Leibniz an den Landgrafen von Hessen-Rheinfels
Je supplie V. A. de demander à M. Arnauld comme d'elle même, s'il croit veritablement qu'il y a un si grand mal de dire que chaque chose (soit espece, soit individu ou personne) a une certaine notion parfaite, qui comprend tout ce qu'on en peut enoncer veritablement, selon la quelle notion Dieu (qui conçoit tout en perfection) conçoit la dite chose. Et si M. A. croit de bonne foy qu'un homme qui seroit dans ce sentiment ne pourroit estre souffert dans l'Eglise Catholique, quand même il desavoueroit sincerement la consequence pretendue de la fatalité. Et V. A. pourra demander, comment cela s'accorde avec ce que M. A. avoit écrit autresfois, qu'on ne feroit point de peine à un homme dans l'Eglise pour ces sortes d'opinions, et si ce n'est pas rebuter les gens par une rigueur inutile et hors de saison, que de condamner si aisement toute sorte de sentimens qui n'ont rien de commun avec la foy.
Peut on nier que chaque chose (soit genre, espece ou individu) a une notion accomplie, selon la quelle Dieu la conçoit, qui conçoit tout parfaitement, c'est à dire une notion qui enferme ou comprend tout ce qu'on peut dire de la chose: et peut on nier que Dieu peut former une telle notion individuelle d'Adam ou d'Alexandre, qui comprend tous les attributs, affections, accidens, et generalement tous les predicats de ce sujet. Enfin si S. Thomas a pû soutenir que toute intelligence separée differe specifiquement de toute autre, quel mal y aurat-il d'en dire autant de toute personne, et de concevoir les individus comme les dernieres especes, pourveu que l'espece soit prise non pas physiquement, mais metaphysiquement ou mathematiquement. Car dans la physique, quand une chose engendre son semblable, on dit qu'ils sont d'une même espece, mais dans la metaphysique ou dans la geometrie specie differre dicere possumus quaecunque differentiam habent in notione in se explicabili consistentem, ut duae Ellipses, quarum una habet duos axes majorem et minorem in ratione dupla, altera in tripla. At vero duae Ellipses, quae non ratione axium adeoque nullo discrimine in se explicabili, sed sola magnitudine seu comparatione differunt, specificam differentiam non habent. Sciendum est tamen Entia completa sola magnitudine differre non posse.
- 1Ohne Datum.