Bayle an Leibniz
A Rotterdam le 5 Octobr. 1701
Il m'est absolument impossible de vous envoier la copie de mes observations sur le memoire que vous envoiates à Mr de Bauval, et que ie souhaitai qu'il inserat dans son journal; car comme ie n'ai point de copiste, ie donne aux imprimeurs ce qui ie compose et sans l'avoir meme mis au net; ils impriment sur l'original quelque nature qu'il soit et puis quand la correction des epreuves est faite, ils dechirent ou jettent au feu cet original. Il y auroit un remede à cela, Monsieur, qui seroit de vous envoier imprimées les pages où sont contenues mes observations, mais cela ne serviroit de rien pour le principal usage que j'en pourrois tirer et le public aussi par mon dictionnaire, car avant que ces pages fussent entre vos mains, les imprimeurs auront achevé et pour le plutard ils acheveront avant que j'eusse pu recevoir votre reponse. Ils travaillent deja à la colle des matieres, et le libraire les presse d'achever, afin d'eviter la dificulté qu'il y a de faire secher les feuilles pendant l'hiver qui commence ici des le mois de novembre.
Je suis tres faché, Monsieur, de n'avoir pas seu plutot ce que votre derniere lettre m'a apprit; i'aurois eu par ce moien l'avantage d'enrichir mes additions de vos savantes et incomparables reflexions. Le public n'y perdra rien, car vous aurez bien tot l'occasion de les envoier à Mr. de Bauval pour etre inserées dans son histoire des ouvrages des savans.
Je vous suis infiniment obligé, Monsieur, de vos bons souhaits; c'est pour les grands hommes comme vous qu'il les faut faire, et personne ne les fait avec plus d'ardeur que moi qui suis avec la plus grande admiration du monde etc.
A Rotterdam
le 5 d'Octbr. 1701.