Series II Band 2 · No. 76.

LEIBNIZ AN ANTONIO ALBERTI

[Modena, 20. Januar 1690.] [75.77.]

French

J'ay prouvé dans mes Dynamiques que les forces absolues d'un corps sont comme les quarrés de ses vitesses, qu'il y a un centre de gravité dans toute sorte de corps ce que les Mathematiciens ont supposé jusqu'icy sans le prouver, quoyque la chose ne soit point manifeste assez. Que la force respective avec laquelle des corps agissent l'un sur l'autre; et leur force commune directive prises ensemble font la force totale absolue, et que ces trois forces conservent tousjours la même quantité. Mais que la même quantité de mouvement ne se conserve point. Je demonstre aussi que plusieurs directions composées ensemble tendent au centre commun de gravité de tous les points extremes de chaque tendence. Item que la force vive est à la force que j'appelle morte, comme l'infini au fini. Et j'y joins enfin un essai pour rendre des raisons physiques des mouvemens celestes.

Je me suis assés arresté à Florence où j'ay trouvé les deux princes extremement curieux et amateurs des belles Connoissances. Outre quantité de personnes doctes, et des belles bibliotheques où il y a des Ms. de consequence, j'y ay vû la lettre de S. Chrysostome ad Caesarium qui a fait tant de bruit, mais il me semble qu'elle n'est pas irreconciliable avec la presence reelle. J'y ay vû aussi un livre imprimé vers la fin du 15[.] siecle que j'avois desiré de voir il y a long temps, sçavoir Johannis Suisset Calculationes de Motu, et intensionibus ac remissionibus formarum seu qualitatum. Il estoit fameux sous le nom de Calculator. Et Scaliger adversus Cardanum en fait mention avec Eloge. C'estoit quelque chose de singulier, qu'un scholastique raisonnât Mathematiquement.

Il y a deja 3 semaines que je me trouve à Modene où S.A.S. m'a fait fournir des ecritures de son Archif et autres Ms. par lesquels je suis eclairci sur les doutes que j'avois aussi bien que feu Mons. du Cange et Mons. Justel (qui en ont conferé avec moy) sur la verité de l'origine commune des deux Smes maisons de Bronsvic et d'Este. Car Faleti, Pigna, et autres Historiens de la maison d'Este ont tellement brouillé les choses et melé tant de faussetés dans leur histoire qu'il n'y a point d'apparence de les croire sur leur parole. J'ay appris à Boulogne qu'il y a le Pere Bassano Dominiquain qui a eu la curiosité d'amasser quantité de livres Antijesuitiques.

J'espere que M. Arnaud se portera encor bien. Quand j'estois encor en Allemagne j'avois echangé avec luy quelques lettres sur mes pensées Metaphysiques. Ma derniere est demeurée sans replique parce que M. Arnaud estant alors fort occupé et la matiere demandant une grande attention, il répondit, qu'il l'examineroit à son premier loisir. Mais il est trop distrait et son temps est si pretieux, que je n'ose pas luy demander la continuation de ses reflexions, que j'estime extremement, parce qu'il approfondit les choses, et a même un don rare aux grands hommes, qui est de se rendre quelques fois après une meure discussion.

A Mons. Antonio Alberti à Rome.