Leibniz' viertes Schreiben. Replique au troisieme ecrit Anglois

GerhardtFrench

Dans les choses indifferentes absolument, il n'y a point de choix, et par consequent point d'election ny volonté, puisque le choix doit avoir quelque raison ou principe.

Une simple volonté sans aucun motif (a mere will) est une fiction non seulement contraire à la perfection de Dieu, mais encor chimerique et contradictoire, incompatible avec la definition de la volonté, et assez refutée dans la Theodicée.

Il est indifferent de ranger trois corps egaux et en tout semblables, en quel ordre qu'on voudra, et par consequent ils ne seront jamais rangés par celuy qui ne fait rien qu'avec sagesse. Mais aussi étant l'auteur des choses, il n'en produira point, et par consequent il n'y en a point dans la nature.

Il n'y a point deux individus indiscernables. Un gentilhomme d'esprit de mes amis, en parlant avec moy en presence de Madame l'Electrice dans le jardin de Herrenhausen, crut qu'il trouveroit bien deux feuilles entierement semblables. Madame l'Electrice l'en defia, et il courut longtemps en vain pour en chercher. Deux gouttes d'eau ou de lait regardées par le Microscope, se trouveront discernables. C'est un argument contre les Atomes, qui ne sont pas moins combattus que le vuide, par les principes de la veritable metaphysique.

Ces grands principes de la raison suffisante et de l'identité des indiscernables, changent l'etat de la Metaphysique, qui devient reelle et demonstrative par leur moyen: au lieu qu'autres fois elle ne consistoit presque qu'en termes vuides.

Poser deux choses indiscernables, est poser la même chose sous deux noms. Ainsi l'hypothese, que l'univers auroit eu d'abord une autre position du temps et du lieu que celle qui est arrivée effectivement, et que pourtant toutes les parties de l'univers auroient eu la même position entre elles, que celle qu'elles ont receue en effect, est une fiction impossible.

La même raison qui fait que l'espace hors du monde est imaginaire, prouve que tout espace vuide est une chose imaginaire, car ils ne different que du grand au petit.

Si l'espace est une proprieté ou un attribut, il doit etre la proprieté de quelque substance. L'espace vuide borné, que ses patrons supposent entre deux corps, de quelle substance serat-il la proprieté ou l'affection?

Si l'espace infini est l'immensité, l'espace fini sera l'opposé de l'immensité, c'est à dire, la mensurabilité, ou l'étendue bornée. Or l'étendue doit etre l'affection d'un étendu. Mais si cet espace est vuide, il sera un attribut sans sujet, une étendue d'aucun étendu. C'est pourquoy, en faisant de l'espace une proprieté, l'on tombe dans mon sentiment qui le fait un ordre des choses, et non pas quelque chose d'absolu.

Si l'espace est une realité absolue, bien loin d'etre une proprieté ou accidentalité opposée à la substance, il sera plus subsistant que les substances, Dieu ne le sauroit détruire, ny même changer en rien. Il est non seulement immense dans le tout, mais encor immuable et eternel en chaque partie. Il y aura un infinité de choses eternelles hors de Dieu.

Dire que l'espace infini est sans parties, c'est dire que les espaces finis ne le composent point, et que l'espace infini pourroit subsister, quand tous les espaces finis seroient reduits à rien. Ce seroit comme si l'on disoit dans la supposition Cartesienne d'un Univers corporel etendu sans bornes, que cet univers pourroit subsister, quand tous les corps qui le composent, seroient reduits à rien.

On attribue des parties à l'Espace, p.19. 3me edition de la Defense de l'Argument contre M. Dodwell, et on les fait inseparables l'une de l'autre. Mais p.30. de la seconde Defense, on en fait des parties improprement dites: cela se peut entendre dans un bon sens.

De dire que Dieu fasse avancer tout l'univers, en ligne droite ou autre, sans y rien changer autrement, c'est encor une supposition chimerique. Car deux etats indiscernables sont le même etat, et par consequent c'est un changement qui ne change rien. De plus, il n'y a ny rime ny raison. Or Dieu ne fait rien sans raison; et il est impossible qu'il y en ait icy. Outre que ce seroit agendo nihil agere, comme je viens de dire, à cause de l'indiscernabilité.

Ce sont Idola tribus, chimeres toutes pures, et imaginations superficielles. Tout cela n'est fondé que sur la supposition que l'espace imaginaire est reel.

C'est une fiction semblable, c'est à dire impossible, de supposer que Dieu ait creé le monde quelques millions d'années plustost. Ceux qui donnent dans ces sortes de fictions, ne sauroient répondre à ceux qui argumenteroient pour l'eternité du monde. Car Dieu ne faisant rien sans raison, et point de raison n'etant assignable, pourquoy il n'ait point creé le monde plustost, il s'ensuivra, ou qu'il n'ait rien creé du tout, ou qu'il ait produit le monde avant tout temps assignable, c'est à dire que le monde soit eternel. Mais quand on montre que le commencement, quel qu'il soit, est tousjours la même chose, la question pourquoy il n'en a pas eté autrement, cesse.

Si l'espace et le temps estoient quelque chose d'absolu, c'est à dire, s'ils estoient autre chose que certains ordres des choses, ce que je dis seroit contradiction. Mais cela n'estant point, l'hypothese est contradictoire, c'est à dire, c'est une fiction impossible.

Et c'est comme dans la Geometrie, où l'on prouve quelque fois par la supposition même, qu'une figure soit plus grande, qu'en effect, elle n'est point plus grande. C'est une contradiction, mais elle est dans l'hypothese, laquelle pour cela même se trouve fausse.

L'uniformité de l'espace fait qu'il n'y a internal ny external reason, pour en discerner les parties, et pour y choisir. Car cette raison externe de discerner, ne sauroit etre fondée que dans l'interne; autrement c'est discerner l'indiscernable, ou c'est choisir sans discerner. La volonté sans raison seroit le hazard des Epicuriens. Un Dieu qui agiroit par une telle volonté, seroit un Dieu de nom. La source de ces erreurs est, qu'on n'a point de soin d'eviter ce qui deroge aux perfections divines.

Lorsque deux choses incompatibles sont egalement bonnes, et que tant en elles que par leur combinaison avec d'autres, l'une n'a point d'avantage sur l'autre; Dieu n'en produira aucune.

Dieu n'est jamais determiné par les choses externes, mais tousjours par ce qui est en luy, c'est à dire, par ses connoissances, avant qu'il y ait aucune chose hors de luy.

Il n'y a point de raison possible, qui puisse limiter la quantité de la matiere. Ainsi cette limitation ne sauroit avoir lieu.

Et supposé cette limitation arbitraire, on pourroit tousjours adjouter quelque chose sans deroger à la perfection des choses qui sont déja: et par consequent il faudra tousjours y adjouter quelque chose, pour agir suivant le principe de la perfection des operations divines.

Ainsi on ne sauroit dire que la presente quantité de la matiere est la plus convenable pour leur presente constitution. Et quand même cela seroit, il s'ensuivroit que cette presente constitution des choses ne seroit point la plus convenable absolument, si elle empeche d'employer plus de matiere; il faudroit donc en choisir une autre, capable de quelque chose de plus.

Je serois bien aise de voir des passages des Philosophes, où Sensorium

se prenne autrement que chez Goclenius. J'ay eu raison d'alleguer le Dictionnaire philosophique de cet auteur, pour montrer comment le mot sensorium a coutume d'étre pris; c'est proprement l'usage des dictionnaires.

Si Scapula dit que Sensorium est la place où l'entendement reside, il entendra l'organe de la sensation interne. Ainsi il ne s'eloignera point de Goclenius.

Sensorium a tousjours esté l'organe de la sensation. La glande pineale seroit, selon Des Cartes, le Sensorium dans le sens qu'on rapporte de Scapula.

Il n'y a gueres d'expression moins convenable sur ce sujet, que celle qui donne à Dieu un Sensorium. Il semble qu'elle le fait l'ame du monde. Et on aura bien de la peine à donner à l'usage que M. Newton fait de ce mot, un sens qui le puisse justifier.

Quoyqu'il s'agisse du sens de M. Newton, et non pas de celuy de Goclenius, on ne me doit point blamer d'avoir allegué le Dictionnaire Philosophique de cet auteur, parce que le but des Dictionnaires est de marquer l'usage des termes.

Dieu s'apperçoit des choses en luy même. L'espace est le lieu des choses, et non pas le lieu des idées de Dieu: à moins qu'on ne considere l'espace comme quelque chose qui fasse l'union de Dieu et des choses, à l'imitation de l'union de l'ame et du corps qu'on s'imagine; ce qui rendroit encor Dieu l'Ame du Monde.

Aussi at-on tort dans la comparaison qu'on fait de la connoissance et de l'operation de Dieu avec celle des ames. Les ames connoissent les choses, parce que Dieu a mis en elles un principe representatif de ce qui est hors d'elles. Mais Dieu connoist les choses, parce qu'il les produit continuellement.

Les ames n'operent sur les choses selon moy, que par ce que des corps s'accommodent à leur desirs en vertu de l'harmonie que Dieu y a preétablie.

Mais ceux qui s'imaginent que les ames peuvent donner une force nouvelle au corps et que Dieu en fait autant dans le monde pour redresser les defauts de sa machine, approchent trop Dieu de l'Ame, en donnant trop à l'ame et trop peu à Dieu.

Car il n'y a que Dieu qui puisse donner à la nature des nouvelles forces, mais il ne le fait que surnaturellement. S'il avoit besoin de le faire dans le cours naturel, il auroit fait un ouvrage tres imparfait. Il ressembleroit dans le monde à ce que le vulgaire attribue à l'ame dans le corps.

En voulant soutenir cette opinion vulgaire de l'influence de l'ame sur le Corps, par l'exemple de Dieu operant hors de luy, on fait encor que Dieu ressembleroit trop à l'Ame du Monde. Cette affectation encor de blamer mon expression d'Intelligentia Supramundana, y semble pancher aussi.

Les images dont l'ame est affectée immediatement, sont en elle même; mais elles repondent à celles du corps. La presence de l'ame est imparfaite, et ne peut etre expliquée que par cette correspondance. Mais celle de Dieu est parfaite, et se manifeste par son operation.

L'on suppose mal contre moy, que la presence de l'ame est liée avec son influence sur le Corps, puisqu'on sait que je rejette cette influence.

Il est aussi inexplicable de dire que l'ame soit diffuse par le cerveau, que de faire qu'elle soit diffuse par le corps tout entier. La difference n'est que du plus au moins.

Ceux qui s'imaginent que les forces actives se diminuent d'elles mêmes dans le monde, ne connoissent pas bien les principales loix de la nature, et la beauté des ouvrages de Dieu.

Comment prouveront-ils, que ce defaut est une suite de la dependance des choses?

Ce defaut de nos machines, qui fait qu'elles ont besoin d'etre redressées, vient de cela même, qu'elles ne sont pas assez dépendantes de l'ouvrier. Ainsi leur dependance de Dieu bien loin d'etre cause de ce defaut, est plustost cause que ce defaut n'y est point, parce que la nature est si dependante d'un ouvrier trop parfait pour faire un ouvrage qui ait besoin d'etre redressé. Il est vray que chaque machine particuliere de la nature, est en quelque façon sujette à etre detraquée; mais non pas l'univers tout entier, qui ne sauroit diminuer en perfection.

On dit que l'Espace ne depend point de la situation des corps. Je reponds qu'il est vray qu'il ne depend point d'une telle ou telle situation des corps; mais il est cet ordre qui fait que les corps sont situables, et par lequel ils ont une situation entre eux en existant ensemble, comme le temps est cet ordre par rapport à leur position successive. Mais s'il n'y avoit point de creatures, l'espace et le temps ne seroient que dans les idées de Dieu.

Il semble qu'on avoue icy que l'idée qu'on se fait du miracle n'est pas celle qu'en ont communement les Theologiens et les Philosophes. Il me suffit donc, que mes adversaires sont obligés de recourir à ce qu'on appelle miracle dans l'usage receu et qu'on tache d'eviter en philosophant.

J'ay peur qu'en voulant changer le sens receu du miracle, on ne tombe dans un sentiment incommode. La nature du miracle ne consiste nullement dans l'usualité et inusualité; autrement les monstres seroient des miracles.

Il y a des miracles d'une sorte inferieure, qu'un ange peut produire; car il peut, par exemple, faire qu'un homme aille sur l'eau sans enfoncer. Mais il y a des miracles reservés à Dieu et qui surpassent toutes les forces naturelles, tel est celuy de créer ou d'annihiler.

Il est surnaturel aussi, que les corps s'attirent de loin sans aucun moyen, et qu'un corps aille en rond, sans s'ecarter par la tangente, quoyque rien ne l'empechât de s'ecarter ainsi. Car ces effects ne sont point explicables par les natures des choses.

Pourquoy la motion des animaux ne seroit elle point explicable par les forces naturelles? Il est vray que le commencement des animaux est aussi inexplicable par leur moyen, que le commencement du monde.

P. S.

Tous1 ceux qui sont pour le Vuide, se laissent plus mener par l'imagination que par la raison. Quand j'étois jeune garçon, je donnay aussi dans le Vuide et dans les Atomes; mais la raison me ramena. L'imagination étoit riante. On borne là ses recherches; on fixe la meditation comme avec un clou; on croit avoir trouvé les premiers Elemens, un non plus ultra. Nous voudrions que la Nature n'allât pas plus loin, qu'elle fût finie, comme notre esprit: mais ce n'est point connoitre la grandeur et la Majesté de l'Auteur des choses. Le moindre corpuscule est actuellement subdivisé à l'infini, et contient un monde de nouvelles creatures, dont l'Univers manqueroit, si ce corpuscule étoit un Atome, c'est à dire un corps tout d'une piece sans subdivision. Tout de même, vouloir du Vuide dans la Nature, c'est attribuer à Dieu une production tres imparfaite; c'est violer le grand Principe de la necessité d'une raison suffisante, que bien des gens ont eu dans la bouche, mais dont ils n'ont point connu la force, comme j'ay montré dernierement, en faisant voir par ce Principe que l'espace n'est qu'un ordre des choses, comme le temps, et nullement un Etre absolu. Sans parler de plusieurs autres raisons contre le Vuide et les Atomes, en voicy celles que je prends de la perfection de Dieu et de la raison suffisante. Je pose que toute perfection que Dieu a pû mettre dans les choses sans deroger aux autres perfections qui y sont, y a eté mise. Or figurons nous un Espace entierement vuide, Dieu y pouvoit mettre quelque matiere sans deroger en rien à toutes les autres choses: donc il l'y a mise: donc il n'y a point d'Espace entierement vuide: donc tout est plein. Le même raisonnement prouve qu'il n'y a point de corpuscule, qui ne soit subdivisé. Voicy encor l'autre raisonnement pris de la necessité d'une raison suffisante. Il n'est point possible qu'il y ait un Principe de déterminer la proportion de la matiere ou du Rempli au Vuide, ou du Vuide au Plein. On dira peutetre que l'un doit etre égal à l'autre; mais comme la matiere est plus parfaite que le Vuide, la raison veut qu'on observe la proportion Geometrique, et qu'il y ait d'autant plus de Plein, qu'il merite d'etre preferé. Mais ainsi il n'y aura point de Vuide du tout; car la perfection de la matiere est à celle du Vuide, comme quelque chose à rien. Il en est de même des Atomes. Quelle raison peut on assigner de borner la nature dans le progrès de la subdivision? Fictions purement arbitraires, et indignes de la vraye Philosophie. Les raisons qu'on allegue pour le Vuide, ne sont que des Sophismes.

Beilage.

Madame

Hanover ce 2 de juin 1716.

Je1 remercie V. A. R. de la bonté qu'elle a de vouloir revoir mes papiers perdus, et je les feray copier de nouveau. Je joins icy une reponse à la derniere piece de M. Clark, qui et ses semblables ne comprennent pas encore bien ce grand principe, que rien n'arrive sans qu'il y ait une raison suffisante pour cela, ce qui suit que Dieu même ne sauroit choisir sans qu'il y ait une raison de son choix. C'est l'erreur de l'indifference vague ou du decret absolument absolu, refutée dans la Theodicée. Cette erreur encore est la source du vuide et des atomes.

Il me semble qu'il n'y a rien dans ma reponse à M. l'Abbé Conti, qui marque un esprit troublé; il n'y a rien aussi qui dechire M. Newton. Mais comme il m'attaque, je me defends, et mes expressions sont assés honnestes. A quoy sert il de m'exhorter à la paix, quand on m'envoye des cartels?

J'ay peur que nous disputerons aussi inutilement sur le vuide que sur autres choses. Je n'ay pas assés de temps de reste, pour le perdre en amusemens. Il y a des choses plus importantes à faire. Je ne crois pas qu'il y ait aucun espace sans matiere. Les experiences qu'on appelle du vuide, n'excluent qu'une matiere grossiere, qu'on tire de la cavité du verre par le puits du vif argent avec Torricelli, et par la pompe avec M. Guerike. Car les rayons de la lumiere, qui ne sont point sans quelque matiere subtile, passent à travers du verre. Je n'aurois point touché cette question du vuide, si je n'avois trouvé que l'opinion du vuide deroge aux perfections de Dieu, comme presque toutes les autres opinions de philosophie qui sont contraires aux miennes. Car les miennes sont presque toutes liées avec le grand principe de la supreme raison et perfection de Dieu. Ainsi je ne crains point que V. A. Royale quitte aisement ce qu'elle en aura eu le loisir de bien entendre: sa penetration et son zele pour la gloire de Dieu m'en sont garants.

En suppliant V. A. Royale de communiquer à M. l'Abbé Conti mes conferences avec M. Clarc, mon but avoit eté que par son moyen elles fussent communiquées à d'autres amis; mais puisque M. l'Abbé en a perdu une partie, je fais copier le tout de nouveau, et je crois qu'il seroit bon d'en faire part à d'autres, à fin que ces papiers ne se perdent plus si facilement.

Je ne suis nullement piqué contre M. l'Abbé Conti de ce qu'il m'a envoyé la lettre de M. Newton: au contraire cette lettre m'a fait plaisir, et m'a donné de l'esperance de desabuser celuy qui l'a écrite. Mais j'ay eté supris de la lettre que l'Abbé avoit jointe du sien; il y change entierement langage. Il paroist avoir oublié tout ce qu'il m'avoit écrit, et tout ce que je luy avois écrit aussi; il n'avoit même point menagé mon nom dans une certaine matiere, comme je l'en avois prié par ma lettre, et il prenoit la peine de m'exhorter de repondre à la lettre qu'il m'envoyoit, comme si j'avois besoin d'une telle exhortation. Ainsi je ne pouvois point manquer de repondre sechement à une lettre aussi seche que la sienne; mais il n'y a rien qui le doive offenser. Il est le maitre d'estimer et de favoriser qui bon luy semble. Si V. A. S. elle même avoit moins d'estime pour mes sentimens qu'auparavant, j'en serois faché, mais je n'aurois aucun sujet de m'en plaindre. Suffit qu'elle me garde sa bonté, et Elle en a donné des preuves grandes et reelles. La continuation de son estime se peut faire connoistre par ce qui se rapporte à la traduction de la Theodicée.

On a receu icy une lettre de Swerin, d'un ministre du Czar, qui demande 150 chevaux de vorspan, et qu'on luy envoye une garde à Pirmont. Elle ne marque point le temps. On a envoyé une estaffette à M. Fabrice pour le savoir precisement. Je voudrois que le Czar et le Roy de Dannemarc imitassent dans le Meclenbourg et dans le Holstein ce que le Roy fait dans le pays de Breme, mais ils imitent davantage ce que le Roy fait en Pologne. Le Comte Mersch fait des remontrances au Czar, mais il faudra que le Roy de la G. B. et le Roy de Prusse y joignent les leurs.

Voicy un ouvrage posthume du Baron de la Hontan; il se mêloit d'écrire sur les affaires; et un peu avant que de mourir il a envoyé à Leipzig ce petit discours contre une lettre imprimée, opposée au manifeste du Roy. Et ce discours nous a eté apporté de la foire, que je prends la liberté de l'envoyer à V. A. Royale. L'auteur fait voir son zele pour la gloire du Roy. Mais il ne paroist pas qu'il soit entré fort avant dans les affaires.

Je suis etc.

P.S. J'admire combien les choses peuvent etre prises de travers. (1) Il est seur que la scission qui est entre les Protestans, et qui fait que les uns condamnent les autres, s'excluent de la communion et se regardent comme de differente religion, est une chose tres pernicieuse. (2) Il est seur aussi que jamais on a vû des conjonctures plus favorables pour lever la scission. (3) D'où il s'ensuit qu'une personne qui considere bien les faits, qui a un veritable zele, et qui a de l'autorité en même temps, doit penser fortement à lever ou diminuer une chose si deplorable. Mais est ce venir au fait que de parler des differens sur la discipline Ecclesiastique? Car puisque les Reformés d'Angleterre et hors de l'Angleterre ne se condamnent point sur ces differens et ne s'excluent point de la communion mutuelle, cela n'a donc rien de commun avec l'affaire dont il s'agit. Et n'est ce pas aussi un travers que dire, pour s'excuser d'y penser serieusement, que chacun doit vivre de sa foy? C'est justement pour cela qu'on doit lever ces exclusions de la communion et ces condemnations, parce que la difference des sentimens n'est pas assez grande pour la surmonter. Si ce que je viens de dire, n'est pas assés clair, il ne servira de rien de le vouloir éclaircir. J'ay fait mon devoir, et la conscience du chacun reglera le sien.

  1. 1Dieses P.S. findet sich weder im Original, noch in der vorhandenen Abschrift.
  2. 1Den Entwurf dieses Briefes hat Leibniz auf demselben Bogen geschrieben, der sein viertes Schreiben enthält.