Series II Band 4 · No. 152.
LEIBNIZ FÜR NICOLAS HARTSOEKER
[Hannover,] 4. Oktober 1706. [153.]
4 Octobr. 1706
Je suis obligé à M. Hartsoeker du present exquis de la partie déja achevée de son ouvrage nouveau de physique, que Monsieur le Baron de Croseck a eu la bonté de me donner de sa part; en me marquant que l'auteur en desiroit mon sentiment, et demandoit même qu'on luy fit part de quelques reflexions venues dans la lecture.
Pour moy, je suis tousjours bien aise que des personnes d'une habilité distinguée publient leur conjectures, dans une matiere si importante, et si problematique: et bien loin de les décourager par des contradictions, il faut leur en rendre graces.
Cependant c'est pour obeïr, que je me hazarde de faire quelques petites remarques sur certains endroits, pour servir d'essay; sans vouloir estre trop prolixe et sans me vouloir enfoncer dans des matieres de discussion.
(1) Je ne say par où l'on juge (p. 9), que nostre Atmosphere va audelà de la Lune et fait differens lits. Il semble que nos vapeurs ne vont pas fort loin, puisqu'ils pesent. La pesanteur et la densité de l'air même va en diminuant, non pas par lits, mais d'une maniere continuée.
(2) Pour dire (p. 25), que Saturne après la cheute de sa crouste, est devenu plus pesant, et est tombé vers le soleil; il faut supposer que les Planetes sont dans un Ether pesant, où ils sont soutenus par leur legereté, et que cet Ether est assez grossier; pour ne pas penetrer dans les pores d'une croûte aussi grande et aussi grossiere, que devoit estre celle dont l'anneau est resté, ce qui ne paroist point vraysemblable, ny analogique à ce que nous éprouvons icy.
(3) Il ne paroist pas que la largeur de la mer soit cause du flus et reflus prés de Venise. Il va en diminuant vers Ancone et on en remarque aussi aux costes de la Palestine, à ce que je crois avoir lû.
(4) Je souhaiterois qu'on établist bien distinctement cette experience dont il est parlé p. 94. que l'eau purgée d'air dans le vuide se condense en se gelant. Il me semble que la force avec la quelle l'eau qui se gêle rompt même un canon de fusil, ne doit pas estre attribuée à ce peu d'air qui en peut estre tiré par la Machine pneumatique, mais à quelque air plus caché, qui se remue lors que l'eau se gele, et pourroit encor y faire des cavités capables de rendre la glace plus legere que l'eau.
(5) Il faudroit éprouver aussi ce qui est dit p. 96, que la cuisson des viandes ne reussiroit point dans le vuide pneumatique: le contraire paroist plus vraisemblable.
(6) Les Chymistes ne divisent pas seulement le sel en acide et alcali (p. 101) mais ils reconnoissent aussi des sels, qui ne sont ny l'un ny l'autre; tels sont les sels essentiels, et les sels qui se font par la saturation de l'alcali, comme le Tartre Vitriolé. Outre qu'à proprement parler, le sel commun, et le Nitre ne sont ny alcalis ny acides tout à fait. Aussi ay je du panchant à croire que ny l'un ny l'autre n'est point produit ou détruit par nos operations, mais seulement amassé ou dissipé.
(7) Au lieu de croire que la mer est salée par des rochers de sel dissouts (p. 105) ma conjecture est que la mer est une lessive des sels qui sont restés d'un ancien incendie de la surface du globe de la terre.
(8) Les Humidités Mercuriales paroissent plus propres que les sels à faire la fonction de rouleaux dans le mouvement causé par la fusion des metaux. On attribue l'operation des sels fondans plustost à leur rigidité et à leur pointes[.]
(9) Apparemment le verre ardent dans le foyer du quel on a tenu l'or des heures entieres n'a pas esté des plus actifs (comme il est dit p. 121), puisque l'or est demeuré sans alteration; car les verres ardens de M. Tschirnhausen vitrifient jusqu'à l'or.
(10) At-on quelque fondement pour dire p. 132 que le Mal venerien ne vient que de quantité de petits insectes invisibles. Le P. Kircher en disoit autant de la peste dans un livre exprés, mais il eu l'approbation des connoisseurs.
(11) L'on dit p. 136. que l'Antimoine crud est dangereux: mais je say des exemples des gens qui l'ont pris en bonne quantité sans en ressentir du mal, de sorte qu'il paroist fort innocent dans cet estat.