Foucher an Leibniz

de Paris le 30 may 1693

GerhardtFrench

de Paris le 30 may 1693.

Une des vos lettres que vous m'aviez ecrite a esté perduë, et c'est celle que vous aviez addressée à feu Mr. Pelisson. J'ay pourtant vu un fragment entre les mains de Mr. l'Abbé du Hamel, où vous raportez un trait de Socrates, tiré de Platon, et où vous repondez au P. Malebranche et à Mr. l'Abbé Catelan. Vos deux petites pieces ont esté inserées dans le journal, scavoir celle que vous avez envoyée à Mr. Pelisson pour repondre sur l'essence de la matiere et celle que vous avez envoyée à Mr. l'Abbé Nicaise, lequel m'a ecrit de Dijon, me priant d'en parler à Mr. le president Cousin, ce que j'ay fait, et elle a esté inserée dans un journal après avoir esté gardée six mois. Cette pièce contient vostre jugement des ouvrages de Mr. Descartes. Vous m'en avez écrit un mot dans vostre derniere, et je suis bien aise de ce qu'elle n'a point esté perduë. Je vous ay repondu dans le journal du 17 mars de cette année, sur vos axiomes de Physique et sur le doute universel qu'on attribuë faussement aux Academiciens. Si vous souhaitez me repondre là dessus et faire mettre vostre reponse dans le journal, je vous offre pour cela mon service. Cela se fera fidelement. Je voudrois avancer ma Philosophie des Academiciens, mais le tems est peu favorable aux libraires, à cause qu'ils ne scauroient avoir commerce dans les pays etrangers. Au reste la Philosophie, qui est asseurement le genre d'estude le plus important et le meilleur, n'a pas tant d'aprobateurs en cette ville que les belles lettres et la polimatie. Les Menagiana viennent de paroistre, et on en espere bientost un second volume. Quand vous me faites l'honneur de m'ecrire, Monsieur, ecrivez je vous prie à vostre maniere ordinaire, car je lis fort bien vostre ecriture, laquelle enferme beaucoup en peu d'espace; je l'aime mieux que de gros caracteres en lettres d'or. Je n'ay point encor vu la critique de la vie de Mr. Descartes, ecrite par Mr. Baillet. Je crois que vous avez vu le livre de Mr. d'Avranches, intitulé Memoires pour servir à l'histoire du Cartesianisme. C'est un dialogue addressé à Mr. Regis; il ne contient que cinq feuilles au plus assurement. Il est ecrit d'une manière adroite et pleine d'esprit, mais je ne voudrois pas qu'elle tournasse la Philosophie en ridicule, et je ne pense pas que l'Auteur regarde autrement ce livre que comme un roman ingenieux. On en pourroit faire une infinité de cette maniere, et pour dire vray, il n'y a rien qu'on ne puisse tourner en ridicule, parce que dans le monde il y a des esprits de toutes sortes de caracteres. Vous vous accordez assez avec Mr. d'Avranches au sujet des ouvrages de Mr. Descartes, et je demeure d'accord avec vous que sa metaphysique est le moindre, et neanmoins j'avouë avec vous et avec plusieurs personnes d'esprit qu'on est obligé à ce grand homme de ce qu'il a mis les esprits en meilleur train qu'ils n'estoient pour philosopher. Je suis etc.

Je n'ay point vu vostre Dynamique. Il vaut mieux envoyer des imprimés que des manuscrits, car les imprimez se peuvent communiquer a plusieurs personnes et sont deffendus par quelques uns.