Leibniz an Th. Burnett
Hanover 8/18 May 1697
J'ay tousjours de la joye en recevant vos lettres, mais quand je les lis, cette joye est moderée par le déplaisir que j'ay de voir que vous n'estes pas tout à fait bien. Cependant il semble au moins que vostre grande incommodité vous a quitté, et pour les autres le grand secret est de penser le moins qu'il est possible aux choses facheuses, en donnant d'autres occupations à son esprit. Les procès causent ordinairement bien du chagrin: cependant si vous avés de grandes apparences de reussir, vous avés raison de le pousser, et en ce cas vous devés estre content quelque l'evenement puisse estre; car on doit tousjours estre content quand on a suivi la raison. Je voudrois estre assez instruit et du fait et du droit de vostre pays, pour vous dire mon sentiment là dessus. Il est ordinaire en Allemagne de faire faire une consultation par un habile Jurisconsulte, qui expose bien le fait cum rationibus dubitandi et decidendi: Il est bon qu'il le fasse sans flatter, et vous pourriés faire faire la même chose par un bon Jurisconsulte chez vous. Il faut sçavoir si la premiere disposition en vostre faveur se trouve en original, on se peut prouver authentiquement; et puis c'est à vos adversaires de prouver le changement. En tout cas il faudroit mieux s'accomoder avec vostre adverse partie par une transaction, que de faire une cession qui ne seroit pas fort honorable ny utile.
Il y a de l'apparence que la paix se fera, l'Angleterre et la Hollande y estant disposées et la France aussi, les autres seront obligés de suivre. Et j'espere que cette paix sera plus solide que toutes celles qui ont esté faites apres celle de Westphalie. Tout le monde reconnoist que Milord Sunderland a bien du mérite; ainsi je suis bien aise de son rétablissement. Comme il paroist le plus experimenté que vous ayiés dans les affaires estrangéres, j'espere que les affaires n'en iront que mieux. Il semble qu'on trouvera quelque chose à faire en Flandre. Les François ayant fait semblant de vouloir attaquer le Rhin, ont tourné d'un autre costé, et ont commencé à parler du siege d'Ath qu'ils doivent avoir entrepris. J'espere qu'ils ne le feront que pour rétablir la reputation de leur armes et pour finir par la bonne bouche.
Je vous supplie, Monsieur, de faire mes complimens et remercimens à Monsieur Lock: quand j'auray receu les livres dont il me fait present, je les liray avec toute l'application que je sçay qu'ils meritent: car tout ce qui vient de luy est profond et instructif. En matiere de monnoye, j'approuve extremement la Methode dont se sert la Maison de Bronsvic, qui est d'en faire battre de fin argent. Mais comme les voisins, bien loin d'imiter son exemple, tachent d'appuyer d'autres maximes, qui dans le fonds ne servent qu'à corrompre la monnoye de plus en plus, il n'est pas dans le pouvoir de cette Maison d'arrester ce torrent. Si l'Angleterre et d'autres grandes Puissances approuvoient nostre maxime de battre fin et mettoient l'argent fin à plus haut prix, parce qu'en effect il vaut plus en cet estat, qu'il ne vaut lorsque la même quantité se trouve sous un alliage, il y auroit moyen de reduire la monnoye sur un bon pied, car l'argent fin porte sa preuve avec soy en plusieurs manieres. Mais à fin de ne perdre pas en faisant battre fin, il faudroit regler le poids conformement à la raison. Du reste il n'importe point, quelle valeur on donne à la monnoye d'argent fin par rapport aux livres et autres monnoyes imaginaires, pourveu qu'on proportionne la valeur de l'argent aux marchandises par un tarif raisonnable du prix des choses; car je trouve qu'on ne sçauroit bien regler la monnoye, sans regler en même temps le prix des marchandises et le commerce, au moins en partie, parce que d'argent est luy même une marchandise; et je trouve qu'on commet un cercle en Logique, quand on veut estimer la valeur d'une piece d'argent par la monnoye, et qu'ainsi ce que nos Jurisconsultes ont coustume d'appeler bonitatem extrinsecam, lorsqu'ils disent par exemple qu'un écu doit valoir tant de gros, est une chimere dans le fonds. Comme Monsieur Newton a de l'intendance sur les affaires de la monnoye, je feray grand fonds sur son jugement là dessus, aussi bien que sur toute autre matiere; comme aussi de celuy de Mons. Lock, puisqu'il a approfondi le commerce. Je voy qu'on vous a fait accroire que c'est moy qui ay proposé un probleme à Monsieur Newton; je vous prie de desabuser les gens là dessus. C'est Monsieur Bernoulli qui l'a fait. Quand il me proposa ce probleme, j'en donnay la solution, et peutestre en aussi peu de temps que Mons. Newton, car je le fis en carosse, allant d'Hanover à Wolfenbuttel, et aussi tost que je vins dans l'auberge, j'executay avec succès la methode que j'avois imaginée pour y arriver. Mais comme Mons. Bernoulli en proposant ce problême au public avoit mis un terme trop court, je luy conseillay de proroger son terme, à fin que d'autres pûssent avoir le temps d'y penser. Voilà la part que j'y ay. Je ne voudrois pas qu'on crût dans le monde que je sois homme à proposer à Mons. Newton des problemes d'une simple curiosité. Si je luy en voulois proposer, j'en choisirois des plus utiles; quoyque je reconnoisse que les problemes de Mons. Bernoulli sont beaux. Mais il faut des choses plus importantes pour occuper une personne comme Monsieur Newton: Cependant j'avois resolu le second probleme de Monsieur Bernoulli justement par la même méthode dont je voy que Monsieur Newton s'est servi: il est vray que ma construction est differente. Je vous supplie de faire mes complimens à Mons. Newton en luy temoignant que je l'estime tousjours infiniment, et je ne reçois point les excuses qu'il a alleguées pour ne pas encor donner au public ce qu'il a medité sur les couleurs et autres matieres. Un homme de sa force doit preferer le bien public à toutes les autres considerations; et tout ce qui vient de luy est si generalement estimé, qu'il n'a pas sujet de se plaindre de l'ingratitude des lecteurs. Je vous supplie d'animer les amis de Monsieur Newton à le pousser et à ne luy donner point de quartier; l'autorité de Monsieur Bentley y sera d'un grand poids. J'ay ses discours de la version Latine de Berlin qui me paroist bonne. Je voy en luy une combinaison bien rare de deux avantages tres grands, qui sont l'erudition et la solidité. Mons. Saumaise, Monsieur Isaac Vossius, Monsieur Gudius et quelques autres de ce calibre estoient d'une grande erudition, mais ou ils ne meditoient gueres, ou ils meditoient superficiellement et avec peu d'exactitude. Mais Grotius, Gassendi, vostre Edouard Bernard que je regrette tant, et quelque peu d'autres, ont monstré qu'ils excelloient dans l'un et l'autre genre, et j'approuve sur tout son dessein de se servir des connoissances naturelles pour faire admirer la sagesse et la puissance du Createur: c'est aussi mon but principal.
Comme les lettres et correspondances frequentes ne s'accordent pas avec vostre santé ny avec vos occupations, je souhaiterois que vous eussiés la bonté de me trouver un correspondant à Londres, qui soit homme de beaucoup de curiosité et de beaucoup de loisir, quand même il ne seroit pas sçavant de profession. Ainsi vous pourriés vous decharger sur un tel personnage de la peine de m'écrire des lettres si grandes, et vous ne laisseriés pas de m'honorer de temps en temps des nouvelles de vostre santé. Je croy d'avoir ouy dire que Madame l'Electrice de Bronsvic vous a écrit; Elle est presentement à Linsbourg avec l'Electeur; sans cela je le luy demanderois. Madame l'Electrice de Brandeburg est à Berlin, et l'Electeur est allé en Prusse, pour estre à portée lorsque l'Election de Pologne se fera, qui est maintenant prochaine. On m'a envoyé de plaisans vers faits par un Polonois en faveur du Prince Charles Palatin, frère de l'Electeur. Vous sçavés qu'on dit des Polonois: Nos Poloni non curamus quantitatem syllabarum. Cela paroist encor dans ces rimes:
Per vivum Deum
Nolumus Condeum
Nolumus Bavarum
Post Regem Avarum
Volumus Comitem Palatinum Rheni
Si ducat viduam Ducis Loreni.
Vous sçavés, Monsieur, que Vidua Ducis Loreni est la Reine Douairiere de Pologne, femme en premieres noces du Roy Michel. Mais j'ay peur que le Polonnois qui a fait ces vers ne soit gueres suivi: Car les Polonnois apprehendent fort un Roy Allemand, qui à cause du voisinage de sa nation ou de ses estats les pourroit brider un peu; et l'exemple des Bohemiens et Hongrois les fait craindre. Cette Election sera extremement embrouillée et pourra avoir des mauvaises suites. Madame la Duchesse de Modene estant avancée dans sa grossesse, Madame la Duchesse sa mere est partie pour l'aller trouver et l'assister. La nouvelle Edition de Callimachus nous apprendra mille belles choses, puisque Mons. Bentley a pris la peine de nous fournir des lumieres là dessus, comme je l'apprends par vostre lettre, et puisqu'encor Monsieur Spanheim a envoyé à Mons. Graevius ce qu'il a fait sur cet auteur, où il éclaircira la Théologie ou Mythologie des Anciens, ce qui est considerable, d'autant que je crois effectivement que l'ancienne Histoire est cachée sous les fables des Dieux; c'est pourquoy je souhaiterois que Mons. l'Eveque de St. Asaph (car je ne sçaurois nommer son Eveché d'à present) continuât sa Chronologie, pour tirer aurum ex stercore Mythologorum. Cela me paroist plus raisonnable, que de vouloir accommoder les fables des payens à la Ste. Ecriture. Un certain pere Bonjour, sçavant Augustin, vient de faire un livre pour prouver que le patriarche Joseph a esté le Mercure des Egyptiens. J'ay des raisons pour en douter. Nous aurons bientost une vie de feu Mons. de Saumaise qui s'imprimera en Hollande. Les lettres ad Peirescium tant de Mons. Saumaise que d'autres s'impriment effectivement à Geneve. Monseigneur le Duc Rudolphe Auguste de Wolfenbutel fait imprimer les Actes du Concile de Constance augmentés et corrigés sur des Manuscrits. Monsieur l'Eveque de Sarum a eu la bonté de me communiquer ce qu'on luy avoit envoyé des Manuscrits de Cambridge sur ce sujet; et on s'en louera beaucoup dans la preface. L'Empereur nous a fait aussi communiquer des Manuscrits. Il sera bon de joindre un jour cela aux lettres qui paroistront chez vous sur le Concile de Trente. Je pourray aussi communiquer un jour au public des particularités non imprimées qui regardent le Concile de Trente et qui paroissent de consequence. Un Jesuite m'ayant envoyé une relation Manuscrite Latine, faite par le Recteur de leur College à Pekin, capitale de la Chine, sur l'Edit de l'Empereur de la Chine qui autorise et permet la Religion Chrestienne à ses sujets, ce qui n'avoit jamais esté fait auparavant, nostre foy ayant tousjours passé auparavant pour une secte defendue par les loix et tolerée par connivence, j'ay trouvé à propos de faire imprimer cette relation (assez differente des Memoires du pere le Comte Jesuite, revenu de la Chine) et j'y ay joint une preface avec d'autres pieces tirées de mes correspondances qui nous apprennent des particularités considerables. Je souhaiterois de pouvoir animer les Protestans à prendre part à cette grande mission, à fin que le parti Romain ne leur en enleve tout l'avantage, Les Jesuites n'ont esté estimés dans la Chine qu'à cause des sciences Mathematiques; et les Protestans les y surpassent sans contredit. Le Monarque de la Chine cherche avec passion d'attirer les habiles gens d'Europe, pourquoy donc n'en profitons nous pas? Je voudrois, Monsieur, que vous en parlassiés avec Mons. l'Eveque de Sarum, Mons. Bentley et autres personnes autorisées et estimées chez vous: l'Estat même et les Commerces y pourroient trouver de l'avantage, et la matiere est de grande consequence.
Je ne voudrois pas que Mons. Lock se portât à considerer mes remarques dans le dessein de me satisfaire, suivant ce que vous dites, Monsieur; car je n'ay garde de vouloir luy en donner la peine. Vous m'avés demandé si vous les luy pouviés communiquer, et j'y ay consenti; s'il ne trouve pas qu'elles luy donnent sujet à des nouvelles et utiles reflexions, il faudra le prier de n'y point songer. Il faut que ce soit pour l'amour de la verité, et non pas pour l'amour de moy, qu'il y pense. Ma Metaphysique est un peu plus Platonicienne que la sienne; mais c'est aussi pour cela qu'elle n'est pas si conforme au goust general. Cependant il y a des choses que je crois avoir démontrées. Feu Monsieur Arnaud et moy nous estions en dispute sur quelques points de cette nature. Il avoit rejetté bien loin une certaine opinion que j'avois; mais la raison que je luy alleguay le frappa tellement, comme il m'avoua luy même dans sa replique, qu'il changea de sentiment là dessus, comme ses lettres le temoignent. Il y a quelque chose dans les sentimens de feu Madame la Comtesse de Connaway qui me revient, quoyque ce soit avec bien des restrictions, et d'une maniere bien differente de celle dont le prennent ordinairement ceux qui spiritualisent. Je croy que Mons. l'Eveque de Worcester a craint que l'autorité de Mons. Lock ne fasse prejudice à ses sentimens, et que c'est pour cela qu'il a voulu y satisfaire. Je seray curieux de voir sur quoy roule leur dispute. J'approuve fort ce que vous dites, Monsieur, de la Methode de Mons. Lock de penser et de repenser aux choses qu'il traite. C'est aussi fort ma methode; et je n'ay pris parti enfin sur des matieres importantes qu'apres y avoir pensé et repensé plus de dix fois, et apres avoir encor examiné les raisons des autres. C'est ce qui fait que je suis extremement preparé sur les matieres qui ne dependent que de la meditation. La pluspart de mes sentimens ont esté enfin arrestés apres une deliberation de 20 ans: car j'ay commencé bien jeune à mediter; et je n'avois pas encor 15 ans quand je me promenois des journées entieres dans un bois pour prendre parti entre Aristote et Democrite. Cependant j'ay changé et rechangé sur des nouvelles lumiéres; et ce n'est que depuis environ 12 ans que je me trouve satisfait, et que je suis arrivé à des demonstrations sur ces matieres qui n'en paroissent point capables. Cependant de la maniere que je m'y prends, ces demonstrations peuvent estre sensibles comme celles des nombres, quoyque le sujet passe l'imagination. Mons. Hugens et moy, nous avons fort disputé sur le vuide et les Atomes. Il admettoit ces deux choses, je les avois aussi admises autresfois, mais j'en estois revenu, et mes raisons ébranlérent aussi Mons. Hugens, comme il me l'écrivit luy même, en avouant que je luy avois dit des choses qui luy donnoient fort à penser. Luy et moy nous avions esté justement de l'opinion de Mons. Newton sur le mouvement absolu, et par la même raison de la force centrifuge que Mons. Newton allegue; mais quand le livre de Mons. Newton parut, nous avions déja changé de sentiment tous deux de la même façon, sans que l'un en eût communiqué avec l'autre, comme nous le reconnusmes depuis par nos lettres. Cela n'empeche point que luy et moy n'ayions trouvé le livre de Monsieur Newton admirable. Quoyque j'estime infiniment l'esprit et le jugement de Monsieur le Chevalier Temple, je trouve neantmoins qu'il n'est pas assez instruit des decouvertes de nostre siecle; et quant aux anciens, il pouvoit choisir des ouvrages incomparablement meilleurs que les lettres attribuées à Phalaris, Prince ou Tyran de Sicile. C'est une chose tres certaine à mon avis que ces lettres ont esté forgées long temps apres; et toute personne informée souscrira au jugement de Mons. Bentley. Les fables d'Esope meritent asseurement d'estre estimées. Il y a de l'apparence qu'elles sont venues des Orientaux. Les Arabes les attribuent à un Locman; mais je me souviens d'avoir encor lû la traduction d'un passage d'un auteur Arabe qui dit que les Indiens se vantent d'estre les inventeurs de cette sorte de fables. Esope les peut avoir apportées en Grèce. Feu Mons. Gudius a trouvé des fables de Phedre non encor imprimées qu'il me monstra; j'espere qu'on les donnera bientost au public. Ce Gudius estoit d'une erudition immense, et il est à souhaitter que ses Inscriptions et mille autres remarques ne perissent point. Un sçavant homme de Breme donnera bientost au public un livre Apocryphe de la vie de nostre Seigneur, traduit de l'Arabe, tourné apparemment autresfois d'un ancien auteur Grec dans l'Arabe. Ces Apocryphes ne sont pas à mepriser. Le merite du Chevalier Roger l'Estrange m'est connu, et je suis bien aise d'apprendre ce que vous me dites de son Esope. La decouverte des feuilles qui manquoient à l'exemplaire Alexandrin que vous avés de la version des LXX est considerable. C'est à ce pretieux exemplaire que nous devons la lettre de St. Clement aux Corinthiens, qu'on pourroit presque comparer avec les livres Canoniques. Demsteri Apparatus ad Historiam Scoticam, et Vanini Dialogi, sont rares. Taxa Camerae Apostolicae se pourroit peutestre trouver de l'Edition de Rome ou de Paris. Laurentius Banck l'a fait imprimer en Hollande avec des bonnes remarques; je m'en informeray et je tacheray de vous trouver un petit Horace et Ovide de Hollande, et j'écriray à Paris touchant la premiere Declaration du Roy Jaques. Je crois que vous entendés celle qui fut faite il y a quelques années.
Il semble qu'une certaine Etoile fait que les mêmes disputes regnent en même temps en Angleterre et en France. Vos disputes sur la Trinité ont passé la mer, et un certain Abbé Faydit1 a fait un livre où il prend le parti des Valentiniens contre les Scholastiques. La question que vous dites estre chez vous sur l'amour de Dieu, est aussi agitée en France entre l'Archeveque de Cambray, precepteur du Duc de Bourgogne, et l'Eveque de Meaux, cy devant precepteur du Dauphin. Il y a long temps que j'ay examiné cette matiere, car elle est de grande importance, et j'ay trouvé que pour decider de telles questions, il faut avoir des bonnes definitions: Vous trouverés ma definition de l'amour dans la preface de mon Code Diplomatique, où je dis: amare est felicitate alterius delectari, trouver son plaisir dans la felicité d'autruy. Et par cette definition on peut resoudre cette grande question, comment l'amour veritable peut estre desinteressé, quoyque cependant il soit vray que nous ne faisons rien que pour nostre bien. C'est que toutes les choses que nous desirons par elles mêmes et sans aucune veue d'interest, sont d'une nature à nous donner du plaisir par leur excellentes qualités, de sorte que la félicité de l'objet aimé entre dans la nostre. Ainsi vous voyés, Monsieur, que la definition termine la dispute en peu de mots, et c'est ce que j'aime. A ce que je voy, il y a deux Messieurs Cuningham, dont chacun m'apporte un paquet de vostre part. Je n'ay rien encor receu, mais je m'en informeray. Donnés moy moyen, Monsieur, de distinguer ces deux Messieurs synonymes, et me dites lequel des deux est celuy que j'ay eu l'honneur de connoistre.
Pour envoyer doresnavant les livres, il seroit bon, Monsieur, de me marquer quelque Anglois à Hambourg, à qui je les puisse adresser pour vous; ou si vous croyés qu'il vaut mieux se servir du paquet-boot de Hollande, il seroit bon d'avoir vostre presente adresse à Londres, ou me marquer quelque libraire ou autre personne dont la demeure est fixe à Londres, à qui je puisse adresser un paquet pour vous, soit que vous y soyés ou non.
Je souhaiterois fort de pouvoir obtenir la suite de vos Philosophical Transactions depuis l'Index General, fait je crois en 1677 jusqu'à present. Item les Catalogues des livres qui s'impriment de temps en temps. Mais sur tout je souhaiterois un correspondant curieux et de loisir qui vous puisse soulager. Madame l'Electrice de Bronsvic prend plaisir à vos lettres: Elle ne seroit pas fachée d'avoir par vostre moyen des jolies Satyres, ou pieces où il y a de la gayeté et de l'esprit en même temps. Vous avés parlé d'une certaine Satyre dans vostre lettre à Mad. l'Electrice de Brandebourg; on auroit esté bien aise de la voir. J'ay envoyé à Mons. l'Eveque de Sarum la preface de mon petit livre qui traite des affaires de la Chine, et je l'ay supplié de vous en faire part. Je suis avec zele etc. Hanover 8/18 May 1697.
P.S. On apprehende fort qu'Ath ne soit bientost pris, et puis on craint pour Oudenarde, mais le Roy y mettra ordre; nos troupes qui s'estoient approchées du haut Rhin à la sollicitation de l'Envoyé de Hollande, se tourneront maintenant vers les Pays-bas.
- 1Das Original hat Fedei.