Jaquelot an Leibniz. Du 6. 7bre 1704 Bd. VI

GerhardtFrench

Il y a long tems, Monsieur, que je vous attends inutilement, la patience m'echappe, il faut vous demander raison de votre manquement de parole. Je me suis informé de votre santé à ceux qui pouvoient m'en apprendre des nouvelles qui m'ont dit que vous vous portiez bien, ce qui me rejouit fort. Pour moi, je suis un peu mieux que je n'ai esté ci-devant, quoique je me suis appliqué cet hyver à faire une Reponse à M. Bayle que j'achevai il y a 25 jours. J'ai dessein de faire cet esté un voyage en Hollande, où je la ferai imprimer. N'avez vous point travaillé à mettre vos pensées sur ce sujet en ordre, comme vous en aviez dessein, lorsque vous me fistes l'honneur de m'écrire? Celui qui vous a fait un deffi d'y repondre est un herault de M. B. Ils se sont donnés l'un à l'autre de l'encens avec profusion. Vous avez vu sans doute l'impertinent extrait qu'il donna de mon livre; on m'écrit de la Haie que celui qu'il a fait de la Reponse de son Ami est encore pis en ce qui me regarde et que tout le monde en est choqué. On me conseille de le mépriser; lorsque je l'aurai lu, je prendrai ma resolution, mais il en sera quitte tout au plus pour un coup de fouet en passant. Je serois ravi de passer par Hanover, mais je crains de n'estre pas maitre de la route. Ne viendrez vous point ici, Monsieur, avant la pentecoste, afin que je puisse avoir la joie de vous y voir avant mon depart? Que sont devenues vos reflexions sur le livre de M. Lock de l'entendement? Au reste je ne sçaurois gouter votre systême qui est imprimé dans les Ouvrages des Sçavans: c'est, à mon avis, multiplier les Estres sans necessité et à travers mille difficultez. Je suis toujours etc.

Du 4 Avril 1706.

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