Series II Band 1 · No. 224.
CHRISTIAN PHILIPP AN LEIBNIZ
Hamburg, 25. Februar (6. März) 1680. [223.225.]
Hamb. ce 25. Fevr. 1680.
Monsieur
Comme Mr Rabel est icy presentement, je n'ay pas manqué de luy faire un compliment de vostre part, dont il a témoigné vous estre extremement obligé, en regrettant pareillement de n'avoir pas eu l'honneur de vous connoitre à Paris, lors que vous y estiez l'un et l'autre, et où il avoit plus de loisir de rechercher les belles lettres, qu'à cette heure, qu'il est tout accablé d'affaires qui sont directement contraires à son genie.
Pour ce qui est de la philosophie de Mr Descartes, il dit, qu'il n'en est pas idolatre, mais qu'il croit, qu'il s'y trouvent plusieurs fautes. Avec tout cela il croit qu'on peut defendre en quelque façon cet auteur de ce que vous y trouvez à redire; car premierement Mr Rabel croit, que la morale et par consequent la justice ne concerne point la matiere, qui n'y peut avoir aucun rapport, mais que le bien et le mal ne peut regarder que l'ame raisonnable. Aprés cela il croit, que Mr Descartes n'ait pas voulu dire, que la matiere reçoive absolument toutes les formes possibles, mais seulement celles dont elle est capable (quarum est capax) c'est à dire les formes auxquelles Dieu l'a destinée, qui ne peuvent estre autres que bonnes.
Mr Rabel croit de plus, que Mr Descartes n'ait point voulu exclure les causes finales, en disant, que Dieu a determiné le bien par un acte libre de sa volonté; par où il entend, que Dieu par une liberté et grace absoluë a donné à connoitre à l'ame raisonnable ce qui est bon ou mauvais (scriptum in cordibus).
Quand Mr Descartes dit, qu'il estoit impossible de trouver la proportion entre une ligne courbe et une ligne droite, Mr Rabel croit, qu'il a voulu parler des lignes qui estoient alors connuës, mais non pas de celles qu'on pouvoit encore connoitre et examiner. Et s'il avoit vêcu plus long-temps, que peut-estre il auroit trouvé le moyen, de reduire à des equations tous les problemes qu'on a proposez après sa mort.
Voilà, Monsieur, ce que Mr Rabel a dit en passant. Il voudroit bien sçavoir, si Mr Huygens a mis au jour le traité du mouvement et de la percussion, qu'il promet au journal des sçavans de l'année 1669. et s'il ne se trouvent pas d'autres sçavans, qui dépuis peu ayent traité de cette matiere. [ ... ]