyque je ne l’aye pas encor vue. Je ne me souviens plus du nom de cet ami, qui estoit un savant religieux, si je ne me trompe. Moreri sera enfin porté à quelque perfection apres de tels travaux.
Pour donner des eclaircissemens sur les Monades, j’aurois besoin qu’on me fit des difficultés là dessus, pour ne point parler en air, et dire tout autre chose que ce qu’on demande. Vous me parlés, Monsieur, d’une lettre de Monsieur Remond: mais je ne l’ay pas encor receue. Je n’ay rien appris du livre de Monsieur son frere, qu’il m’envoye. Je seray ravi de mieux connoitre M. l’Abbé Fraguier. La pluspart de propositions tirées du livre du P. Quenel, me paroissent susceptibles d’un bon sens. Il y en a une infinité de semblables dans les Peres et quelques unes même peutetre dans la sainte écriture. Pour toute explication les 40 prelats pourront dire, qu’ils les ont defendues in sensu qui creditur Quenellianus.2
Je seray ravi d’apprendre quelque detail des savans modernes de Paris; il y a pres de 40 ans que j’ay quitté cette grande ville qui doit etre bien changée depuis encor en matiere de literature. Je voudrois apprendre de temps en temps ce qui passe dans l’Academie des sciences, dont quelques amis qui en sont ne parlent qu’avec un peu trop de reserve. Ainsi comme vous avés la bonté, Monsieur, de m’offrir votre assistance pour ce que je souhaiterois de Paris, je vous supplie d’y penser. Quoyque je soye en quelque façon au service de l’Empereur comme du Conseil Imperial Aulique (où encor d’autres protestans ont place), je n’ay pourtant pas quitté le service de la Maison de Bronsvic.3