Series II Band 3 · No. 152.
LEIBNIZ AN CLAUDE NICAISE
Hannover, 27. Dezember 1697 (6. Januar 1698). [147.156.]
Hanover 27 Decembre 1697 vieux style.
Vous
Je me souviens que Mons. d'Avranches demandoit notice [de] ce que Mons. Hugens croyoit que Monsieur de[s] Cartes avoit pris de Kepler au sujet de l'arc en ciel. Je vous diray donc, qu'ayant acheté quelques livres de l'encant de la Bibliotheque de Monsieur Hugens, j'ay eu entre autres un livre posthume de Kepler, de Astronomia Lunari, où parlant des globules transparens, Mons. Hugens a mis à la marge qu'on voyoit bien qu'il vouloit parler des boules de verre pleines d'eau, ou de quelque chose de semblable, et qu'il y avoit de l'apparence que Mons. des Cartes en avoit profité pour son explication de l'arc en ciel. Je ne sçaurois maintenant trouver le livre même, pour vous envoyer les propres paroles de Mons. Hugens.
A propos de Mons. des Cartes j'esperois que ma reponse, si elle ne satisfaisoit pas à Monsieur Regis, l'empecheroit tousjours de m'imputer que j'attaquois la religion de Mons. des Cartes, puisque j'ay dit expressement que je ne luy impute pas les mauvaises consequences qu'on peut tirer de sa doctrine. Mais M. Regis le dissimule dans sa replique, et passe aussi bien d'autres choses que j'ay dites, ou les tourne autrement qu'elles ne doivent estre prises, de sorte, que [je] dupliquerois inutilement, ne pouvant m'expliquer plus clairement que j'ay fait. J'espere que le lecteur ne me condamnera pas sur la derniere piece de Mons. Regis, sans voir ma justification. J'ay cependant de l'obligation à Mons. Bourdelot, de m'avoir donné occasion de dire quelque chose, qui pourra peut estre servir.
Qu'avés vous songé, Monsieur, d'envoyer à Madlle de Scudery ma letre sur l'amour desinteressé? Il est vray que vous ne pouviés choisir un juge plus competent. Mais vous me deviés instruire de sa qualité pour mieux instruire le procés. Ce n'est pas que la penetration du juge ne supplée au defaut des parties, mais le respect qu'on luy doit, demandoit plus de soin, que je n'ay apporté [à] cette piece. S'il y a donc du manquement, Monsieur, vous en demeurerés réponsable.
J'espere que le livre de Mons. de Cambray se reimprimera quelque part afin qu'on le puisse voir en luy même.
On feroit bien de faire paroistre le livre de fide veterum Instrumentorum, ou du moins des extraits choisis, omettant ou addoucissant des endroits où il paroist du fiel.
Voicy ce que Mons. Ludolphi, excellent homme et fort celebre tant par son Commentarius rerum Abessinarum, que par d'autres ouvrages, m'ecrit sur le P. Bonjour.
P. Bonjour magnus nobis foret Apollo si promissa praestaret. Corruptionem et corruptorem versionis LXX interpretum nobis ostendere velle nimis audax promissum videtur. Nam ut viri *doctissimi clare nos docent, computatio illa jam a primis Ecclesiae Graecae incunabulis obtinuit, nuspiam ulla datur varia lectio, nemo patrum de ea quicquam habet, unde probabiliter censent Waltonus cum sociis corruptionem et diversitatem a textu Hebraico statim a temerario aliquo post prvtógrafon tṽn O' commissam. Quomodo ergo ille hoc indagabit. Aethiopes qui toỳw O' katà póda sequuntur aliam supputationem habent, Deus noverit unde desumtam. Eam communicare possum si P. Bonjour desideret.*
Je ne sçay s'il n'est plus convenable de croire avec M. Vossius et d'autres que les LXX ont raison? Sed non nostrum inter vos.
Je ne sçay si je vous ay mandé, qu'on donne en Angleterre une nouvelle Edition de Pindare.
Un Allemand à Venise, qui ne manque pas de sçavoir a fait imprimer le commencement d'un grand ouvrage intitulé [Ănurvpoglvttogonía] ou de l'origine des langues. Il traitera des particules dans cette partie. Il ne debute pas mal par cette Methode.
Mons. Guglielmini m'a envoyé de Boulogne un exemplaire de son livre de la natura de fiumi, où il y a des bonnes choses et de practique, car il est intendant des eaux pour la Republique. Le R.P. Papebroch m'a envoyé aussi son Apologie contre un certain Carme.
Ne sçait-on pas ce que le Pape dira sur le livre du Cardinal Sfondrati, et sur celuy de l'Archeveque de Cambray? Je m'imagine que le Cardinal aura fait son livre (qui est posthume) avant la condemnation du peché philosophique, et qu'ainsi le livre estant publié pendant sa mort, le passage qui le favorise y est resté par megarde.
Je voudrois que le R.P. Bonjour fit un recueil vocabulorum Aegyptiorum apud veteres repertorum, et je vous supplie Monsieur de l'y exhorter. Il fera bien à mon avis de communiquer avec Monsieur Ludolphi qui est tres sçavant et tres judicieux et qui sçait des choses non vulgaires. En cas que ce pere a ce dessein, je seray proxeneta.
Un jeune allemand de Breme excellent dans l'Arabe a publié en Hollande Evangelium Apocryphum infantiae Jesu Arabice cum versione latina. C'est un beau monument de l'antiquité. Les peres en parlent et meme les Mahometans et l'Alcoran meme l'ont suivi. Il a adjouté des bonnes notes. Cet auteur s'appelle Henricus Sikius, on attend beaucoup de luy, ayant permission à Leide de voir les MS. orientaux que Golius, Warnerus et autres avoient apportés du Levant. Je suis avec zele,
Monsieur, Vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz
Je vous souhaitte une heureuse nouvelle année avec une longue suite d'autres.