Series II Band 4 · No. 117.
HENRI BASNAGE DE BAUVAL AN LEIBNIZ
Den Haag, 15. Januar 1706. [124.]
Monsieur
Votre lettre du 30 de Dec. ne me fut rendüe qu'avant hier; Et par consequent je n'ay pu
repondre plutôt. J'ay recu le memoire que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer; Il est
imprimé dans mon dernier journal; et publié depuis 15 jours. Je crois que M. Bayle et
M. le Clerc ont sujet d'être contents de vos manieres honnêtes, parceque ni l'un ni l'autre n'est
d'humeur à trouver mauvais que vous ne soyez pas [de] leur sentiment. D'ailleurs je ne sçay si
votre systême de l'harmonie satisfera toute le monde. Vous faites à ce qui me semble une
supposition gratuite, et l'harmonie que vous etablissez entre le corps et l'esprit est plutôt un
effet miraculeux de la toute-puissance de Dieu, qu'un[e] suite de l'ordre et de la liaison des
causes secondes. Au reste M. Burnet m'est venu voir 2 ou 3 fois pendant le court sejour qu'il a
fait à la Haye. Il m'a montré un autre memoire dont vous l'aviez chargé: Mais comme vous
vous en tenez apparemment à celui que j'ay inseré dans le journal, il l'a repris pour vous le
renvoyer. Dans une lettre que vous lui avez ecrite j'ay vu que vous avez eu un long commerce
de lettres avec M. Pelisson et M. l'Evêque de M. Ce seroit un recueil bien curieux si vous y
joigniez les reponses que vous leur avez faites. Je suis surpris que vous songiez à vous engager
dans les disputes de la predestination: c'est une question bien epineuse, et peutêtre indissoluble.
Les Payens sous le nom du fatum y ont echoüé aussi bien que les chretiens. M. Jaquelot a
attaqué M. Bayle sur cet article à propos des Manicheéens et des Pauliciens dont M. Bayle a
bien fait valoir les raisons dans son Dictionnaire Critique. M. Bayle vient de repondre à
M. Jaquelot par un gros volume. Il presse M. Jaquelot de tous côtez, et lui fait voir que la
predestination a eté et sera touiours l'ecueil de la raison. Si vous vous y engagez pour trouver
quelque nouveau denoüement, je vous conseille avant toutes choses de lire la replique de
M. Bayle à M. Jaquelot. J'admire aprés tout l'universalité de votre esprit. Vous ecrivez sur
toutes sortes de matieres comme si vous ne vous etiez appliqué qu'à etudier chacune d'elles en
particulier. Conservez moi je vous en supplie touiours quelque part dans votre souvenir, et
soyez persuadé qu'il n'y a personne qui soit avec plus d'estime et de respect
Monsieur Votre tres humble [et] tres obeyssant servit[eur] Basnage de Bauval
De la Haye le 15 de Janv. 1706
A Monsieur Monsieur Leibnits Cons.er de la Regence de S. A. E. A Hanover