Leibniz an Jaquelot
Je vous l'ay déja dit, Monsieur, je seray ravi, que les auteurs des causes occasionnelles sont du même avis que moy. Nous convenons que le corps et l'ame se repondent, quoyqu'ils ne le croyent peutestre pas si generalement que moy. Mais la difference est que les choses chez eux se font par miracle en tant que Dieu accommode tousjours l'ame au corps, et le corps à l'ame. Au lieu que chez moy tout ce qui se fait ordinairement dans l'univers est naturel et arrive comme une suite de la nature des choses, de sorte que l'une de ces substances s'accommode à l'autre par sa propre nature. Dieu selon les occasionnelles en voulant que le corps suive la volonté de l'ame est obligé de violer les loix de la nature corporelle à tous momens et changer la direction du cours des esprits animaux: et moy je crois que le monde corporel est fait si artistement qu'en vertu de ses propres loix, le corps repond à ce que l'ame demande; et qu'il en est de même à l'egard de l'ame, qui est naturellement representative du corps. Le monde corporel est semblable à une machine qui joue des airs de musique, tout comme si un habile homme la touchoit.
Vous ne dites point, Monsieur, en quoy mon systeme detruit le franc arbitre, car tout se faisant dans l'ame suivant sa nature, les actions volontaires s'y font librement, quoyque celui qui sait tout sache comment elles se feront et y accommode les corps par avance. Ainsi ces actions libres repondent aux loix des corps, parce que les corps y sont preparés. Et quoyque les actions presentes de l'ame soyent une suite naturelle et certaine de son estat precedent, elles n'en sont pas une suite necessaire. C'est comme la connoissance du plus grand bien le fait choisir, en inclinant l'ame et non pas en la necessitant.
Vorstehendes, das auf der Rückseite des vorhergehenden Briefes von Jaquelot geschrieben ist und weder Ort noch Datum hat, enthält mit dem Folgenden, überschrieben: Extrait de ma lettre à M. Jaquelot, ebenfalls ohne Ort und Datum, die Antwort Leibnizens.
Puisque vous avés dit un mot au Roy de ce que j'avois écrit sur ceux qui sous pretexte des preliminaires de la paix renouvellent les anciennes querelles, et que vous desirés, Monsieur, que je vous en marque quelque particularité, sa Mte. estant porté à leur imposer silence, je vous diray que c'est maintenant une faute regnante dans quantité de petits écrits, dont quelques uns sont anonymes et dont j'aime mieux de parler que des auteurs parce que je ne voudrois point faire du tort aux personnes. Par exemple un auteur qui paroist estre du pays de Saxe a fait imprimer un discours Allemand sous le titre de Requeste au Roy de Prusse (allerunterthanigste adresse) comme au nom des gens de sa religion. Un Reformé qui paroist estre sujet du Roy y repond. L'un et autre écrit ne convient point au bon dessein de sa Mte, mais je ne vous parleray que du dernier comme qui doit estre sousmis aux ordres du Roy. Cet auteur insulte aux adversaires avec beaucoup de hauteur, il pretend de faire voir les violences et les calomnies des Lutheriens du temps passé et semble vouloir donner à entendre que les Reformés sont en état de les maltraiter à leur tour. Qui ne doute que cela ne doive aigrir les esprits et ne puisse attirer des violentes repliques; car comme il y a de l'homme et de la foiblesse par tout, les autres trouveront aussi facilement de quoy faire les recriminations. C'est comme si dans une conference d'accommodement on s'amusoit à se faire des reproches et à renouveller toutes les injures que l'on s'est dites sous pretexte qu'il faut examiner lequel est autor Rixae et a le plus de tort. Pour venir à l'accommodement le meilleur est de ne point parler du passé, ny l'un ny l'autre parti n'y trouvera point son compte. Et il seroit bon de defendre tous ces libelles outrageans, et qu'on confisquât les livres anonymes imprimés sans censure sur cette matiere. De meilleur seroit que les particuliers, sans troubler le public, laissassent travailler doucement l'autorité souveraine à preparer les choses pour un dessein que Dieu benira, et qui ne peut manquer, si l'on s'y prend comme il faut.