Series VI Band 4 · No. 484.
Aus Maximes et pensées diverses von Marquise de Sablé und Abbé d'Ailly
[1683 bis 1685 (?)]
[1683 bis 1685 (?)]
Auf dem Titelblatt, direkt unter dem Titel hat Leibniz vermerkt:
de Mad. de Sablé.
Weitere Marginalien sind in dem Band nicht enthalten.
Der Auszug lautet:
[Max. VI] Le mensonge est une marque de la foiblesse comme la fausse monnoye est une marque de la pauvreté.
[Max. VII] Il n'y a que les ames fortes qui sçachent abandonner un mauvais parti.
[Max. XXX] L'homme du bien est plus proche de l'homme de bien, que le frere de son frere.
[Max. XXXI] La pluspart des gens pensent plustost à ce qu'ils veuillent dire qu'à répondre à ce qu'on leur dit. Les plus complaisans se contentent de monstrer une mine attentive, au lieu qu'on remarque dans leurs yeux un egarement et une precipitation à retourner à ce qu'ils veuillent dire.
[Max. XXXVII, XXXV] On se rend presque tousjours maistre de ceux que l'on connoist bien, et sçavoir bien decouvrir l'interieur d'autruy et cacher le sien, est une marque de superiorité d'esprit.
[Max. LVII] Les Maximes de la verité Chrestienne nous sont quasi tousjours enseignées selon l'esprit et l'humeur naturelle de ceux qui nous les enseignent, les uns par la douceur de leur naturel, les autres par l'apreté de leur temperament tournent et employent selon leur sens la justice et la misericorde de Dieu.
[Max. LX] On est bien plus chocqué de l'ostentation que l'on fait de la dignité que de celle de la personne.
[Max. LXI] Il n'y a rien qui n'ait quelque perfection. C'est le bonheur du bon goust, de le trouver en chaque chose, mais la malignité naturelle fait souvent decouvrir un vice entre plusieurs vertus pour le reveler et le publier, ce qui est plustost une marque de mauvais naturel qu'un avantage du discernement et c'est bien mal passer sa vie, que de se nourrir tousjours des imperfections d'autruy.
[Max. LXVII] C'est un defaut bien commun de n'estre jamais content de sa fortune, ny mécontent de son esprit.
[Max. LXVIII] C'est une bassesse, à tirer avantage de sa qualité et de sa grandeur pour se moquer de ceux qui nous sont soumis.
[Max. LXX] La honte qu'on a de se faire louer sans fondement donne souvent sujet de faire des choses qu'on n'auroit jamais fait sans cela.
[Max. LXXIV] Quelques fois on ne reconnoist un bienfait que par reputation et pour estre plus hardiment ingrat aux bienfaits qu'on ne veut pas reconnoistre.
[Max. LXXI, LXXV] Il vaut mieux que les grands recherchent la gloire, et même la vanité dans les bonnes actions, que s'ils n'en estoient point du tout touchés, et quand les grands esperent de faire croire qu'ils ont quelque bonne qualité, il est dangereux de monstrer qu'on en doute. Car en leur ostant l'esperance de pouvoir tromper les yeux du monde, on leur oste aussi le desir de faire des bonnes actions qui sont conformes à ce qu'ils affectent.
[Pens. I, III] L'amour propre fait tous les vices et toutes les vertus morales selon qu'il est bien ou mal entendu, et quoyqu'il soit vrai de dire, que les hommes n'agissent jamais sans interests, il est vray aussi qu'il y a des interests honnestes et louables.
[Pens. XI] Les maximes servent à l'esprit ce que le baston sert au corps quand il a trop de foiblesse de se soutenir soy même. Ceux qui ont l'esprit grand et qui voyent toutes choses dans leur etendue n'ont point besoin de maximes (+ comme ceux qui entendent l'analyse n'ont point des theoremes +).
[Pens. XII, XIII] Les grandes reputations d'estre honneste homme sont souvent plus fondées sur les manieres et sur un grand art de paroistre honneste, que sur un merite veritable et solide. Ceux qui ont les qualités essentielles qui font l'honneste homme, negligent souvent les manieres mais cela les rend plus obscurs, car ceux qui en jugent ont d'autres affaires qu'à les examiner et ne jugent que par le dehors et par les apparences.
[Pens. XVIII] Les erreurs ont quelque fois un long cours dans le monde, parce que le Zele qu'on a pour [elles] fait qu'on embrasse aveuglement ce qui les entretient et qu'on neglige ce qui les peut destruire.
[Pens. XXI] La devotion qui n'est pas fondée sur l'humilité chrestienne n'est souvent que l'orgueil d'un Philosophe chagrin qui croit en meprisant le monde se vanger des mepris et des meconte[nte]mens qu'il en a receus.
[Pens. XXII] La devotion des femmes qui commencent à vieillir n'est souvent qu'un estat de bienseance pour sauver le ridicule du debris de leur beauté, et se rendre tousjours recommendable par quelque chose.
[Pens. XXV] Une ignorance vuide de choses vaut mieux que cette ignorance remplie d'erreurs, qu'on appelle souvent science dans le monde.
[Pens. XXXI] Il est tres rare que la raison guerisse les passions, une passion se guerit par une autre, la raison se met souvent du costé du plus fort, il ny a point de violente passion qui n'ait sa raison pour l'autoriser.
[Pens. XXXIV-XXXVI] Une trop grande sensibilité à la medisance entretient la malignité du monde qui ne cherche que cela; une grande insensibilité qui ne garde nulle mesure fait le même effect. C'est une espece de mépris dont le monde se vange. Il y a un milieu qui fait que le monde a de l'indulgence pour certaines actions de quelques personnes qu'il condamne dans les autres.
[Pens. XL] On n'aimeroit gueres la comedie ny la musique, si on n'avoit jamais eu d'amour ny autres passions.
[Pens. XLVII] La douleur du corps est le seul mal de la vie, que la raison ne peut guerir ny affoiblir.
[Pens. XLVIII] La fortune distribue aveuglement les roolles qu'un chacun doit jouer sur le grand theatre du monde ce qui est cause qu'il y a tant de mechans acteurs, et qu'il y [en] a peu qui fassent les personnages qui leur conviennent.
[Pens. LI] Tout est fortuit dans la vie, même la naissance; la seule mort est certaine, et cependant nous agissons comme si c'estoit la seule chose incertaine.
[Pens. LVII] Le secret de plaire dans la conversation est de ne pas trop expliquer les choses, les dire à demy, et les laisser un peu deviner, c'est une marque de la bonne opinion qu'on a des autres et rien ne flatte tant leur amour propre.
[Pens. LXIII] Le peuple estime non pas tant ce qui est bon, que ce qui est extraordinaire.
[Pens. LXV] Les ambitieux se trompent quand ils se proposent des fins de leur ambition. Ces fins deviennent moyens, quand ils y sont arrivés.
[Pens. LXVIII] Une grande reputation est une charge difficile à soutenir. (+ ^&.!!
[Pens. LXXXVIII] Les heros sont comme les tableaux, pour les estimer il ne faut pas les regarder de trop pres.
[Pens. LXXXIX] Le merite des bonnes qualités de l'ame est le merite essentiel, mais l'art de les faire valoir est le second merite, bien plus necessaire dans le monde.
[Pens. XCI] Chacun se fait un tribunal où il juge souverainement de son prochain.
[Pens. LXXXVII] Nous considerons les biens comme une chose qui est à nous, et les maux comme estrangers, d'où viennent les plaintes contre la nature et contre la vie.
[Pens. LXXII] On ne dit la verité aux princes que pendant leur jeunesse.
[Pens. LXXIV, LXXV, LXXVII, LXXVI] La raillerie est plus difficile à supporter que les injures, parce qu'il est dans l'ordre de se facher des injures et que c'est une espece de ridicule de se facher de la raillerie. La raillerie est une injure deguisée, c'est souvent une marque de sterilité d'esprit, elle vient au secours quand on manque de bonnes raisons. Elle est d'autant plus dangereuse que le ressentiment qu'on en a est plus caché.