Leibniz an Remond

Hanover 19. Octobr. 1716

GerhardtFrench

Vostre silence depuis plusieurs semaines m’a mis en peine. Je craignois pour votre santé, et même pour celle de Monsieur votre frere. Je suis ravi d’etre tiré de peine par rapport à cela sur l’un et sur l’autre. J’attends avec impatience ce que Mons. de Montmort me voudra communiquer. J’ay donné occasion peutetre dans ma lettre à quelques éclaircissemens, et à quelques notices que j’attends de luy. Je ne doute point que sa lettre à M. Taylor ne soit belle et bonne.

M. Huet, ancien Eveque d’Avranches, est d’un savoir si universel et d’un si bon jugement, que je crois qu’il pourra encor juger comme il faut de mon essay.

Il est vray que M. Baluze est plus versé dans l’Histoire posterieure. Comme je n’avois point l’honneur de connoistre M. l’Abbé de longue Rue autrement que par reputation, je n’osois m’adresser à luy; mais vous m’obligerés, Monsieur, de recourir aussi à son jugement. Un Dictionnaire Historique vivant est une merveille. Il y a un Prince en Allemagne qui l’est presque. C’est M. le Duc de Saxe Zeiz.

Mons. Clarke et moy nous avons cet honneur que nostre dispute passe par les mains de Madame la Princesse de Galles. J’ay envoyé ma quatrieme reponse, et j’attends la sienne sur laquelle je me regleray, car dans la derniere je suis plus prolixe pour finir bientost. Il a fait quasi semblant d’ignorer ma Theodicée, et m’a forcé à des repetitions. J’ay reduit l’estat de notre dispute à ce grand Axiome, que rien n’existe ou n’arrive sans qu’il y ait une raison suffisante, pourquoy il en soit plutost ainsi qu’autrement. S’il continue à me le nier, où en sera sa sincerité? S’il me l’accorde, adieu le Vuide, les Atomes, et toute la Philosophie de M. Newton. Quand nous aurons fini, je ne manqueray pas de vous en faire part, et j’espere que Madame la Princesse de Galles m’en donnera la permission.

M. l’Abbé du Bois a tellement voulu etre incognito icy, que je n’ay point osé m’ingerer de chercher l’honneur de sa connoissance, et les derniers jours qu’il a eté visible, je n’ay point eté oisif.

Je vous suis bien obligé de m’avoir adressé une lettre pour luy, qui m’auroit servi de moyen pour m’introduire. Mais comme elle est venue trop tard, je la renvoye. Au reste, je suis avec zele etc.

Hanover 19. Octobr. 1716.