Leibniz an Remond. Aux Eaux de Pirmont ce 15 d'Aout 1716
Aux Eaux de Pirmont, à la Cour du Roy de la Grande
Bretagne ce 15 d’Aout 1716.
Je prends la liberté de vous recommander M. Nemitsch, qui a eté à Paris il n’y a pas long temps, et qui y retourne maintenant avec un jeune Comte de Waldeck, dont il est Gouverneur. Je vous supplie, Monsieur, de luy etre favorable, aussi bien qu’à ce jeune Seigneur, frere du Comte Regent. Vos genereuses bontés pour moy et pour des etrangers, sont si seures que je me flatte de votre permission.
Monsieur Nemitsch ayant eu l’avantage d’avoir eté connu à son premier voyage de M. Huet, ancien Eveque d’Avranches, et de M. l’Abbé Baluze, il pourra me procurer le sentiment de ces deux grands Hommes sur mon petit Ouvrage de Origine Francorum, sur les objections du R. P. de Tournemine, et sur ma reponse, que j’espere que ce Reverend Pere aura fait mettre dans les Memoires de Trevoux, aussi bien que ses objections qui s’y trouvent. Car c’est sur le jugement des personnes d’un merite si eminent qu’on peut faire fond.
Ainsi je vous supplie, Monsieur, de communiquer à M. Nemitsch mon petit Traité Latin imprimé, que j’avois pris la liberté de vous envoyer avec quelques corrections, pour en faire part à ces deux Messieurs, et pour les supplier de ma part, de peser des raisons de part et d’autre, et de dire ce qui leur paroit le plus vraisemblable. Je souhaite pour l’amour du Public et pour l’honneur non seulement de la France, mais encore du siecle, qu’on puisse encore jouir de ces excellens hommes aussi long temps qu’il sera possible. Il paroit qu’ils sont tous deux amis du R. P. de Tournemine, l’un demeurant chez les RR. PP. Jesuites, l’autre ayant adressé quelque chose depuis peu à ce Pere, mais je n’en compte pas moins sur leur equité, et je compte même sur celle de cet illustre Jesuite, à qui M. l’Abbé de S. Pierre aura fait rendre apparemment ma Reponse, que j’ay pris la liberté, Monsieur, de vous envoyer; et je m’imagine qu’elle aura déja paru ou paroitra bientost dans les Memoires de Trevoux.
J’espere aussi que M. de Montmort aura receu ma reponse, et je seray ravi de continuer de profiter de ses communications instructives. Je seray bien aise de voir un jour aussi ce qu’il aura écrit à M. Brook Taylor, Anglois. M. Clarke, ou plutost M. Newton, dont M. Clarke soutient les dogmes, est en dispute avec moy sur la Philosophie; nous avons déja echangé plusieurs Ecrits, et Madame la Princesse de Galles a la bonté de souffrir que cela passe par ses mains. Le Roy m’a fait la grace de dire icy, que l’Abbé Conti viendra un jour en Allemagne, pour me convertir. Il faut voir. Je suis avec zèle etc.