Leibniz an Nicaise
A Hannover le 13/23 Juillet 1695
Hanover ce 1/11 Octobre 16941.
Je n'ay pas manqué, Monsieur, d'envoyer votre lettre à Mons. de Spanheim. Si je reçois quelque chose de luy pour vous, je ne manqueray pas de le vous envoyer.
Si vous parlez un jour au P. Noris du calendrier Gregorien et de ceux qui ont cru qu'il y falloit retoucher, non pas pour le reformer, mais pour l'expliquer, n'allez point luy dire que je prétends donner quelque chose là-dessus, comme il semble que vous l'avez pris. Cela n'est nullement mon dessein, et n'estant pas de votre parti j'aurois fort mauvaise grâce de m'y ingérer. Mais je vous ay mandé seulement que dans Rome même on a cru que cela se pouvoit, et que François Levera en a fait imprimer un livre à Rome, d'où il s'ensuit que la chose pourroit se faire sans donner aucune atteinte à l'autorité du pape, et pourroit estre menagée en sorte avec l'entremise des puissances qu'encor des protestants s'en pourroient accommoder.
Si on pouvoit avoir ce que M. Ouvrard a fait imprimer autrefois sur ce sujet, j'en serois bien aise. Je m'étonne que feu M. le Cardinal Slusio a rebuté d'abord la pensée de M. Ouvrard. Il faut qu'il ne se soit point souvenu de Levera. J'ay parlé à feu M. Ouvrard, quand j'étois à Paris; il faudroit tâcher de conserver ses travaux sur la musique. Je suis bien fâche aussi de la perte de M. l'Abbé Berthet, qui avoit assurement d'excellentes choses sur la musique. Si vous avez quelqu'un auprès de M. le Cardinal de Bouillon, la chose vaut bien la peine qu'on s'informe où ses écrits sont passés.
Ne peut-on avoir des particularités de la mort de M. Arnaud, et si la grande collection des oeuvres de plusieurs auteurs de son parti paroistra encor?
Il me semble que M. Lantin, outre son Histoire des plaisirs, veut encor nous donner quelques pensées importantes sur les nombres: il en a sur toutes sortes de matières. Je vous supplie de luy faire mes baisemains dans l'occasion, aussi bien qu'à M. l'Abbé Boisot, à qui j'ay bien de l'obligation des liberalités qu'il offre de me faire. Je n'ay aucune des trois pièces dont il parle. Ainsi je seray ravi de les obtenir. La voye la plus seure seroit peutestre de les envoyer à Bâle (qui n'est pas loin de la Franche-Comté) à M. Bernoulli, professeur de mathematiques, qui est de mes amis. Car M. Bernoulli me feroit bien la faveur d'envoyer ce paquet à Leipsig avec les marchands de Bâle ou de Suisse qui vont à la foire de Leipsig.
Puisque vous demandez à M. Spanheim des nouvelles de M. Morel, je vous en donneray par avance. M. le Comte de Schwarzbourg (vous savez que ces Comtes vont presque au pair avec ceux de l'Empire), qui est un des plus curieux seigneurs de l'Allemagne et qui a amassé un cabinet tres considerable, l'a attiré à luy pour avoir le soin de son cabinet. Il m'a écrit luy même d'Arnstat, qui est le lieu de la residence de ce seigneur, de sorte que si vous demandez quelque chose de luy ou voulez luy demander quelque chose, vous n'avez qu'à m'adresser. Il pense plus que jamais à son grand dessein de donner une collection des medailles antiques, et il a plus de 25000 ectypes. On m'a dit qu'il fera imprimer en Allemagne une traduction de la Science des medailles du P. Joubert avec des remarques qui serviront à l'éclaircir.
Je m'étonne qu'on fait tant de bruit en France sur la comedie, et qu'une profession que le souverain autorise par des gages donnés publiquement fait exclure des sacremens ceux qui en sont. N'est ce pas que tout le monde joue sa comedie? Voicy des vers que j'ay vus sur cette querelle:
Severes directeurs des hommes,
Sçavez vous qu'au siecle où nous sommes
Un Moliere edifie autant que vos leçons?
Le vicieux bien raillé n'est pas sans penitence.
Il faut pour reformer la France
La comedie du les dragons.
La moderation de M. l'Abbé de la Trappe à l'egard de ses adversaires est tres louable.
Qui est ce M. de Court dont vous parlez dans votre lettre à M. Spanheim?
Vous dites un tres beau mot sur la mort de M. Arnaud, que personne n'y perd plus que ceux qui y croyent gagner. J'y perds, car je luy voulois envoyer à examiner la suite de mes pensées philosophico-theologiques, comme j'avois fait il y a quelques années, quand nous avons echangé plusieurs lettres là dessus, où des matières d'importance sont eclaircies.
Outre la suite de mon Code diplomatique, je pense à publier un recueil de quelques historiens medii aevi non imprimés, où je joindray un Ditmarus plus entier et plus correct que celuy que nous avons où manquent des feuilles entieres et quantité d'endroits de consequence. Il y aura aussi une ancienne chronique de Trèves et une de Brême, plus ancienne que celle de Docterus, et une chronique d'un certain Martinus Mirotina, et une continuatio chronici Slavorum Helmolti, et d'autres pièces de cette nature, mais qui sont principalement pour l'histoire d'Allemagne.
Je suis ravi d'apprendre par votre lettre que vous jouissez du beau sejour d'un lieu delicieux à la campagne; je vous y souhaite une parfaite santé et suis avec zèle etc.
- 1Von diesem Schreiben fehlt das Original.