Series II Band 2 · No. 204.
LEIBNIZ AN CLAUDE NICAISE
Hannover, 9./19. Januar 1693. [182.209.]
Hanover 9/19 janvier 1693
Monsieur
Vous
Mons. de Spanheim a receu vostre lettre il y a long temps; comme il m'a marqué dans sa reponse. Je luy avois offert de vous envoyer celle qu'il m'adresseroit pour Vous, mais il vous aura peutestre écrit par une autre voye. Il juge aussi que le R.P. Hardouin s'est fort mépris dans son explication de la medaille de Cesarée, cependant il y a une chose à l'egard de la quelle il n'est pas d'accord avec Mons. Vaillant, c'est touchant l'explication d'm que Mons. Vaillant explique megálh. Et M. Spanheim aimeroit mieux d'expliquer par Mhtrópoliw. Il croit qu'effectivement cette Cesarée a esté la metropole de la Palestine payenne sous Neron et auparavant, quoyque cela ne se trouve marqué premierement que dans des medailles Greques sous Elagable. Car souvent cette qualité inconnue d'ailleurs se trouve par les medailles. Il croit que megálh n'est pas un epithete convenable ny d'usage qu'à l'egard des villes qui l'avoient comme en nom propre; que la qualité de Colonia prima, n'est pas contraire à celle de Metropole comme M. Vaillant le paroist croire, puisque Nicomedie, et autres villes prenoient en même temps la qualité de Metropole, et de prv́th.
Comment? Mons. d'Avranches a encor legué sa Bibliotheque aux Jesuites? C'est un ocean, où je voy, que bien des rivieres se rendent. S'ils avoient tousjours des Frontons le Duc, des Sirmonds, et des Henschenius, il n'en seroit que mieux. Mais il arrive quelques fois qu'il y a des gens entestés de la Solipsité, et nourris dans des maximes opposées à la franchise, et alors, ils gardent les tresors, comme le dragon les pommes des Hesperides.
Quant à Mons. Menage, c'estoit un bon mot que celuy d'un amy qui vous mandoit, que les Jesuites avoient le privilege de recevoir des restitutions. Cependant quelque bon que soit ce mot, il a esté injustement appliqué à Monsieur Menage, dont l'erudition et l'esprit n'estoit point emprunté. C'estoit sans doute un homme d'une erudition profonde, et quoyqu'il ait souvent manqué dans les Origines, faute de sçavoir les langues du Nord, il y a dit pourtant bien des choses excellentes, et j'en attends la nouvelle edition avec impatience. Car je ne meprise rien, pas même les decouvertes de Grammaire. Il n'y a point de doute, que si une preface ou quelque autre chose manque à cet ouvrage posthume, Mons. d'Avranches le pourroit suppléer admirablement, mais il n'y a point d'apparence que ses affaires presentes luy permettent d'y songer; luy dis je qui pourroit faire tant d'autres choses encor incomparablement plus importantes.
Mons. Bernard, dispensé maintenant de la profession a repris en main son Josephe. Mons. Dodwell a donné Lectiones Oxonienses, où l'on dit qu'il y a des choses tres belles; que d'autres ont passé chez les anciens, sans les remarquer. Mons. Marcus Meibomius qui a publié Veteres Musicos, nous promet depuis long temps une nouvelle edition du nouveau Testament.
Il seroit à souhaitter que Mons. Toinard nous voulut donner ses Harmonies; et les joindre à ses remarques sur les Herodiades. Vous obligeréz le public, Monsieur, si vous le pressés pour cela.
Je voy par le livre de M. Pellisson que M. l'Abbé Boisot a d'excellens memoires venus du feu Cardinal de Granvelle. Il seroit à souhaitter qu'on en peut obtenir quelque catalogue en abregé. Je suis avec zele / Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz / P. S. Je vous supplie Monsieur de temoigner dans l'occasion à Mons. Lantin, que je l'honnore infiniment.