Leibniz an Jaquelot
La reponse que j'ay fait à la premiere lettre que vous m'avés fait l'honneur de m'écrire au sujet de la nature du corps, estant bien considerée suffit pour repondre à toutes les difficultés de la seconde. Je ne voy pas même que vous en fassiés. Tout revient à dire: Je ne conçois pas cela; Davus sum, non Oedipus. Cela est bien mysterieux. Je vous demande ce que c'est que cette matiere, cette substance. C'est renouveller Aristote. Vous devés estre fort embarassé, ce ne sont que des paroles. Avec cela vous faites 100 demandes, Monsieur, dont je vois nul sujet. Comme par exemple, si je conçois quelque milieu entre le repos et le mouvement, si la force primitive agit ad lubitum etc. Et vous touchés tant de choses, mais en sautillant, qu'il faudroit un livre pour les debarasser, et une infinité de lettres avantque de s'entendre. Et les manieres osteroient le plaisir qui pourroit faire prendre la peine de donner des eclaircissemens; à mon avis il n'y a rien du tout qui embarasse, et il n'y a que la mauvaise coustume d'une philosophie superficielle, dont bien des modernes sont imbus, qui fait qu'on ne cherche qu'imagination, et qu'on ne veut point entendre raison.
Pour conferer donc avec quelque esperance du fruit, je ne vois point de meilleur moyen, que celuy de revenir à la Logique d'Aristote, de choisir quelque these prise de ma lettre ou de mes écrits, et de la combattre par quelque argument en bonne forme. Cela retranche les airs choquans, les diversions, les repetitions, la confusion.
Vous conclués, Monsieur, par dire, que le systeme d'un Dieu qui imprime à la matiere le mouvement, qui produit les effects que nous voyons, vous paroist meilleur. Cela marque qu'on ne s'entend gueres. Car je conviens de ce systeme, mais je crois qu'en le developpant, on tombera dans le mien, pourveu qu'on suppose que Dieu n'agit pas tousjours miraculeusement, comme le conçoivent les occasionnalistes, mais d'une maniere conforme à la nature des choses.
Je suis avec zele etc.1.
P.S. Je ne sors pas encor, autrement je vous rapporterois moy même, Monsieur, votre Ecrit latin, que je renvoye maintenant, en vous remerciant. Et je crois que cela bien entendu peut suffire pour la tolerance, c'est à dire pour faire cesser les condemnations.
- 1Ohne Datum.