Series II Band 2 · No. 204.

LEIBNIZ AN CLAUDE NICAISE

Hannover, 9./19. Januar 1693. [182.209.]

French

Hanover 9/19 janvier 1693

Monsieur

Vous Am Kopf des Briefes von Leibniz' Hand: A Mons. l'Abbé Nicaise avés fait trop d'honneur à mes bagatelles de les monstrer à Mons. d'Avranches, et moy même je leur en ay trop fait, en les addressant à vous. Quelque personne qui m'est inconnue a repondu à ce que j'avois allegué pour prouver que l'essence du corps ne consiste pas entierement dans l'étendue, et j'y ay repliqué dernierement, Mons. le president Cousin ayant eu la bonté d'inserer ma replique dans son janvier present. Cela servira de réponse en même temps à des objections d'une personne de consideration qu'on m'avoit envoyées. J'avois fait quelques remarques sur la premiere et seconde partie des Principes de M. des Cartes, qui comprennent la partie generale de sa philosophie. Et je les ay envoyées en Hollande, pour estre vues avant l'impression, par des habiles gens tant Cartesiens qu'autres, afin de profiter de leur avis. La distance des lieux et difficulté des temps m'a empeché de les envoyer en France, où j'aurois voulu sur tout les sousmettre au jugement incomparable de Mons. d'Avranches, à qui je vous supplie de rendre témoignage de ma veneration, et des graces tres humbles de ma part, de la bonté qu'il a eue de se souvenir de moy.

Mons. de Spanheim a receu vostre lettre il y a long temps; comme il m'a marqué dans sa reponse. Je luy avois offert de vous envoyer celle qu'il m'adresseroit pour Vous, mais il vous aura peutestre écrit par une autre voye. Il juge aussi que le R.P. Hardouin s'est fort mépris dans son explication de la medaille de Cesarée, cependant il y a une chose à l'egard de la quelle il n'est pas d'accord avec Mons. Vaillant, c'est touchant l'explication d'm que Mons. Vaillant explique megálh. Et M. Spanheim aimeroit mieux d'expliquer par Mhtrópoliw. Il croit qu'effectivement cette Cesarée a esté la metropole de la Palestine payenne sous Neron et auparavant, quoyque cela ne se trouve marqué premierement que dans des medailles Greques sous Elagable. Car souvent cette qualité inconnue d'ailleurs se trouve par les medailles. Il croit que megálh n'est pas un epithete convenable ny d'usage qu'à l'egard des villes qui l'avoient comme en nom propre; que la qualité de Colonia prima, n'est pas contraire à celle de Metropole comme M. Vaillant le paroist croire, puisque Nicomedie, et autres villes prenoient en même temps la qualité de Metropole, et de prv́th.

Comment? Mons. d'Avranches a encor legué sa Bibliotheque aux Jesuites? C'est un ocean, où je voy, que bien des rivieres se rendent. S'ils avoient tousjours des Frontons le Duc, des Sirmonds, et des Henschenius, il n'en seroit que mieux. Mais il arrive quelques fois qu'il y a des gens entestés de la Solipsité, et nourris dans des maximes opposées à la franchise, et alors, ils gardent les tresors, comme le dragon les pommes des Hesperides.

Quant à Mons. Menage, c'estoit un bon mot que celuy d'un amy qui vous mandoit, que les Jesuites avoient le privilege de recevoir des restitutions. Cependant quelque bon que soit ce mot, il a esté injustement appliqué à Monsieur Menage, dont l'erudition et l'esprit n'estoit point emprunté. C'estoit sans doute un homme d'une erudition profonde, et quoyqu'il ait souvent manqué dans les Origines, faute de sçavoir les langues du Nord, il y a dit pourtant bien des choses excellentes, et j'en attends la nouvelle edition avec impatience. Car je ne meprise rien, pas même les decouvertes de Grammaire. Il n'y a point de doute, que si une preface ou quelque autre chose manque à cet ouvrage posthume, Mons. d'Avranches le pourroit suppléer admirablement, mais il n'y a point d'apparence que ses affaires presentes luy permettent d'y songer; luy dis je qui pourroit faire tant d'autres choses encor incomparablement plus importantes.

Mons. Bernard, dispensé maintenant de la profession a repris en main son Josephe. Mons. Dodwell a donné Lectiones Oxonienses, où l'on dit qu'il y a des choses tres belles; que d'autres ont passé chez les anciens, sans les remarquer. Mons. Marcus Meibomius qui a publié Veteres Musicos, nous promet depuis long temps une nouvelle edition du nouveau Testament.

Il seroit à souhaitter que Mons. Toinard nous voulut donner ses Harmonies; et les joindre à ses remarques sur les Herodiades. Vous obligeréz le public, Monsieur, si vous le pressés pour cela.

Je voy par le livre de M. Pellisson que M. l'Abbé Boisot a d'excellens memoires venus du feu Cardinal de Granvelle. Il seroit à souhaitter qu'on en peut obtenir quelque catalogue en abregé. Je suis avec zele / Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz / P. S. Je vous supplie Monsieur de temoigner dans l'occasion à Mons. Lantin, que je l'honnore infiniment.