Systeme nouveau pour expliquer la nature des substances et leur communication entre elles, aussi bien que l'union de l'ame avec le corps
(Erster Entwurf.)
Il y a deja plusieurs années que j'ay concû ce systeme et que j'en ay communiqué avec des sçavans hommes, mais sur tout avec un des plus grands Theologiens et Philosophes de nostre temps, le quel ayant appris quelques uns de mes sentimens par la communication d'une personne de la plus haute qualité, les avoit trouvés fort etranges. Mais ayant receu mes eclaircissemens, il se retracta de la maniere la plus genereuse et la plus edifiante du monde, et ayant approuvé une partie des mes propositions, il fit cesser sa censure à l'egard des autres dont il ne demeuroit pas encor d'accord. Depuis ce temps là j'ay continué mes meditations selon les occasions pour ne donner au public que des opinions bien examinées, et j'ay taché aussi le satisfaire à ceux qui ont fait des objections contre mes essais de Dynamique qui ont de la liaison avec cecy. Enfin des personnes considerables ayant desiré que je travaillasse à ranger mes sentimens qu'ils jugent pouvoir servir à l'accord de la foy avec la raison sur des matieres d'importance, j'ay hazardé ces meditations pour profiter des jugemens des plus eclairés, puisqu'il seroit trop embarassant de chercher et de sommer en particulier ceux qui seroient disposés à me donner des instructions que je seray tousjours bien aise de recevoir soit publiquement ou en particulier, pourveu qu'on en use avec douceur.
On sera surpris que je pretends rehabiliter en quelque façon la philosophie de l'ecole, si décriée dans l'opinion de plusieurs, et que j'entreprends de fournir de quoy expliquer intelligiblement Aristote, S. Thomas et les Scholastiques sur quelques matieres où il semble qu'on les a abandonnés, et là dessus on ira peutestre s'imaginer que je suis du nombre de ceux qui veuillent rendre raison des phenomenes de la nature par des qualités ou facultés, par des archées ou par quelque autre terme semblable. Cela m'oblige donc de declarer par avance que selon mon opinion tout se fait mecaniquement dans la nature, et que pour rendre une raison exacte et achevée de quelque phenomene particulier (comme de la pesanteur ou du ressort par exemple) il suffit de n'employer que la figure et le mouvement. Mais les principes mêmes de la mechanique et les loix du mouvement naissent à mon avis de quelque chose de superieur, qui depend plustost de la metaphysique que de la geometrie, et que l'imagination ne sçauroit atteindre, quoyque l'esprit le conçoive fort bien. Ainsi je trouve que dans la nature outre la notion de l'etendue il faut employer celle de la force, qui rend la matiere capable d'agir et de resister; et par la Force ou Puissance je n'entends pas le pouvoir ou la simple faculté qui n'est qu'une possibilité prochaine pour agir et qui estant comme morte même ne produit jamais une action sans estre excitée par dehors, mais j'entends un milieu entre le pouvoir et l'action, qui enveloppe un effort, un acte, une entelechie, car la force passe d'elle même à l'action en tant que rien ne l'empeche. C'est pourquoy je la considere comme le constitutif de la substance, estant le principe de l'action, qui en est le caractere. Ainsi je trouve que la cause efficiente des actions physiques est du ressort de la metaphysique; en quoy je suis fort eloigné de ceux qui ne reconnoissent dans la nature que ce qui est materiel ou etendu, et qui par là se rendent suspects avec quelque raison aupres des personnes de pieté. Je tiens même que la consideration du bien, ou de la cause finale, quoyqu'il y ait quelque chose de moral, est encor utilement employée dans les explications des choses naturelles, puisque l'auteur de la nature agit par le principe de l'ordre et de la perfection, et avec une sagesse à laquelle rien ne se peut adjouter, et j'ay monstré ailleurs dans l'exemple de la loy generale du rayonnement de la lumiere, comment le principe de la cause finale suffit souvent pour découvrir les secrets de la nature, en attendant la cause efficiente prochaine qui est plus difficile à découvrir. Quoyque j'avoue que ce que M. Hugens nous a donné sur la production de la lumiere et de la refraction paroisse plus vraisemblable que tout ce qu'on en a donné jusqu'icy.
Mais venons à l'exposition que nous avons promise, je commence par la difference qu'on doit faire entre une substance et entre une collection ou bien un aggregé de plusieurs substances. Quand je dis: moy, je parle d'une seule substance, mais une armée, un trouppeau, un etang plein de poissons, quand il seroit glacé et devenu roide avec tous ses poissons, sera tousjours une collection de plusieurs substances. C'est pourquoy mettant à part les ames ou tels autres principes de l'unité, nous ne sçaurions jamais trouver une masse corporelle ou portion de matiere qui soit une veritable substance. Ce sera tousjours une collection, la matiere estant actuellement divisée à l'infini en sorte que la moindre particelle enveloppe un monde veritablement infini de creatures, et peut estre d'animaux. Cette difficulté a forcé feu M. Cordemoy d'abandonner Descartes pour recourir aux Atomes, croyant d'y trouver une veritable unité. Mais outre que l'atome repugne à la raison et à l'ordre, il contient deja actuellement les parties dont il est composé, et il ne sert de rien de distinguer, si elles sont separées ou non. Cependant puisqu'il faut necessairement qu'il se trouve dans la nature corporelle des veritables unités, sans lesquelles il n'y auroit point de multitude ny de collection, il faut que ce qui fait la substance corporelle, soit quelque chose qui reponde à ce qui s'appelle moy, en nous, qui est indivisible et pourtant agissant, car estant indivisible et sans parties, ce ne sera plus un estre par aggregation, mais estant agissant, ce sera quelque chose de substantiel. Il y a lieu de croire qu'une telle chose se trouve dans les animaux, qui les rend capables de sentiment qu'on appelle leur ame, que S. Thomas a jugé devoir encor estre indivisible. Il paroist même que dans toutes les especes organiques, il y doit avoir quelque chose qui reponde à l'ame, et que les philosophes ont appellée forme substantielle, qu'Aristote appelle entelechie premiere, et que j'appelle peutestre plus intelligiblement la force primitive pour la distinguer de la secondaire qu'on appelle force mouvante qui est une limitation ou variation accidentelle de la force primitive. Mais quand nous ne voudrions rien asseurer des bestes, des plantes ny de quelque autre espece proposée en particulier, nous devons tousjours reconnoistre en general, qu'il faut que tout soit plein de telles especes qui contiennent en elles un principe de la veritable unité qui ait de l'analogie avec l'ame et qui soit joint à une maniere de corps organisé; autrement nous ne trouverions point de substances dans la matiere, et les corps ne seroient que des phenomenes et comme des songes bien reglés. Aussi les anciens, et Platon sur tout, ont bien reconnu que la matiere en elle même, c'est à dire sans ce principe indivisible que nous venons d'expliquer, ne seroit point quelque chose de reel ny de determiné, car il n'y auroit point de substance corporelle.
Quant au commencement et à la fin de ces formes, ames, ou principes substantiels, il faut dire qu'elles ne sçauroient avoir leur origine que de la creation, ny leur fin que d'une annihilation faite exprés par la puissance supreme de Dieu. Les philosophes ont esté fort embarassés, car ils cherchoient l'impossible en cherchant leur origine. Il est vray qu'encor parmy les Scholastiques Albert le Grand, Jean Bachon et d'autres paroissent avoir entreveu une partie de la verité. Ainsi naturellement ces formes ne commencent et ne finissent point, et pourquoy n'auroient elles pas le privilege des Atomes, qui selon les Gassendistes se doivent tousjours conserver. Ce privilege se doit accorder à tout ce qui est veritablement une substance, car la veritable unité est absolument indissoluble. Cela estant, il faut croire que ces substances ont esté creées d'abord avec le monde. Si ce n'est que Dieu en cree encor quelques unes par sa toute-puissance, je prevoy que ceux qui se hastent de juger, me declareront d'abord la guerre là dessus et diront que j'introduis la Metempsychose ou transmigration des ames, en accordant leur preexistence. Je reponds que cette transmigration des ames est une absurdité. Les principes substantiels ne voltigent point hors des substances. L'ame ne se trouve jamais sans corps naturellement. Ainsi au lieu de croire la transmigration des ames, il faut croire la transformation d'un même animal. Il semble qu'il n'y a ny generation ny mort à la rigueur, mais seulement des developpemens ou enveloppemens, augmentations ou diminutions des animaux déja formés et tousjours subsistans en vie, quoyque avec differens degrés de sensibilité. Feu Mons. Swammerdam insinuoit cette generation des animaux, et les observations de M. Leewenhoek la confirment; il semble que le R. P. Malebranche et peut estre même Mons. Regis qui rapporte de tels sentimens, ne s'en eloignent point. Mais si nous rejettons la naissance premiere d'un animal, il est naturel de congedier encor l'extinction finale ou la mort prise à la rigueur de la philosophie. L'auteur du premier livre de Diaeta, attribué à Hippocrate, estoit de ce sentiment; il veut que ce qu'on appelle vivre et mourir n'est que paroistre ou disparoistre plus ou moins. Parmenide et Melisse en disoient autant chez Aristote. Et conume la subtilité des corps organiques peut aller à l'infini (ce qu'on peut juger même par les semences enveloppées les unes dans les autres qui contiennent une replication continuelle des corps organisés et animés), il est aisé à juger que le feu même qui est le plus subtil et le plus violent agent ne détruira point l'animal, puisqu'il ne fera tout au plus que le reduire à une petitesse, sur laquelle cet element ne puisse plus agir. Cependant je ne veux point qu'on applique tout cela à l'ame raisonnable, qui est d'un ordre superieur, et à l'egard de la quelle Dieu a des loix particulieres qui la rendent exemte des revolutions de la matiere. Dieu agit simplement en auteur et en maistre avec les creatures qui sont sans raison, mais il agit en pere et en chef avec les ames qui le peuvent connoistre et l'aimer. Le Monde intellectuel (qui n'est autre chose que la Republique de l'univers ou la cité de Dieu) n'est pas assujetti aux loix inferieures de l'ordre des corps; et tout le systeme des corps ne paroist estre fait que pour le Monde intellectuel. J'adjouteray qu'il semble que la sensibilité et la douleur des bestes est tout d'une autre nature que la nostre, et ne sçauroit les rendre malheureuses, faute de reflexion. C'est pour repondre à ceux qui s'imaginent que si elles avoient des ames, la justice de Dieu seroit blessée à leur egard.
Mais pour mieux entendre la nature de la substance, il faut sçavoir que la notion parfaite de chaque substance, quoyque indivisible, enveloppe l'infini et exprime tousjours tout son passé et tout son avenir, en sorte que Dieu ou celui qui la connoist exactement, y voit tout cela des à present. Cependant les dispositions presentes (quelques inclinantes qu'elles puissent estre) ne sont jamais necessitantes et n'ostent point la contingence de l'avenir. Cela va même encor bien plus avant, car chaque substance toute seule exprime en elle tout l'univers; c'est un parfait miroir, suivant son rapport ou point de veue, quoyque cette combinaison d'une infinité de choses en chacune empeche qu'il y en ait une connoissance distincte. Il en est de l'univers, comme de nostre corps, dont Hippocrate dit, que tout y conspire. Il arrive de cela, qu'une substance creée n'agit pas proprement sur l'autre, à la rigueur metaphysique, mais que tout vient du propre fonds de chacune, puisque chacune represente à part tout l'univers à sa maniere. Il est vray que ce n'est que par une participation, bien que limitée des perfections divines; car c'est l'expression de la cause commune qui fait l'accord des effects. Cette independance ou spontaneité des substances va plus loin qu'on ne pense. Car je tiens que même suivant les loix des mouvemens, jamais un corps ne patit au choc d'un autre qu'en vertu de son propre ressort qui vient d'un mouvement deja existant en luy. Mais cela est bien plus absolument vray dans le principe substantiel indivisible, sur le quel aucune autre creature ne sçauroit agir à la rigueur, quoyque nous attribuions l'action à celuy des corps dont la disposition est plus propre à rendre raison. Ainsi le systeme des causes occasionnelles qui fait que Dieu produit des changemens dans une substance, à l'occasion d'une autre substance, (à moins qu'on ne l'explique comme nous) n'est point necessaire; il me semble que l'hypothese de la spontaneité suffit, sans qu'il faille faire tousjours entrevenir la puissance divine, DEUM ex machina, par une maniere inexplicable et comme miraculeuse. Il est tres vray que tout se produit continuellement par la vertu de Dieu; mais lorsqu'on vient à expliquer les actions de creatures, on peut supposer une fois pour toutes que chaque substance a esté creée d'abord en sorte que tout luy arrive en suite en vertu de ses propres loix ou inclinations d'une maniere qui s'accorde parfaitement avec ce qui arrive en toutes les autres, tout comme si l'une transmettoit quelque chose sur l'autre dans les rencontres, de quoy il n'y a pourtant aucun besoin, ny même aucun moyen. J'appelle cela le systeme de la correspondance. Je ne voy rien qui empeche Dieu de creer d'abord les substances aussi parfaites, aussi independantes des autres, et neantmoins aussi ajustées à toutes les autres que je viens de dire, sans que l'une fasse jamais de violence à l'autre. Dieu avant le decret de la creation connoissant parfaitement les estres possibles avec toute la suite de leur evenemens contingens compris dans la notion parfaite de chaque possible, a choisi ceux dont il prevoyoit que l'existence conviendroit le plus à sa sagesse. Ainsi les biens sont de luy et les maux viennent de l'imperfection originelle des creatures. Les esprits sont parfaitement libres et la substance ne depend que de Dieu et d'elle même. C'est aussi par là que nous avons enfin la solution du grand probleme de l'union de l'ame avec le corps ou avec la masse organisée. Le corps ne transmet rien sur l'ame ny l'ame sur le corps, et on n'a pas besoin de dire non plus que Dieu le fasse pour eux. L'ame a esté creée d'abord en sorte que tout ce que le corps peut offrir, se presente en elle en vertu de la nature representative qui luy a esté donnée avec son estre, pour se produire à point nommé. Dans la suite des temps par l'enfilade des pensées
et pour ainsi dire comme par des songes (ou plustost phenomenes internes) reglés et tellement veritables qu'ils se prevoyent avec succès; le tout independemment d'un dehors qui les fasse naistre dans l'ame et neantmoins conformement au reste de l'univers, mais particulierement aux organes du corps qui fait son point de vüe dans le monde, et c'est en quoy consiste leur union. Tout ce qu'on peut pretendre au delà, n'est point necessaire, et j'ose adjouter qu'il n'est point possible, car je crois que ce que nous venons de dire icy, est quelque chose de plus qu'une Hypothese.
[Endfassung] Systeme nouveau de la nature et de la communication des substances, aussi bien que de l'union qu'il y a entre l'ame et le corps.
Il y a plusieurs années que j'ay conçû ce systeme, et que j'en ay communiqué avec des sçavans hommes, et sur tout avec un des plus grands Theologiens et Philosophes de nostre temps,1 qui ayant appris quelques uns de mes sentimens par une personne de la plus haute qualité, les avoit trouvés fort paradoxes. Mais ayant receu mes éclaircissemens, il se retracta de la maniere la plus genereuse et la plus edifiante du monde, et ayant approuvé une partie de mes propositions, il fit cesser sa censure à l'egard des autres dont il ne demeuroit pas encor d'accord. Depuis ce temps là j'ay continué mes meditations selon les occasions, pour ne donner au public que des opinions bien examinées: et j'ay taché aussi de satisfaire aux objections faites contre mes essays de Dynamique qui ont de la liaison avec cecy. Enfin des personnes considerables ayant desiré de voir mes sentimens plus éclaircis, j'ay hazardé ces meditations, quoyqu'elles ne soient nullement populaires, ny propres à estre goustées de toute sorte d'esprits. Je m'y suis porté principalement pour profiter des jugemens de ceux qui sont éclairés en ces matieres, puisqu'il seroit trop embarassant de chercher et de sommer en particulier ceux qui seroient disposés à me donner des instructions, que je seray tousjours bien aise de recevoir, pourveu que l'amour de la verité y paroisse plustost que la passion pour les opinions dont on est prevenu.
Quoyque je sois un de ceux qui ont fort travaillé sur les Mathematiques, je n'ay pas laissé de mediter sur la philosophie dès ma jeunesse, car il me paroissoit tousjours qu'il y avoit moyen d'y établir quelque chose de solide par des demonstrations claires. J'avois penetré bien avant dans le pays des scholastiques, lorsque les Mathematiques et les Auteurs modernes m'en firent sortir encor bien jeune. Leur belles manieres d'expliquer la nature mecaniquement me charmèrent, et je méprisois avec raison la methode de ceux qui n'employent que des formes ou des facultés dont on n'apprend rien. Mais dépuis, ayant taché d'approfondir les principes mêmes de la Mecanique, pour rendre raison des loix de la nature que l'experience faisoit connoistre, je m'apperçûs que la seule consideration d'une masse étendue ne suffisoit pas, et qu'il falloit employer encor la notion de la force, qui est tres intelligible, quoyqu'elle soit du ressort de la Metaphysique. Il me paroissoit aussi, que l'opinion de ceux qui transforment ou degradent les bestes en pures machines, quoyqu'elle semble possible, est hors d'apparence, et même contre l'ordre des choses.
Au commencement, lorsque je m'estois affranchi du joug d'Aristote, j'avois donné dans le vuide et dans les Atomes, car c'est ce qui remplit le mieux l'imagination. Mais en estant revenu, après bien des meditations, je m'apperceus, qu'il est impossible de trouver les principes d'une veritable Unité dans la matiere seule ou dans ce qui n'est que passif, puisque tout n'y est que collection ou amas de parties jusqu'à l'infini. Or la multitude ne pouvant avoir sa realité que des unités veritables qui viennent d'ailleurs et sont tout autre chose que les points mathematiques qui ne sont que des extremités de l'étendu et des modifications dont il est constant, que le continuum ne sçauroit estre composé. Donc pour trouver ces unités reelles, je fus contraint de recourir à un point reel et animé pour ainsi dire, ou à un Atome de substance qui doit envelopper quelque chose de forme ou d'actif, pour faire un Estre complet.2 Il fallut donc rappeller et comme rehabiliter les formes substantielles,
si décriées aujourdhuy, mais d'une maniere qui les rendist intelligibles et qui separât l'usage qu'on en doit faire, de l'abus qu'on en a fait. Je trouvay donc que leur nature consiste dans la force, et que de cela s'ensuit quelque chose d'analogique au sentiment et à l'appetit; et qu'ainsi il falloit les concevoir à l'imitation de la notion que nous avons des ames. Mais comme l'ame ne doit pas estre employée pour rendre raison du détail de l'oeconomie du corps de l'animal, je jugeay de même qu'il ne falloit pas employer ces formes pour expliquer les problemes particuliers de la nature, quoyqu'elles soyent necessaires pour établir des vrays principes generaux. Aristote les appelle entelechies premieres, je les appelle peutestre plus intelligiblement forces primitives, qui ne contiennent pas seulement l'acte ou le complement de la possibilité, mais encor une activité originale.
Je voyois que ces formes est ces ames devoient estre indivisibles, aussi bien que nostre Esprit, comme en effect je me souvenois que c'estoit le sentiment de S. Thomas à l'égard des ames des bestes. Mais cette verité renouvelloit les grandes difficultés de l'origine et de la durée des ames et des formes. Car toute substance simple qui a une veritable unité, ne pouvant avoir son commencement ny sa fin que par miracle, il s'ensuit qu'elles ne sçauroient commencer que par creation ny finir que par annihilation. Ainsi (excepté les Ames que Dieu veut encor créer exprès) j'etois obligé de reconnoistre qu'il faut que les formes constitutives des substances ayent esté créées avec le monde, et qu'elles subsistent tousjours. Aussi quelques Scholastiques, comme Albert le Grand et Jean Bachon, avoient entrevû une partie de la verité sur leur origine. Et la chose ne doit point paroistre extraordinaire, puisqu'on ne donne aux formes que la durée, que les Gassendistes accordent à leurs Atomes.
Je jugeois pourtant qu'il n'y falloit point mêler indifferemment ou confondre avec les autres formes ou ames les Esprits ny l'ame raisonnable, qui sont d'un ordre superieur, et ont incomparablement plus de perfection que ces formes enfoncées dans la matiere qui se trouvent partout à mon avis, estant comme des petits Dieux au prix d'elles, faits à l'image de Dieu, et ayant en eux quelque rayon des lumieres de la Divinité. C'est pourquoy Dieu gouverne les Esprits, comme un Prince gouverne ses sujets, et même comme un pere a soin de ses enfans; au lieu qu'il dispose des autres substances, comme un Ingenieur manie ses machines. Ainsi les esprits ont des loix particulieres, qui les mettent au dessus des revolutions de la matiere par l'ordre même que Dieu y a mis, et on peut dire que tout le reste n'est fait que pour eux, ces revolutions mêmes estant accommodées à la felicité des bons, et au chastiment des mechans.
Cependant, pour revenir aux formes ordinaires, ou aux Ames brutes, cette durée qu'il leur faut attribuer, à la place de celle qu'on avoit attribuée aux atomes, pourroit faire douter si elles ne vont pas de corps en corps, ce qui seroit la Metempsychose, à peu près comme quelques Philosophes ont crû la transmission du mouvement et celle des especes. Mais cette imagination est bien eloignée de la nature des choses. Il n'y a point de tel passage, et c'est icy où les transformations de Messieurs Swammerdam, Malpighi et Leewenhoeck, qui sont des plus excellens observateurs de nostre temps, sont venues à mon secours, et m'ont fait admettre plus aisément, que l'animal et toute autre substance organisée ne commence point, lorsque nous le croyons, et que sa generation apparente n'est qu'un developpement, et une espece d'augmentation. Aussi ay je remarqué que l'Auteur de la Recherche de la Verité, Mr. Regis, Mr. Hartsoeker et d'autres habiles hommes n'ont pas esté fort eloignés de ce sentiment.
Mais il restoit encor la plus grande question de ce que ces ames ou ces formes deviennent par la mort de l'animal, ou par la destruction de l'individu de la substance organisée. Et c'est ce qui embarrasse le plus, d'autant qu'il paroist peu raisonnable que les ames restent inutilement dans un chaos de matiere confuse. Cela m'a fait juger enfin qu'il n'y avoit qu'un seul parti raisonnable à prendre; et c'est celuy de la conservation non seulement de l'ame, mais encor de l'animal même et de sa machine organique; quoyque la destruction des parties grossieres l'ait reduit à une petitesse qui n'echappe pas moins à nos sens que celle où il estoit avant que de naistre. Aussi n'y at-il personne qui puisse bien marquer le veritable temps de la mort, laquelle peut passer long temps pour une simple suspension des actions notables, et dans le fonds n'est jamais autre chose dans les simples animaux: temoin les ressuscitations des mouches noyées et puis ensevelies sous de la craye pulverisée, et plusieurs exemples semblables qui font assez connoistre qu'il y auroit bien d'autres ressuscitations, et de bien plus loin, si les hommes estoient en estat de remettre la machine. Et il y a de l'apparence que c'est de quelque chose d'approchant que le grand Democrite a parlé, tout Atomiste qu'il estoit, quoyque Pline s'en moque. Il est donc naturel que l'animal ayant tousjours esté vivant et organisé (comme des personnes de grande penetration commencent à le reconnoistre) il le demeure aussi tousjours. Et puisqu'ainsi il n'y a point de premiere naissance ny de generation entierement nouvelle de l'animal, il s'ensuit qu'il n'y en aura point d'extinction finale, ny de mort entiere prise à la rigueur metaphysique; et que par consequent au lieu de la transmigration des ames, il n'y a qu'une transformation d'un même animal, selon que les organes sont pliés differemment, et plus ou moins developpés.
Cependant les Ames raisonnables suivent des loix bien plus relevées, et sont exemtes de tout ce qui leur pourroit faire perdre la qualité de citoyens de la societé des esprits, Dieu y ayant si bien pourveu, que tous les changemens de la matiere ne leur sçauroient faire perdre les qualités morales de leur personalité. Et on peut dire que tout tend à la perfection non seulement de l'Univers en general, mais encor de ces creatures en particulier, qui sont destinées à un tel degré de bonheur, que l'Univers s'y trouve interessé en vertu de la bonté divine qui se communique à un chacun autant que la souveraine Sagesse le peut permettre.
Pour ce qui est du corps ordinaire des animaux et d'autres substances corporelles, dont on a crû jusqu'icy l'extinction entiere et dont les changemens dependent plustost des regles mecaniques que des loix morales, je remarquay avec plaisir que l'ancien auteur du livre de la Diete qu'on attribue à Hippocrate, avoit entreveu quelque chose de la verité, lorsqu'il a dit en termes exprès, que les animaux ne naissent et ne meurent point, et que les choses qu'on croit commencer et perir, ne font que paroistre et disparoistre. C'estoit aussi le sentiment de Parmenide et de Melisse chez Aristote. Car ces anciens estoient plus solides qu'on ne croit.
Je suis le mieux disposé du monde, à rendre justice aux modernes; cependant je trouve qu'ils ont porté la reforme trop loin, entre autres en confondant les choses naturelles avec les artificielles, pour n'avoir pas eu assez grandes Idées de la majesté de la nature. Ils conçoivent que la difference qu'il y a entre ses machines et les nostres, n'est que du grand au petit. Ce qui a fait dire depuis peu à un tres habile homme,3 qu'en regardant la nature de près, on la trouve moins admirable qu'on n'avoit crû, n'estant que comme la boutique d'un ouvrier. Je crois que ce n'est pas en donner une idée assez juste ny assez digne d'elle, et il n'y a que nostre systeme qui fasse connoistre enfin la veritable et immense distance qu'il y a entre les moindres productions et mechanismes de la sagesse divine, et entre les plus grands chefs d'oeuvre de l'art d'un esprit borné; cette difference ne consistant pas seulement dans le degré, mais dans le genre même. Il faut donc sçavoir que les Machines de la nature ont un nombre d'organes veritablement infini, et sont si bien munies et à l'épreuve de tous les accidens, qu'il n'est pas possible de les detruire. Une machine naturelle demeure encor machine dans ses moindres parties, et qui plus est, elle demeure tousjours cette même machine qu'elle a esté, n'estant que transformée par des differens plis qu'elle reçoit, et tantost étendue, tantost resserrée et comme concentrée lorsqu'on croit qu'elle est perdue.
De plus, par le moyen de l'ame ou forme, il y a une veritable unité qui repond à ce qu'on appelle moy en nous; ce qui ne sçauroit avoir lieu ny dans les machines de l'art, ny dans la simple masse de la matiere, quelque organisée qu'elle puisse estre; qu'on ne peut considerer que comme une armée ou un troupeau, ou comme un estang plein de poissons, ou comme une montre composée de ressorts et de roues. Cependant s'il n'y avoit point de veritables unités substantielles, il n'y auroit rien de substantiel ny de reel dans la collection. C'estoit ce qui avoit forcé Mr. Cordemoy à abandonner des Cartes, en embrassant la doctrine des Atomes de Democrite, pour trouver une veritable unité. Mais les Atomes de matiere sont contraires à la raison: outre qu'ils sont encor composés de parties, puisque l'attachement invincible d'une partie à l'autre (quand on le pourroit concevoir ou supposer avec raison) ne detruiroit point leur diversité. Il n'y a que les Atomes de substance, c'est à dire, les unités reelles et absolument destituées de parties, qui soyent les sources des actions, et les premiers principes absolus de la composition des choses, et comme les derniers elemens de l'analyse des choses substantielles. On les pourroit appeller points metaphysiques: ils ont quelque chose de vital et une espece de perception, et les points mathematiques sont leur points de veue, pour exprimer l'univers. Mais quand les substances corporelles sont resserrées, tous leur organes ensemble ne font qu'un point physique à nostre égard. Ainsi les points physiques ne sont indivisibles qu'en apparence: les points mathematiques sont exacts, mais ce ne sont que des modalités: il n'y a que les points metaphysiques ou de substance (constitués par les formes ou ames) qui soyent exacts et reels, et sans eux il n'y auroit rien de reel, puisque sans les veritables unités il n'y auroit point de multitude.
Après avoir établi ces choses, je croyois entrer dans le port; mais lorsque je me mis à mediter sur l'union de l'ame avec le corps, je fus comme rejetté en pleine mer. Car je ne trouvois aucun moyen d'expliquer comment le corps fait passer quelque chose dans l'ame, ou vice versa, ny comment une substance peut communiquer avec une autre substance creée. Mr. des Cartes avoit quitté la partie là dessus, autant qu'on le peut connoistre par ses écrits: mais ses disciples voyant que l'opinion commune est inconcevable, jugèrent que nous sentons les qualités des corps, parceque Dieu fait naistre des pensées dans l'ame à l'occasion des mouvemens de la matiere; et lorsque nostre ame veut remuer le corps à son tour, ils jugèrent que c'est Dieu qui le remue pour elle. Et comme la communication des mouvemens leur paroissoit encor inconcevable, ils ont crû que Dieu donne du mouvement à un corps à l'occasion du mouvement d'un autre corps. C'est ce qu'ils appellent le Systeme des Causes occasionnelles, qui a esté fort mis en vogue par les belles reflexions de l'Auteur de la Recherche de la Verité.
Il faut avouer qu'on a bien penetré dans la difficulté, en disant ce qui ne se peut point; mais il ne paroist pas qu'on l'ait levée en expliquant ce qui se fait effectivement. Il est bien vray qu'il n'y a point d'influence reelle d'une substance creée sur l'autre, en parlant selon la rigueur metaphysique, et que toutes les choses, avec toutes leur realités, sont continuellement produites par la vertu de Dieu: mais pour resoudre des problemes, il n'est pas assez d'employer la cause generale, et de faire venir ce qu'on appelle Deum ex machina. Car lorsque cela se fait sans qu'il y ait autre explication qui se puisse tirer de l'ordre des causes secondes, c'est proprement recourir au miracle. En Philosophie il faut tacher de rendre raison, en faisant connoistre de quelle façon les choses s'executent par la sagesse divine, conformement à la notion du sujet dont il s'agit.
Estant donc obligé d'accorder qu'il n'est pas possible que l'ame ou quelque autre veritable substance puisse recevoir quelque chose par dehors, si ce n'est par la toutepuissance divine, je fus conduit insensiblement à un sentiment qui me surprit, mais qui paroist inevitable, et qui en effect a des avantages tres grands et des beautés bien considerables. C'est qu'il faut donc dire que Dieu a creé d'abord l'ame, ou toute autre unité reelle de telle sorte, que tout luy doit naistre de son propre fonds, par une parfaite spontaneité à l'égard d'elle-même, et pourtant avec une parfaite conformité aux choses de dehors. Et qu'ainsi nos sentimens interieurs (c'est à dire, qui sont dans l'ame même, et non par dans le cerveau, ny dans les parties subtiles du corps) n'estant que des phenomenes suivis sur les estres externes, ou bien des apparences veritables, et comme des songes bien reglés, il faut que ces perceptions internes dans l'ame même luy arrivent par sa propre constitution originale, c'est à dire par la nature representative (capable d'exprimer les estres hors d'elle par rapport à ses organes) qui luy a esté donnée des sa création, et qui fait son caractere individuel. Et c'est ce qui fait que chacune de ces substances, representant exactement tout l'univers à sa maniere et suivant un certain point de veue, et les perceptions ou expressions des choses externes arrivant à l'ame à point nommé, en vertu de ses propres loix, comme dans un monde à part, et comme s'il n'existoit rien que Dieu et elle (pour me servir de la maniere de parler d'une certaine personne d'une grande elevation d'esprit, dont la sainteté est celebrée), il y aura un parfait accord entre toutes ces substances, qui fait le même effect qu'on remarqueroit si elles communiquoient ensemble par une transmission des especes, ou des qualités que le vulgaire des Philosophes s'imagine. De plus, la masse organisée, dans laquelle est le point de veue de l'ame, estant exprimée plus prochainement par elle, et se trouvant reciproquement preste à agir d'elle-même, suivant les loix de la machine corporelle, dans le moment que l'ame le veut, sans que l'un trouble les loix de l'autre, les esprits et le sang ayant justement alors les mouvemens qu'il leur faut pour repondre aux passions et aux perceptions de l'ame, c'est ce rapport mutuel reglé par avance dans chaque substance de l'univers, qui produit ce que nous appellons leur communication, et qui fait uniquement l'union de l'ame et du corps. Et l'on peut entendre par là comment l'ame a son siege dans le corps par une presence immediate, qui ne sçauroit estre plus grande, puisqu'elle y est comme l'unité est dans le resultat des unités qui est la multitude.
Cette hypothese est tres possible. Car pourquoy Dieu ne pourroit il pas donner d'abord à la substance une nature ou force interne qui luy puisse produire par ordre (comme dans un Automate spirituel ou formel, mais libre en celle qui a la raison en partage) tout ce qui luy arrivera, c'est à dire, toutes les apparences ou expressions qu'elle aura, et cela sans le secours d'aucune creature? D'autant plus que la nature de la substance demande necessairement et enveloppe essentiellement un progrès ou un changement, sans lequel elle n'auroit point de force d'agir. Et cette nature de l'ame estant representative de l'univers d'une maniere tres exacte (quoyque plus ou moins distincte), la suite des representations que l'ame se produit, répondra naturellement à la suite des changemens de l'univers même: comme en échange le corps a aussi esté accommodé à l'ame, pour les rencontres où elle est conçue comme agissante au dehors: ce qui est d'autant plus raisonnable, que les corps ne sont faits que pour les esprits seuls capables d'entrer en societé avec Dieu, et de celebrer sa gloire. Ainsi dès qu'on voit la possibilité de cette Hypothese des accords, on voit aussi qu'elle est la plus raisonnable, et qu'elle donne une merveilleuse idée de l'harmonie de l'univers et de la perfection des ouvrages de Dieu.
Il s'y trouve aussi ce grand avantage, qu'au lieu de dire, que nous ne sommes libres qu'en apparence et d'une maniere suffisante à la practique, comme plusieurs personnes d'esprit ont crû, il faut dire plustost que nous ne sommes entrainés qu'en apparence, et que dans la rigueur des expressions metaphysiques, nous sommes dans une parfaite independance à l'égard de l'influence de toutes les autres creatures. Ce qui met encor dans un jour merveilleux l'immortalité de nostre ame, et la conservation tousjours uniforme de nostre individu, parfaitement bien reglée par sa propre nature, à l'abri de tous les accidens de dehors, quelque apparence qu'il y ait du contraire. Jamais systeme n'a mis nostre elevation dans une plus grande evidence. Tout Esprit estant comme un Monde à part, suffisant à luy même, independant de toute autre creature, enveloppant l'infini, exprimant l'univers, il est aussi durable, aussi subsistant, et aussi absolu que l'univers luy même des creatures. Ainsi on doit juger qu'il y doit tousjours faire figure de la maniere la plus propre à contribuer à la perfection de la societé de tous les esprits, qui fait leur union morale dans la Cité de Dieu. On y trouve aussi une nouvelle preuve de l'existence de Dieu, qui est d'une clarté surprenante. Car ce parfait accord de tant de substances qui n'ont point de communication ensemble, ne sçauroit venir que de la cause commune.
Outre tous ces avantages qui rendent cette Hypothese recommandable, on peut dire que c'est quelque chose de plus qu'une Hypothese, puisqu'il ne paroist gueres possible d'expliquer les choses d'une autre maniere intelligible, et que plusieurs grandes difficultés qui ont jusqu'icy exercé les esprits, semblent disparoistre d'elles mêmes quand on l'a bien comprise. Les manieres de parler ordinaires se sauvent encor tres bien. Car on peut dire que la substance dont la disposition rend raison du changement, d'une maniere intelligible, en sorte qu'on peut juger que c'est à elle que les autres ont esté accommodées en ce point dès le commencement, selon l'ordre des decrets de Dieu, est celle qu'on doit concevoir en cela, comme agissante ensuite sur les autres. Aussi l'action d'une substance sur l'autre n'est pas une emission ny une transplantation d'une entité, comme le vulgaire le conçoit, et ne sçauroit estre prise raisonnablement que de la maniere que je viens de dire. Il est vray qu'on conçoit fort bien dans la matiere et des emissions et des receptions des parties, par lesquelles on a raison d'exliquer mecaniquement tous les phenomenes de Physique; mais comme la masse materielle n'est pas une substance, il est visible que l'action à l'égard de la substance même ne sçauroit estre que ce que je viens de dire.
Ces considerations, quelque metaphysiques qu'elles paroissent, ont encor un merveilleux usage dans la Physique pour établir les loix du mouvement, comme nos Dynamiques le pourront faire connoistre. Car on peut dire que dans le choc des corps chacun ne souffre que par son propre ressort, causé du mouvement qui est déja en luy. Et quant au mouvement absolu, rien ne peut le determiner mathematiquement, puisque tout se termine en rapports: ce qui fait qu'il y a tousjours une parfaite equivalence des Hypotheses, comme dans l'Astronomie, en sorte que quelque nombre de corps qu'on prenne, il est arbitraire d'assigner le repos ou bien un tel degré de vistesse à celuy qu'on en voudra choisir, sans que les phenomenes du mouvement droit, circulaire, ou composé, le puissent refuter. Cependant il est raisonnable d'attribuer aux corps des veritables mouvemens, suivant la supposition qui rend raison des phenomenes, de la maniere la plus intelligible, cette denomination estant conforme à la notion de l'Action, que nous venons d'établir.
Objections de M. Foucher, Chanoine de Dijon, contre le nouveau systeme de la communication des substances, dans une lettre à l'auteur de ce systeme 12 Septemb. 1695.
Quoique votre systeme, Monsieur, ne soit pas nouveau pour moi, et que je vous aye declaré en partie mon sentiment sur ce sujet il y a plus de dix ans (a), je ne laisserai pas de vous dire encore ici ce que j'en pense.
La premiere partie ne tend qu'à faire reconnoistre dans toutes les substances des unités qui constituent leurs realités, et les distinguant des autres, forment, pour parler à la manière de l'école, leur individuation; et c'est ce que vous remarquez premièrement au sujet de la matière ou de l'étenduë. Je demeure d'accord avec vous, qu'on a raison de demander des unités qui fassent la composition et la réalité de l'étenduë. Car sans cela, comme vous remarquez fort bien, une étenduë toujours divisible n'est qu'un composé chimérique, dont les principes n'existent point, puisque sans unités il n'y a point de multitude véritablement. Cependant je m'étonne que l'on s'endorme sur cette question; car les principes essentiels de l'étenduë ne sçauroient exister réellement (b). En effet, des point sans parties ne peuvent être dans l'Univers, et deux points joints ensemble ne forment aucune extension. Il est impossible qu'aucune longueur subsiste sans largeur, ni aucune superficie sans profondeur. Et il ne sert de rien d'aporter des points physiques, puisque ces points sont étendus et renferment toutes les difficultés que l'on voudroit éviter. Mais je ne m'arrêterai pas davantage sur ce sujet, sur lequel nous avons déja disputé, vous et moi, dans les journaux du seizième mars 1693 et du troisième août de la même année.
Vous aportez d'autre part une autre sorte d'unités qui sont, à proprement parler, des unités de composition ou de relation, et qui regardent la perfection ou l'achèvement d'un tout, lequel est destiné à quelques fonctions, étant organique. Par exemple, un horloge est un, un animal est un; et vous croyez donner le nom de formes substantielles aux unités naturelles des animaux et des plantes, en sorte que ces unités fassent leur individuation, en les distinguant de tout autre composé. Il me semble que vous avez raison de donner aux animaux un principe d'individuation, autre que celui qu'on a coutume de leur donner, qui n'est que par raport à des accidens extérieurs. Effectivement il faut que ce principe soit interne, tant de la part de leur ame que de leur corps, mais quelque disposition qu'il puisse y avoir dans les organes de l'animal, cela ne suffit pas pour le rendre sensible; car enfin tout cela ne regarde que la composition organique et machinale, et je ne vois pas que vous ayez raison par là de constituer un principe sensitif dans les bêtes, différent substantiellement de celui des hommes (c); et après tout, ce n'est pas sans sujet que les Cartésiens reconnoissent que si on admet un principe sensitif, capable de distinguer le bien du mal dans les animaux, il est nécessaire aussi par conséquent d'y admettre de la raison, du discernement et du jugement. Ainsi, permettez-moi de vous dire, Monsieur, que cela ne résout point non plus la difficulté.
Venons à vostre Concomitance, qui fait la principale et la seconde partie de vostre système. On vous accordera que Dieu, ce grand Artisan de l'Univers, peut si bien ajuster toutes les parties organiques du corps d'un homme, qu'elles soient capables de produire tous les mouvemens que l'ame jointe à ce corps voudra produire dans le cours de sa vie, sans qu'elle ait le pouvoir de changer ces mouvemens, ni de les modifier en aucune manière, et que réciproquement Dieu peut faire une construction dans l'ame (soit que ce soit une machine d'une nouvelle expèce ou non), par le moyen de laquelle toutes les pensées et modifications, qui correspondent à ces mouvemens, puissent naître successivement dans le même moment que le corps fera ses fonctions, et que cela n'est pas plus impossible que de faire que deux horloges s'accordent si bien et agissent si uniformément, que dans le moment que l'horloge A sonnera midi, l'horloge
B le sonne aussi, en sorte que l'on s'imagine que les deux horloges ne soient conduits que par un même poids ou un même ressort. Mais après tout, à quoi peut servir tout ce grand artifice dans les substances, si non pour faire croire que les unes agissent sur les autres, quoique cela ne soit pas? (d) En vérité, il me semble que ce système n'est de guères plus avantageux que celui des Cartésiens; et si on a raison de rejetter le leur, parce qu'il suppose inutilement que Dieu considérant les mouvemens qu'il produit lui-même dans le corps, produit aussi dans l'ame des pensées qui correspondent à ces mouvemens; comme s'il n'étoit pas plus digne de lui de produire tout d'un coup les pensées et modifications de l'âme, sans qu'il y ait des corps qui lui servent comme de règle (e), et pour ainsi dire, lui aprennent ce qu'il doit faire; n'aura-t-on pas sujet de vous demander pourquoi Dieu ne se contente point de produire toutes les pensées et modifications de l'ame, soit qu'il le fasse immédiatement ou par artifice, comme vous voudriez, sans qu'il y ait des corps inutiles que l'esprit ne sçauroit ni remuer ni connoistre? Jusques-là, que quand il n'arriveroit aucun mouvement dans ces corps, l'ame ne laisseroit pas tousjours de penser qu'il y en auroit; de même que ceux qui sont endormis croyent remuer leurs membres, et marcher, lorsque néanmoins ces membres sont en repos et ne se meuvent point du tout. Ainsi, pendant la veille, les ames demeureroient toujours persuadées que leurs corps se mouvroient suivant leurs volontés, quoique pourtant ces masses vaines et inutiles fussent dans l'inaction et demeurassent dans une continuelle létargie. En vérité, Monsieur, ne voit-on pas que ces opinions sont faites exprès, et que ces systèmes venant après coup, n'ont été fabriqués que pour sauver de certains principes dont on est prévenu? En effet, les Cartésiens supposant qu'il n'y a rien de commun entre les substances spirituelles et les corporelles, ne peuvent expliquer comment les unes agissent sur les autres; et par conséquent, ils en sont réduits à dire ce qu'ils disent. Mais vous, Monsieur, qui pourriez vous en démêler par d'autres voyes, je m'étonne de ce que vous vous embarrassez de leurs difficultés. Car qui est-ce qui ne conçoit qu'une balance étant en équilibre et sans action, si on ajoute un poids nouveau à l'un des côtés, incontinent on voit du mouvement, et l'un des contrepoids fait monter l'autre, malgré l'effort qu'il fait pour descendre. Vous concevez que les êtres matériels
sont capables d'efforts et de mouvement; et il s'ensuit fort naturellement que le plus grand effort doit surmonter le plus foible. D'autre part, vous reconnoissez aussi que les êtres spirituels peuvent faire des efforts (f), et comme il n'y a point d'effort qui ne suppose quelque résistance, il est nécessaire ou que cette resistance se trouve plus forte ou plus faible; si plus forte, elle surmonte, si plus faible, elle cède. Or, il n'est pas impossible que l'esprit faisant effort pour mouvoir le corps, le trouve muni d'un effort contraire qui lui résiste tantôt plus, tantôt moins, et cela suffit pour faire qu'il en souffre. C'est ainsi que St. Augustin explique de dessein formé dans ses livres de la musique l'action des esprits sur les corps.
Je sçai qu'il y a bien encore des questions à faire avant que d'avoir résolu toutes celles que l'on peut agiter depuis les premiers principes; tant il est vrai que l'on doit observer les loix des Académiciens, dont la seconde défend de mettre en question les choses que l'on voit bien ne pouvoir décider, comme sont presque toutes celles dont nous venons de parler; non pas que ces questions soient absolument irrésolubles, mais parce qu'elles ne sont resolubles que dans un certain ordre, qui demande que les Philosophes commencent à s'accorder pour la marque infaillible de la vérité, et s'assujétissent aux demonstrations depuis les premiers principes; et en attendant, on peut toujours séparer ce que l'on conçoit clairement et suffisamment, des autres points ou sujets qui renferment quelque obscurité.
Voilà, Monsieur, ce que je puis dire présentement de vostre système, sans parler des autres beaux sujets que vous y traitez par occasion, et qui mériteroient une discussion particulière.
Remarques sur les Objections de M. Foucher.
(a) il y a plus de dix ans] C'est qu'avant que de publier le systeme nouveau, on a observé la regle d'Horace: nonumque prematur in annum.
(b) On a raison de demander des Unités qui fassent la composition et la realité de l'étendue ... Une unité tousjours
divisible n'est qu'un composé chimerique dont les principes n'existent point ... les principes essentiels de l'etendue ne sauroient exister reellement]. Il semble que l'auteur de l'objection n'a pas bien pris mon sentiment. L'etendue ou l'espace, et les surfaces, lignes et points qu'on y peut concevoir, ne sont que des rapports d'ordre, ou des ordres de coexistence, tant pour l'existent effectif que pour le possible qu'on pourroit y mettre à la place de ce qui est. Ainsi ils n'ont point de principes composans, non plus que le Nombre. Et comme le Nombre rompu, par exemple 1/2, peut estre rompu d'avantage en deux quatriemes ou 4 huitiemes etc. et cela à l'infini, sans qu'on puisse venir aux plus petites fractions ou concevoir le nombre comme un Tout formé par l'assemblage des derniers elemens, il en est de même d'une ligne qu'on peut diviser, tout comme ce nombre. Aussi à proprement parler, le nombre 1/2 en abstrait est un rapport tout simple, nullement formé par la composition d'autres fractions, quoyque dans les choses denombrées il se trouve de l'egalité entre deux quatriemes et un demi. Et on en peut dire autant de la ligne abstraite, la composition n'estant que dans les concrets, ou masses dont ces lignes abstraites marquent les rapports. Et c'est aussi de cette sorte que les points mathematiques ont lieu, qui ne sont encor que des modalités, c'est à dire des extremités. Et comme tout est indefini dans la ligne abstraite, on y a égard à tout ce qui est possible, comme dans les fractions d'un nombre, sans se mettre en peine des divisions faites actuellement, qui designent ces points de differente maniere. Mais dans les choses substantielles actuelles le tout est un resultat ou assemblage des substances simples ou bien d'une multitude d'unités reelles. Et c'est la confusion de l'ideal et de l'actuel qui a tout embrouillé et fait le labyrinthe de compositione continui. Ceux qui composent la ligne de points, ont cherché des premiers elemens dans les choses ideales ou rapports tout autrement qu'il ne falloit; et ceux qui ont trouvé que les rapports comme le nombre ou l'espace (qui comprend l'ordre ou rapport des choses coexistentes possibles) ne sauroient estre formé par l'assemblage des points, ont eu tort pour la pluspart de nier les premiers elemens des realités substantielles, si elles n'avoient point d'unités primitives ou comme s'il n'y avoit point de substances simples. Cependant le nombre et la ligne ne sont point des choses chimeriques, quoyqu'il n'y ait point de telle composition, car ce sont des rapports qui renferment des verités eternelles, sur lesquelles se reglent les phenomenes de la nature. De sorte qu'on peut dire qu'un 1/2 et 1/4 pris en abstrait sont independans l'un de l'autre, ou plustost le rapport total 1/2 est anterieur (dans le signe de la raison, comme parlent les Scholastiques) au rapport partial 1/4, puisque c'est par la soubsdivision du demi qu'on vient au quatrieme, en considerant l'ordre ideal; et il en est de même de la ligne, où le tout est anterieur à la partie parceque cette partie n'est que possible et ideale. Mais dans les realités où il n'entre que des divisions faites actuellement, le tout n'est qu'un resultat ou assemblage, comme un trouppeau de moutons; il est vray que le nombre des substances simples qui entrent dans une masse quelque petite qu'elle soit, est infini, puisqu'outre l'ame qui fait l'unité reelle de l'animal, le corps du mouton (par exemple) est soubsdivisé actuellement, c'est à dire qu'il est encor un assemblage d'animaux ou de plantes invisibles, composés de même outre ce qui fait aussi leur unité reelle; et quoyque cela aille à l'infini, il est manifeste, qu'au bout du compte tout revient à ces unités, le reste ou les resultats n'estant que des phenomenes bien fondés.
(c) Je ne vois point que vous avés raison par là de constituer un principe sensitif dans les bestes different substantiellement de celuy des hommes]. Je le fais parce qu'on ne trouve pas que les Bestes fassent des reflexions qui constituent la raison, adonnant la connoissance des verités necessaires ou des sciences, rendent l'ame capable de personalité. Les bestes distinguent le bien et le mal, ayant de la perception, mais elles ne sont point capables du bien et du mal moral, qui supposent la raison et la conscience.
(d) A quoy peut servir tout ce grand artifice dans les substances, si non pour faire croire que les unes agissent sur les autres, quoyque cela ne soit pas.] Ce grand artifice qui fait que chaque substance repond à toutes les autres, est necessaire parce que toutes ces substances sont l'effect d'une souveraine sagesse; et il n'estoit pas possible (au moins dans l'ordre naturel et sans miracles) d'obtenir autrement leur dependance, et les changemens des uns par les autres ou suivant les autres. Il demeure cependant vray que les unes agissent sur les autres, pourveu qu'on l'entende sainement; l'action entre substances creées ne consistant que dans cette dependance que les unes ont des autres en suite de la constitution originale, que Dieu leur a donnée.
Mais si nous nous imaginons une influence des unes sur les autres, c'est une erreur qui vient de nostre faute, lorsque nous raisonnons mal. Et Dieu n'est pas obligé de faire un systeme, où nous ne soyons pas sujets à nous tromper; comme il n'a pas esté obligé d'eviter le systeme du mouvement de la terre, pour nous garantir de l'erreur, où presque tous les Astronomes sont tombés jusqu'à Copernic.
(e) Il estoit plus digne de Dieu de produire tout d'un coup les pensées et modifications de l'ame, sans qu'il y ait des corps qui luy servent comme de regle]. Dieu aussi a produit tout d'un coup non pas toutes les pensées (car il faut qu'elles se suivent), mais une nature qui les produit par ordre. Et c'est justement ce que je veux: Le corps ne fait qu'y repondre. Mais les corps estoient necessaires pour produire non seulement nos unités et ames, mais encor celles des autres substances corporelles, animaux et plantes, qui sont dans nos corps et dans ceux qui nous environnent.
(f) Les estres materiels sont capables d'efforts et de mouvement ... les Estres spirituels aussi peuvent faire des efforts]. On en veut inferer qu'ils peuvent agir les uns sur les autres. Mais leur efforts sont chez eux, et ne vont pas des uns dans les autres, car ce ne sont que des tendances au changement selon les loix de chacun à part.
Eclaircissement du nouveau systeme de la communication des substances, pour servir de reponse à ce qui en est dit dans le Journal du 12 Septembre 1695.
Je me souviens, Monsieur, que je crûs satisfaire à vostre desir, en vous communiquant mon Hypothese de Philosophie, il y a plusieurs années, quoyque ce fut en vous témoignant en même temps que je n'avois pas encor resolu de l'avouer. Je vous en demanday vostre sentiment en echange, mais je ne me souviens pas d'avoir receu de vous des objections; autrement, estant docile comme je suis, je ne vous aurois point donné sujet de me faire les mêmes deux fois. Cependant elles viennent encor à temps, quoyqu'elles viennent apres la publication, car je ne suis pas de ceux à qui l'engagement tient lieu de raison, comme vous l'eprouverés quand vous pourrés dire d'avoir apporté quelque raison precise et pressante contre mes opinions, ce qui apparemment n'a pas esté vostre dessein. Vous avés voulu parler en Academicien habile, et donner occasion par là d'approfondir les choses.
(1) Je n'ay point voulu donner icy les principes de l'étendue, mais ceux de l'étendu effectif, ou de la masse corporelle, et ces principes, selon moy, sont les unités réelles, c'est à dire les substances douées d'une veritable unité.
(2) L'unité d'une horloge dont vous faites mention, est toute autre chez moy que celle d'un animal: celuicy pouvant estre une substance douée d'une veritable unité, comme ce qu'on appelle moy en nous; au lieu qu'une horloge n'est autre chose qu'un assemblage.
(3) Ce n'est pas dans la disposition des organes que je mets le principe sensitif des animaux; et je demeure d'accord qu'elle ne regarde que la masse corporelle.
(4) Je remarque ces choses pour empecher les mesentendus et pour monstrer que ce que vous dites là dessus n'est point contraire à ce que j'ay avancé. Aussi semblet-il que vous ne me donnés point de tort, lorsque je demande des unités veritables, et que cela me fait rehabiliter les formes substantielles. Mais lorsque vous semblés dire que l'ame des bestes doit avoir de la raison, si on luy donne du sentiment, c'est une consequence, dont je ne voy point la preuve.
(5) Vous reconnoissés avec une sincerité louable, que mon Hypothese de l'Harmonie ou de la concomitance est possible. Mais vous ne laissés pas d'y avoir quelque repugnance, sans doute parceque vous l'avés crûe purement arbitraire, pour n'avoir point esté informé, qu'elle suit de mon sentiment des Unités; car tout y est lié.
(6) Vous demandés donc, Monsieur, à quoy peut servir tout cet artifice, que j'attribue à l'Auteur de la nature, comme si on luy en pouvoit trop attribuer, et comme si cette exacte correspondance entre elles par les loix propres, que chacune a receues d'abord, n'estoit pas une chose admirablement belle en elle même et digne de son Auteur. Vous demandés aussi, quel avantage j'y trouve.
(7) Je pourrois me rapporter à ce que j'en avois deja dit. Neantmoins je reponds premierement, que lorsqu'une chose ne sçauroit manquer d'estre, il n'est pas necessaire pour l'admettre, qu'on demande à quoy elle peut servir. A quoy sert l'incommensurabilité du costé avec la diagonale?
(8) Je reponds en second lieu, que cette correspondance sert à expliquer la communication des substances, et l'union de l'ame avec le corps par les loix de la nature établies par avance, sans avoir recours ny à une transmission des especes, qui est inconcevable, ny à un nouveau secours de Dieu qui paroist peu convenable. Car il faut sçavoir que comme il y a des loix de la nature dans la matiere, il y en a aussi dans les ames ou formes, et ces loix portent ce que je viens de dire.
(9) On me demande encor, d'où vient que Dieu ne se contente point de produire toutes les pensées et modifications de l'ame, sans ces corps inutiles que l'ame ne sçauroit (dit-on) ny remuer ny connoistre. La réponse est aisée. C'est que Dieu a voulu qu'il y eust plustost plus que moins de substances, et qu'il a trouvé bon que ces modifications repondissent à quelque chose de dehors.
(10) Il n'y a point de substance inutile; elles sont concourues toutes au dessein de Dieu.
(11) Je n'ay garde aussi d'admettre que l'ame ne connoist point les corps, quoyque cette connoissance se fasse sans influence de l'un sur l'autre.
(12) Je ne fuiray pas même de dire que l'ame remue le corps, et comme un Copernicien parle veritablement du lever du soleil, un Platonicien de la realité de la matiere, un Cartesien de celle des qualités sensibles, pourveu qu'on l'entende sainement, je crois de même qu'il est tres vray de dire que les substances agissent les unes sur les autres, pourveu qu'on entende que l'une est cause des changemens dans l'autre en consequence des loix de l'Harmonie.
(13) Ce qui est objecté touchant la lethargie des corps, qui seroient sans action pendant que l'ame les croiroit en mouvement, ne sçauroit estre, à cause de cette même correspondance immanquable, que la Sagesse Divine a etablie.
(14) Je ne connois point ces masses vaines, inutiles et dans l'inaction, dont on parle. Il y a de l'action par tout, et je l'etablis plus que la Philosophie receue, parceque je crois qu'il n'y a point de corps sans mouvement, ny de substance sans effort.
(15) Je n'entends pas en quoy consiste l'objection comprise dans ces paroles: En verité, Monsieur, ne voit on pas que ces opinions sont faites exprès, et que ces systemes venant après coup n'ont esté fabriqués que pour sauver de certains principes? Toutes les hypotheses sont faites exprès, et tous les systemes viennent après coup, pour sauver les phenomenes ou apparences; mais je ne voy pas quels sont les principes dont on dit que je suis prevenu, et que je veux sauver.
(16) Si cela veut dire que je suis porté à mon Hypothese encor par des raisons a priori, ou par de certains principes, comme cela est ainsi en effect, c'est plustost une louange de l'hypothese qu'une objection. Il suffit communement, qu'une Hypothese se prouve a posteriori, parce qu'elle satisfait aux phenomenes; mais quand on en a encor des raisons d'ailleurs, et a priori, c'est tant mieux.
(17) Mais peut estre que cela veut dire, que m'estant forgé une opinion nouvelle, j'ay esté bien aise de l'employer, plustost pour me donner des airs de nouveauté, que pour que j'y aye reconnu de l'utilité. Je ne scay, Monsieur, si vous avés assez mauvaise opinion de moy, pour m'attribuer ces pensées. Car vous sçavés que j'aime la verité, et que, si j'affectois tant les nouveautés, j'aurois plus d'empressement à les produire, même celles dont la solidité est reconnue. Mais à fin que ceux qui me connoissent moins ne donnent point à vos paroles un sens que nous ne voudrions point, il suffira de dire, qu'à mon avis il est impossible d'expliquer autrement l'action emanente conforme aux loix de la nature, et que j'ay crû que l'usage de mon hypothese se reconnoistroit par la difficulté que des plus habiles Philosophes de nostre temps ont trouvée dans la communication des esprits et des corps, et même des substances corporelles entre elles: et je ne sçay si vous n'y en avés point trouvé vous même.
(18) Il est vray qu'il y a, selon moy, des efforts dans toutes les substances; mais ces efforts ne sont proprement que dans la substance même; et ce qui s'ensuit dans les autres, n'est qu'en vertu d'une Harmonie preétablie s'il m'est permis d'employer ce mot, et nullement par une influence reelle, ou par une transmission de quelque espece ou qualité. Comme j'ay expliqué ce que c'est que l'action et la passion, on peut inferer aussi ce que c'est que l'effort et la resistance.
(19) Vous sçavés, dites vous, Monsieur, qu'il y a bien encor des questions à faire, avant qu'on puisse decider celles que nous venons d'agiter. Mais peut estre trouverés vous que je les ay deja faites; et je ne sçay si vos Academiciens ont pratiqué avec plus de rigueur et plus effectivement que moy, ce qu'il y a de bon dans leur methode. J'aprouve fort qu'on cherche à demonstrer les verités depuis les premiers principes: cela est plus utile qu'on ne pense, et j'ay mis souvent ce precepte en practique. Ainsi j'applaudis à ce que vous dites là dessus, et je voudrois que vostre exemple portât nos Philosophes à y penser comme il faut.
(20) J'ajouterai encor une Reflexion, qui me paroist considerable pour mieux faire comprendre la realité et l'usage de mon systeme. Vous sçavés que Mr. des Cartes a crû qu'il se conserve la même quantité de mouvement dans les corps. On a monstré qu'il s'est trompé en cela; mais j'ay fait voir qu'il est tousjours vray, qu'il se conserve la même force mouvante, pour laquelle il avoit pris la quantité du mouvement. Cependant les changemens qui se font dans le corps en consequence des modifications de l'ame, l'embarrassèrent, parce qu'elles sembloient violer cette loi. Il crût donc avoir trouvé un expedient, qui est ingenieux en effect, en disant qu'il faut distinguer entre le mouvement et la direction; et que l'ame ne sçauroit augmenter ny diminuer la force mouvante, mais qu'elle change la direction, ou détermination du cours des esprits animaux, et que c'est par là qu'arrivent les mouvemens volontaires. Il est vray qu'il n'avoit garde d'expliquer comment fait l'ame pour changer le cours des corps, cela paroissant aussi inconcevable, que de dire qu'elle leur donne du mouvement, à moins qu'on n'ait recours avec moy à l'harmonie preétablie; mais il faut sçavoir qu'il y a une autre loi de la nature, que j'ay découverte et demonstrée, et que Mr. des Cartes ne sçavoit pas: C'est qu'il se conserve non seulement la même quantité de la force mouvante, mais encor la même quantité de direction de quelque costé qu'on la prenne dans le monde. C'est à dire: menant une ligne droite telle qu'il vous plaira, et prenant encor des corps tels et tant qu'il vous plaira, vous trouverés, en considérant tous ces corps ensemble, sans omettre aucun de ceux qui agissent sur quelqu'un de ceux que vous avez pris, qu'il y aura tousjours la même quantité de progrès du même costé dans toutes les paralleles à la droite que vous avés prise: prenant garde, qu'il faut estimer la somme du progrès, en ostant celuy des corps qui vont en sens contraire de celuy de ceux qui vont dans le sens qu'on a pris. Cette loy estant aussi belle et aussi generale que l'autre, ne meritoit pas non plus d'estre violée: et c'est ce qui se fait par mon systeme, qui conserve la force et la direction, et en un mot toutes les loix naturelles des corps, non obstant les changemens qui s'y font en consequence de ceux de l'ame.
[Postscriptum eines Briefes an Basnage de Beauval]
P.S.
Hanover 3/13 Janvier 1696.1
Je vois bien par vos reflexions, que ma pensée qu'un ami a fait mettre dans le Journal de Paris, a besoin d'éclaircissement. Vous ne scavés, dites vous, Monsieur, comment je pourrois prouver ce que j'ay avancé touchant la communication ou harmonie de deux substances aussi differentes que l'ame et le corps. Il est vray que je croyois d'en avoir donné le moyen. Et voicy comment j'espere de vous contenter.
Figurés vous deux horloges ou montres qui s'accordent parfaitement. Or cela se peut faire de trois façons: la premiere consiste dans une influence naturelle. C'est ce qu'experimenta Monsieur Hugens à son grand etonnement. Il avoit suspendu deux pendules à une même piece de bois; tes battemens continuels des pendules avoient communiqué des tremblemens semblables aux particules du bois, mais ces tremblemens ne pouvant subsister dans leur ordre, et sans s'entr'empecher, à moins que les pendules ne s'accordassent, il arrivoit par une espece de merveille que lorsqu'on avoit même troublé leur battemens tout exprès, elles retournoient à battre ensemble, à peu pres comme deux cordes qui sont à l'unisson. La seconde maniere de faire tousjours accorder deux horloges, bienque mauvaises, seroit d'y faire tousjours prendre garde par un habile ouvrier, qui les redresse el les mette d'accord à tous momens. La troisieme maniere est de faire d'abord ces deux pendules avec tant d'art et de justesse, qu'on se puisse asseurer de leur accord dans la suite.
Mettés maintenant l'ame et le corps à la place de ces deux montres; leur accord ou sympathie arrivera aussi par une de ces trois facons. La voye de l'influence est celle de la Philosophie vulgaire; mais comme on ne scauroit concevoir ny des particules materielles, ny des especes ou qualités immaterielles, qui puissent passer d'une de ces substances dans l'autre, on est obligé d'abandonner ce sentiment. La voye de l'assistance est celle du systeme des causes occasionnelles. Mais je tiens que c'est faire venir Deum ex machina dans une chose naturelle et ordinaire, où selon la raison il ne doit entrevenir que de la maniere qu'il concourt à toutes les autres choses naturelles. Ainsi il ne reste que mon hypothese, c'est à dire que la voye de l'harmonie pré-établie, par un artifice divin prevenant, lequel a formé dès le commencement chacune de ces substances, qu'en ne suivant que ses propres loix qu'elle a receues avec son estre, elle s'accorde pourtant avec l'autre, tout comme s'il y avoit une influence mutuelle, ou comme si Dieu y mettoit tousjours la main, au delà de son concours general. Après cela, je ne croy pas que j'aye besoin de rien prouver, si ce n'est qu'on veuille que je prouve que Dieu est assez habile, pour se pouvoir servir de cet artifice prevenant, dont nous voyons même des echantillons parmy les hommes, à mesure qu'ils sont habiles gens. Et supposé qu'il le puisse, on voit bien que c'est la plus belle voye, et la plus digne de luy. Vous avés eu quelque soubçon, que mon explication seroit opposée à l'idée differente que nous avons de l'esprit et du corps. Mais vous voyés bien maintenant, Monsieur, que personne a mieux etabli leur independance. Car tandis qu'on a esté obligé d'expliquer leur communication par une maniere de miracle, on a tousjours donné lieu à bien des gens, de craindre que leur distinction ne soit pas telle qu'on croit, puisque pour la soutenir il falloit aller si loin. Maintenant tous ces scrupules cessent. Mes Essays dynamiques ont de la liaison avec cecy, où il a fallu approfondir la notion de la substance corporelle, que je mets plustost dans la force d'agir et de resister que dans l'étendue, qui n'est qu'une repetition ou diffusion de quelque chose anterieure, c'est à dire de cette force. Et ces pensées qui ont paru paradoxes à quelques uns, m'ayant fait échanger des lettres avec plusieurs personnes celebres, je pourrois donner un Commercium Epistolicum là dessus, où entreroit mon commerce avec M. Arnaud, dont j'ay parlé dans ma precedente. Il y aura un melange curieux de pensées philosophiques et Mathematiques, qui auront peut-estre quelque fois la grace de la nouveauté. Je vous laisse juger, Monsieur, si ces explications que je viens de donner, pourroient estre propres à sonder les sentimens des personnes éclairées par l'entremise de vostre Journal, mais sans me nommer pourtant, comme je n'ay pas esté nommé non plus dans le Journal de Paris.
Extrait d'une Lettre de M. D. L. sur son Hypothese de philosophie, et sur le probleme curieux qu'un de ses amis propose aux Mathematiciens, avec un éclaircissement sur quelques points contestés dans les Journaux precedens entre l'auteur des principes de physique et celuy des objections.1
Quelques amis sçavans et penetrans, ayant consideré ma nouvelle Hypothese sur la grande Question de l'Union de l'Ame et du corps, et l'ayant trouvée de consequence, m'ont prié de donner quelques éclaircissemens sur les difficultés qu'on avoit faites, et qui venoient de ce qu'on ne l'avoit pas bien entendue. J'ay crû qu'on pourroit rendre la chose intelligible à toute sorte d'esprits par la comparaison suivante.
Figurés vous deux horloges ou deux montres, qui s'accordent parfaitement. Or cela se peut faire de trois façons. La premiere consiste dans l'influence mutuelle d'une horloge sur l'autre; la seconde dans le soin d'un homme qui y prend garde; la troisieme dans leur propre exactitude. La premiere façon, qui est celle de l'influence, a esté experimentée par feu Monsieur Hugens à son grand estonnement. Il avoit deux grandes pendules attachées à une même piece de bois; les battemens continuels de ces pendules avoient communiqué des tremblemens semblables aux particules du bois, mais ces tremblemens divers ne pouvant pas bien subsister dans leur ordre, et sans s'entr'empecher, à moins que les pendules ne s'accordassent, il arrivoit par une espece de merveille, que lorsqu'on avoit même troublé leur battemens tout exprès, elles retournoient bientost à battre ensemble, à peu près comme deux cordes qui sont à l'unisson.
La seconde maniere de faire tousjours accorder deux horloges bien que mauvaises, pourra estre d'y faire tousjours prendre garde par un habile ouvrier, qui les mette d'accord à tous momens: et c'est ce que j'appelle la voye de l'assistance.
Enfin la troisieme maniere sera de faire d'abord ces deux pendules avec tant d'art et de justesse, qu'on se puisse asseurer de leur accord dans la suite; et c'est la voye du consentement préétabli.
Mettés maintenant l'ame et le corps à la place de ces deux horloges. Leur accord ou sympathie arrivera aussi par une de ces trois facons. La voye de l'influence est celle de la Philosophie vulgaire; mais comme on ne scauroit concevoir des particules materielles, ny des especes ou qualités immaterielles, qui puissent passer de l'une de ces substances dans l'autre, on est obligé d'abandonner ce sentiment. La voye de l'assistance est celle du systeme des causes occasionnelles; mais je tiens que c'est faire venir Deum ex machina, dans une chose naturelle et ordinaire, où selon la raison il ne doit intervenir que de la maniere qu'il concourt à toutes les autres choses de la nature. Ainsi il ne reste que mon Hypothèse, c'est à dire que la voye de l'harmonie préétablie par un artifice divin prevenant, lequel dès le commencement a formé chacune de ces substances d'une maniere si parfaite et réglée avec tant d'exactitude, qu'en ne suivant que ses propres loix, qu'elle a recues avec son estre, elle s'accorde pourtant avec l'autre: tout comme s'il y avoit une influence mutuelle, ou comme si Dieu y mettoit tousjours la main au delà de son concours general.
Après cela je ne crois pas que j'aye besoin de rien prouver, si ce n'est qu'on veuille que je prouve, que Dieu a tout ce qu'il faut pour se pouvoir servir de cet artifice prevenant, dont nous voyons même des échantillons parmy les hommes, à mesure qu'ils sont habiles gens. Et supposé qu'il le puisse, on voit bien que c'est la plus belle voye, et la plus digne de luy. Il est vray que j'en ay encor d'autres preuves, mais elles sont plus profondes, et il n'est pas necessaire de les alleguer icy.
Je me sers de cette occasion, pour vous faire sçavoir, Monsieur, qu'un excellent Mathematicien de mes amis, qui employe nostre nouveau calcul des différences, a resolu le probleme suivant: Deux points estant donnés, trouver la ligne par laquelle un corps pesant puisse parvenir de l'un à l'autre dans le temps le plus court qui soit possible. Car il faut sçavoir que cette ligne ne sera point droite, et que le corps pesant ne doit point aller d'un point à l'autre par le plus court chemin, hormis dans le seul cas, où les deux points se trouveront dans une même droite verticale, c'est à dire l'un au zenith de l'autre. Et j'ay remarqué que lorsqu'on prend le triangle rectangle Pythagorique ABC, dont les costés soyent AB, 3, verticale ou le cathete; BC, 4, horizontale ou la base; AC, 5, inclinée ou l'hypotenuse, alors le corps pesant parviendra en même temps du point A au point C, soit qu'il aille tout droit par l'hypotenuse, ou qu'il aille par le circuit du cathete et de la base, continuant par la base l'impetuosité conçue en descendant par le cathete: ce qui se fera si l'angle B est arrondi tant soit peu, afin que le globule descendant y puisse passer du cathete sur la base sans heurter.
L'auteur du Probleme (qui est Mons. Jean Bernoulli, Professeur à Groningue) a trouvé bon de le proposer aux Mathematiciens, sur tout à ceux qui se servent des methodes differentes de la nostre; et il attendra leur solutions jusqu'après Paques de l'année suivante. Si quelqu'un en trouve la solution, il est prié de ne la point publier avant le terme, pour donner encor aux autres le temps de s'y exercer. Cependant il la pourra deposer entre les mains d'un tiers, et en donner avis. J'ay trouvé ce probleme si beau, que je m'y suis appliqué malgré mes distractions; et comme nous sommes parvenus, l'Auteur et moy, à une même ligne par voyes differentes, sans aucune communication prealable, cela marque assez que nous ne nous sommes pas eloignés de la verité.
Pour dire un mot sur la dispute entre deux personnes fort habiles, qui sont l'Auteur des Principes de Physique publiés depuis peu, et l'Auteur des Objections (mises dans le Journal du 13 d'Août et ailleurs), parce que mon hypothese sert à terminer ces controverses, je ne comprends pas comment la matiere peut estre conçue, étendue, et cependant sans parties actuelles ny mentales; et si cela est ainsi, je ne sçay ce que c'est que d'estre étendu. Je crois même que la matiere est essentiellement un aggregé, et par consequent, qu'il y a tousjours des parties actuelles. Ainsi c'est par la raison, et non pas seulement par le sens, que nous jugeons qu'elle est divisée, ou plustost qu'elle n'est autre chose originairement qu'une multitude. Je crois qu'il est vray que la matiere (et même chaque partie de la matiere) est divisée en un plus grand nombre de parties qu'il n'est possible d'imaginer. C'est ce qui me fait dire souvent que chaque corps, quelque petit qu'il soit, est un Monde de creatures infinies en nombre. Ainsi je ne crois pas qu'il y ait des Atomes, c'est à dire des parties de la matiere parfaitement dures, ou d'une fermeté invincible; comme de l'autre costé, je ne crois pas non plus qu'il y ait une matiere parfaitement fluide, et mon sentiment est que chaque corps est fluide en comparaison des plus fermes, et ferme en comparaison des plus fluides. Je m'étonne qu'on dit encor qu'il se conserve tousjours une egale quantité de mouvement au sens Cartesien; car j'ay démonstré le contraire, et déja d'excellens Mathematiciens se sont rendus. Cependant je ne considere point la fermeté ou consistance des corps comme une qualité primitive, mais comme une suite du mouvement, et j'espere que mes Dynamiques feront voir en quoy cela consiste; comme l'intelligence de mon hypothese servira aussi à lever plusieurs difficultés qui exercent encor les Philosophes. En effect je crois pouvoir satisfaire intelligiblement à tous les doutes dont feu Mons. Bernier a fait un livre exprès: et2 ceux qui voudront mediter ce que j'ay donné auparavant, en trouveront peut estre déja les moyens.
- 1Mons. Arnaud. Bemerkung von Leibniz.
- 2So hat Leibniz diese Stelle später abgeändert; sie lautete in dem Gedruckten wie folgt: Or la multitude ne pouvant avoir sa realité que des unités veritables qui viennent d'ailleurs et sont tout autre chose que les points dont il est constant que le continu ne sçauroit estre composé; donc pour trouver ces unités reelles, je fus contraint //IV479// de recourir à un atome formel, puisqu'un estre materiel ne sçauroit estre en même temps materiel et parfaitement indivisible, ou doué d'une veritable unité.
- 3Die folgenden Worte des Originals: auteur des Entretiens sur la pluralité des Mondes, hat Leibniz später durchstrichen.
- 1Postscriptum eines Briefes an Basnage de Beauval.
- 1Leibniz hat auf dem Manuscript bemerkt: mis à l'auteur du journal des sçavans, Septembr. 1696. - Der in der Ueberschrift erwähnte Verfasser der Principes de physique (erschienen Paris 1696. 4.) ist der Mathematiker und Physiker Nicol. Hartsoeker.
- 2Die folgenden Worte fehlen in dem vorliegenden Original.