Leibniz an Basnage

Hanover ce 20/30 Juin 1695

GerhardtFrench

Hanover ce 20/30 Juin 1695.

Je ne doute point que M. Leers ne m'ait écrit et que sa lettre n'ait esté perdue, parcequ'effectivement un paquet de lettres qui me devoit estre envoyé, lorsque je faisois un voyage sur la fin de l'année passée, s'est perdu, sans qu'on ait jamais pû sçavoir où il est devenu. Je le tiens trop honneste homme pour manquer à certains devoirs que la raison nous ordonne. Il m'obligeroit cependant, s'il me vouloit encor écrire un mot, pour m'informer un peu du succés de mes livres et mettre fin à l'affaire, d'autant que je serois disposé de prendre des livres pour en sortir plus aisement.

Pour ce qui est de M. Moetjens et de ses associés, je vous diray qu'effectivement j'ay eu de quoy rendre mon premier Tome cinq ou six fois plus grand qu'il n'est, et que j'ay de même de quoy donner quelques Tomes sur le siecle passé, et sur le nostre. Mais j'ay voulu choisir. Ce qui est encor le dessein de mon second Tome. Mais puisque ces Messieurs veuillent quelque chose de bien complet, je croy que j'ay leur fait, et qu'ils auront bien de la peine à en trouver autant chez quelque particulier que ce soit. Mais comme la pluspart de ces pieces sont non imprimées ou rares, au lieu que je croy que la plus grande partie de leur recueil ne sera tirée que des livres imprimés assez communs, il me semble que j'aurois droit en cas que nous puissions tomber d'accord, de prendre quelque part à la direction de tout l'ouvrage et au titre même, ou bien qu'on mît au moins à part mes Tomes, à fin que mon choix paroisse qui n'a pas esté desapprouvé des plus habiles. Il faudroit encor conserver ma preface. Je ne doute point qu'on ne trouve moyen de s'accorder pour le reste, et qu'ils ne fassent des offres raisonnables. Je vous supplie donc, Monsieur, de faire connoistre mon intention à ces Messieurs. S'ils ont dessein de s'accommoder de mes materiaux, il sera bon qu'ils entrent dans le detail de leur dessein, tant à l'egard de ce qui est deja imprimé, que de ce qui doit encor estre fait. Estant necessaire que je sois informé d'autant plus que je pourrois peutestre dire sans vanité que ce que je donnerois, ne seroit pas la moindre, ny la moins considerable partie de tout leur grand ouvrage.

On m'a mandé, que Mons. le Clerc publiera bientost le reste de son Pentateuche. J'attends de jour en jour la Science des Medailles du P. Joubert en latin avec les additions de M. Morel, et son specimen, où il y aura quelques belles choses de Mons. de Spanhem. Mons. Nieuwentiit, Mathematicien Hollandois, m'a envoyé deux livres1 qui sont faits en partie contre le nouveau calcul que j'ay introduit, et que M. Hugens luy même a trouvé utile. Mais il propose ses difficultés d'une maniere fort honneste, et je repondray de même. Il m'est aisé de luy satisfaire, parceque les difficultés viennent de ce qu'il n'avoit pas assez compris ma Methode, qui en effect n'a pas encor esté assez clairement expliquée. On me mande de Rome que le Pere de Reux Flamand travaille à la continuation de la Bibliotheque Jesuitique des Peres Alegambe et Southwel. Je suis etc.

  1. 1Considerationes circa analyseos ad quantitates infinite parvas applicatae principia. Amstelod. 1694. - Analysis infinitorum. Amstelod. 1695.